Turgan, Grandes Usines de France
tionnent comme souffleries pour activer et entretenir les feux; dans les tailleries de diamants, où la vapeur imprime aux meules la prodigieuse vitesse de 2500 tours à la minute; dans les brasseries, où elle met en mouvement les pompes qui servent au transvasement des masses liquides; dans les papeteries, où elle fait fonctionner les, machines laveuses et blanchisseuses du papier; dans les tuileries, dans les fabriques de literies, de pianos, où elle scie le bois, le découpe en arabesques de toutes formes; dans les fabriques d'orfèvrerie, à la Monnaie, où les presses d'Uhlhorn, perfectionnées par Thonnelier et mues par la vapeur, frappent jusqu'à 2400 pièces à l'heure; dans les fabriques de tabac, de chocolat, et enfin, dans cent autres opérations industrielles qui ont besoin d'un moteur puissant, régulier, rapide, continu.
Mais il est deux grandes industries où la vapeur joue un rôle d'une importance immense :
dans les fabriques de tissus, les filatures, ces pourvoyeuses de vêtements du genre humain tout entier; puis dans l'imprimerie typographique et lithographique, qui nous donne l'aliment intellectuel sous sa forme la plus assimilable, le livre et le dessin.
Ici, je ne puis entrer dans les détails techniques, ce serait d'ailleurs sortir du sujet. Mais quelques données de statistique ■ comparée montreront quels services a rendus, et rend tous les jours la vapeur à la production, dans ces deux branches de l'industrie contemporaine. II est vrai de dire que ce n'est pas le moteur seul qui a
contribué à leur développement. L'invention de métiers nouveaux, de mécanismes sans cesse perfectionnés pour les opérations si délicates et si compliquées de la filature et de la fabrication des tissus, a été, sur ce point au moins, aussi favorable que Tapplication de la vapeur.
^ Voici ce que dit à cet égard M. F. Passy, dans une de ses conférences sur les machines :
« Qu'était-ce, il y a quelques siècles, que le coton? La matière première des mèches à chandelle. Quelques balles, importées accessoirement par les Vénitiens et les Génois, suffisaient à cet usage. Plus tard, vers 1430, on eut Tidée d'employer cette substance à la confection d'étoffes grossières, dans le genre des futaines flamandes, et quelques armateurs de Bristol et de Londres commencèrent à l'envoyer chercher directement dans le Levant. Jusqu'au dernier tiers du siècle dernier, cependant, époque de l'apparition des grandes inventions d'Hargreaves et d'Arkwright, ce n'était, en Angleterre même, qu'une industrie de peu d'importance, à laquelle suffisaient, tant pour la filature que pour le tissage, 7 à 8000 ouvriers à peine. En 1773 encore, quoique la fileuse mécanique d'Hargreaves, la Spinning jenny, datât de quelques années déjà, la trame seule était en coton, faute de fils convenables pour la chaîne, qui se faisait en fils d'Allemagne ou d'Islande. Ces fils, d'une force et d'une torsion que ne pouvait procurer la fileuse d'Hargreaves, n'ont été qu'alors obtenus en coton par le métier continu spvnning fra/me^ et ce n'est qu'en 1779 que ce qu'on a nommé la mull jenny a sérieusement
commencé Tire de la fabrication mécanique.
L'usage de la vapeur ne s'est introduit que vers 1820; le tissage à la main n'a décidément cédé là place que quinze ans plus tard; et ce n'est que plus récemment encore que le métier renvideur, le métier à la Jacquart et la peigneuse d'Heillmann sont venus apporter à l'industrie anglais^ ses derniers éléments de puissance.
« Or écoutez quelques-uns des chiffres de la production et du travail à ces diverses époques. Dès 1787, moins de vingt ans après le début des machines, une enquête se fait. Au lieu des 2700 tisseurs et des 5200 fileurs de l'époque du petit rouet, elle accuse 247 000 tisseurs et 500 000 fileurs : 352 000 ouvriers au lieu de 7900! Qui avait fait surgir cette armée de travailleurs, sinon la mécanique qui faisait appel à ses bras ? Sans être aussi rapide, le mouvement ne s'est pas arrêté depuis; et, en 1861, le personnel de la grande industrie, à lui seul, dans les 2715 fabriques du Royaume- Uni, comprenait plus de 400 000 individus. Il dépassait 800 000 selon M. Baines, avec les industries latérales, telles que le tulle, l'impression sur étoffes, la bonneterie, etc. Et pour avoir le total des personnes directement ou indirectement occupées par la manufacture (transport, bâtiments, machines, etc.), il fallait aller au chiffre énorme de 2 millions, soit le quatorzième de la population totale! Il ne ifallait pas moins, en effet, pour construire, pour placer, pour alimenter et pour diriger les 517 000 métiers, mis en mouvement par plus de 263 000 chevaux- vapeur, et par près de 10 000 chevaux hydrauliques, entre lesquels se
répartissait cette production; et raccroissement de la force motrice, quoique beaucoup plus rapide que celui du personnel, n'avait cessé de provoquer raccroissement de celui-ci. »
En prenant l'ensemble des industries de filature et de tissage (il ne s'agit plus haut que du coton) c'est 720 000 métiers, 36 millions de broches, 400 000 chevaux-vapeur ou hydrauliques. Et puisque nous en sommes à cette question de l'accroissement de travail produit par les machines, disons tout de suite que, d'après un ingénieur anglais, M. Feyburn, le nombre total des chevauxvapeur employés en Angleterre atteint le chiffre énorme de 3 650 000, équivalant au travail de 76 millions d'ouvriers.
On voit quelle part la vapeur a dans ce développement industriel, et en particulier dans celui de l'industrie des tissus. Cette part n'est pas moindre proportionnellement dans les centres industriels de France, d'Allemagne, des États-Unis, du monde entier ; car partout où une industrie se développe ou se crée, c'est à la machine à vapeur, presque toujours, qu'on fait appel. C'est l'auxiliaire le plus puissant, le plus universel du travail manufacturier.
La vapeur dansrimprimerle typographique et lUthographlque
Premières presses typographiques à vapeur. — Presses d'Âpplegath. — Rapidité du tirage obtenu à l'aide des presses mécaniques mues par la vapeur.
Quelques mots maintenant de l'application de la vapeur à l'imprimerie.
C'est en novembre 1814, au moyen d'une presse
inventée par F. Kœnig, qu'eurent lieu les premiers tirages de feuilles imprimées par la vapeur. Le journal anglais le Times avait eu l'honneur et le profit de ce premier essai, qui permit d'obtenir 1000 exemplaires à l'heure. Voici ce que dit