La variation et l'évolution
part datent des vingt dernières années. Avant cette époque, nous ne savions à peu près rien des variations F héréditaires, sources vives de l’Évolution, et le - problème, posé par LAMARCK depuis plus d’un siècle, n’avait reçu que des solutions théoriques. Personne ne doutait de la réalité du Transformisme dont trop de preuves sont inscrites dans les strates géologiques,
dans le développement, l'architecture ou la réparti tion des organismes ; mais les difficultés commençaient dès que l’on cherchait à se représenter par quels processus, grâce à quelles sortes de changements les animaux et les plantes avaient pu, et pouvaient encore, se modifier de manière à donner naissance à des formes nouvelles. se . L’effort s'était naturellement porté sur l'étude d la variabilité dont LAmaRck avait fait la base de so système. Toutefois, ce n’est que depuis peu d’ann
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ques’est dégagée cette notion, établie par l'expérience, - d’une double sorte de variabilité : d’une part, des variations propres à un individu, naissant et disparaissant avec lui et qui n'ont, par suite, aucune valeur évolutive ; d’autre part, des variations plus rares, transmissibles à la descendance, seules capables d'imprimer aux races et aux espèces un type organique nouveau. Il y a des variations individuelles
et des variations héréditaires.
Comme par une sorte de gageure, c’est sur les premières, les plus fréquentes et le: plus apparentes, que les théoriciens du Transformisme ontété conduits à bâtir leurs édifices fragiles. Pendant longtemps l’idée même d’une distinction nette entre variations héréditaires et non héréditaires ne s’imposa pas aux esprits, tant était grande notre ignorance en matière d’hérédité. Sur ce point, les opinions les plus gratuites avaient cours. On se représentait volontiers l’hérédité comme une question de degré ; on estimait que des variations pouvaient être plus ou moins transmissibles ; c'était pour beaucoup un credo que des varia-
tions, purement individuelles au début, pouvaient, à la longue, devenir héréditaires.
A la vérité, ces points de vue ne reposaient pas sur une analyse des phénomènes héréditaires que l’absence de méthode appropriée ne permettait pas encore. Ils représentaient plutôt une sorte de compromis entre la certitude d’une évolution, inscrite dans le passé, et l'impossibilité d'en montrer la continuation contemporaine, parce que l’on ne savait mi chercher, ni mettre en évidence les variations
évolutives.
besoins ou à la seule pertistance de petites variations
G Éonsciomiment ee efforts tendaient ttes - masquer la brèche. Sans doute, disait-on, nous ne voyons pas les organismes se transformer sous nos yeux, mais cest que le. phénomène est si lent, si graduel, si continu que des générations d'hommes ne sont rien par rapport à sa durée. Que le: mécanisme de l’évolution soit rattaché à une adaptation active des DTBARISES aux conditicns de la vie et à leurs
utiles, en raison des duretés de l'existence, les carac- tères généraux attribués à l’évolution restaient les mêmes : lenteur.et continuilé; variations lo- … marckiennes augmentant progressivement, peu à peu héréditaires ; accumulation lente, par sélec=. von, de très minimes variations ne modifiant que peu à peu les organismes, dans un sens adaptatif L'opposition la plus tranchée entre le. conceptions anciennes et les idées modernes résulte, avant tout, - de la réponse donnée à ces deux questions : quelle est. la nature des phénomènes héréditaires ? Quels sont les caractères des variations évolutives ? | Volontiers, on voyait autrefois dans l’hérédité 1 È résultat d’une constitution générale de l'organisme envisagé comme un tout indivisible. Grâce à un artifice de langage, toute variation, même locale, étaï supposée capable d'entraîner, corrélativement, une modification globale de l'être vivant, y compris ses, . glandes génitales. La nature de ce retentissement hypothétique restait inconnue ; il suffisait cependant d'admettre son existence pour que l’on se erût en + droit d'affirmer que des variations locales, parc
.. transmises à la descendance.
asse us chose que nous n ‘avons pas à connaître. | va uand cet organisme de constitution A, après avoip =
que des Line de la matière globale de LS a FE . nisme - sac, elles Jus la constitution A’ et, par ne
sme n'était qu'un sac à contenu homogène + à aroi parfaitement perméable | À Le problème de l’hérédité a été posé, pour la pre- EE à ière fois, sur son véritable terrain par WEISMANN, — = squ'il distingua dans les organismes pluricellulaires . deux parties fondamentales ; celles-ci ne sont, sans doute, pas d’essence différente comme il le supposait,
M is le fait qu’elles ont des significations évolutives : inv erses suffit à donner à cette distinction une valeur tique considérable. D'une part, l'organisme est
mé d’un corps destiné à Re le soma ;
Ces organismes se rattachent à etes re les plus
* éloignés ; ce sont les éléments reproducteurs, dérivés
; du germen, qui constituent, à chaque génération,
le lien matériel entre les parents et le descendant, Les individus ne sont, à ce point de vue, que des
rameaux latéraux d’une chaîne germinale continue,
chargés de transmettre, après l’avoir conservé un certain temps, le flambeau de la vie qu’ ‘ils ont euxmêmes reçu. , 5
Le problème de l’hérédité, de la transmission à la descendance de telle ou telle particularité, se trouve donc localisé autour de la constitution des cellules reproductrices, du germen. C'est là qu'il faut aller chercher le mécanisme de l’hérédité, du maintien des variations nouvelles, de l’évolution.
L'étude de l’hérédité a été rendue possible par la
méthode des croisements, inaugurée par NAUDIN (1863) et par MENDEL (1865), mais qui n’est entrée dans la pratique qu’à partir de 1900. Il en est résulté une science nouvelle, la Génétique, qui a aujourd’hui ses spécialistes, ses instituts, ses périodiques. À part quelques brillantes exceptions, les biologistes français, attardés dans les rêveries lamarckiennes, n’ont que bien rarement participé à sa construction. Il ne
sert à rien de dissimuler que notre pays n’occupe pas.
le rang qui lui est habituel, aussi bien dans l'étude expérimentale de l’évolution que dans eelle de l’hérédité. L’effort bibliographique considérable que m'a coùté la préparation de cet ouvrage n’a d’autre but que de permettre aux jéunes de se mettre rapide-
ment au courant de toute une branche biologique PE
dans laquelle, et rour diverses raisons — attache-
ment aux idées anciennes, fausse compréhension des -termes ou des faits, manque d'institutions adéquates et de moyens matériels —— nous nous sommes laissés largement dépasser. | J'ai exposé ailleurs (1) les résultats essentiels de. l'étude expérimentale de l’hérédité. Celle-ci nous apparaît comme liée aux propriélés constructives » intrinsèques du cytoplasme de l'œuf dont les processus. de développement sont réglés, modifiés par le jeu de = particules, les gènes ou facteurs, localisés dans lés chromosomes du noyau. L'ensemble des gènes d’un organisme constitue son patrimoine héréditaire fac-
toriel. Celui-ci a donc une structure granulaire, discontinue. Bien qu'invisibles, les particules généti-. ques sont aussi réelles que les atomes pour le chimiste. Comme lui, nous savons les manipuler, les séparér, les réunir, les faire entrer dans des CORRE nouvelles.
Tant que dans une lignée, ayant un cytoplasme défini, la somme des particules héréditaires et la constitution de ces dernières ne changent pas, le type de l’espèce ou de la race se maintient semblable à lui-même, offrant une stabilité — je ne dis pas une fixité — qui contraste violemment avec cette sorte de perpétuelle transformation des organismes que supposaient les théories classiques de l’évolution.
Par contre, dès que l’une de ces particules a changé de constitution, il en résulte des modifications mor-.
. phologiques ou physiologiques, caractérisant une
(4) E. GuvéNor. L’Hérédité. O. Doiïin, Paris, 1924.
Ê forme nouvelle. Celle-ci restera stable, à son tour, tant que de nouvelles transformations ne se produi- ront pas dans le patrimoine génétique. L’hérédité et la variation héréditaire faclorielles nous apparaissent, en définitive, comme.un tout ou rien. On ne trouve pas de passages, d’intermédiaires entre. ce
qui est héréditaire et ce qui ne l’est pas : où une formule génétique persistant sans modifications à tra- . vers les générations et c’est la stabilité ; ou un chan-
gement brusque de cette formule et c’est la variation - évolutive, immédiatement transmissible.
__ De même que le matériel génétique a une structure discontinue, la variation héréditaire factorielle est - brusque et l’évolution, dans la mesure où elle dépend
de variations génétiques, doit être, elle-même, un
. phénomène discontinu. Le vieil adage de LEIBNITZ nafura non facit saltus, si cher aux théoriciens de
l’évolution, ne trouve pas d'application dans le
domaine de ces transformations héréditaires.
Le contraste est saisissant entre les idées anciennes et les conséquences actuelles des faits expérimentaux. D'une part, une notion vague de l’hérédité, transfor- . mation générale d’un organisme envisagé globale- . ment ; d’autre part, des résultats précis sur la nature - du matériel héréditaire, sa localisation dans le germen, + le caractère inéluctable de l’action exercée — toutes
Choses égales d’ailleurs — par la formule génétique d’un organisme sur sa structure et son fonctionnement. Ici, la croyance en une perpétuelle fluctuation É des êtres; là, la constation d’une extraordinaire stabilité. D'un côté, l'hypothèse d’une lente genèse des variations héréditaires ; de l’autre, l'observation
É AE, C' Le premier volume de cet ouvrage est consacré à Tex posé des faits connus de variations héréditaires ou mulations. Celles-ci sont de plusieurs ordres. La . plupart concernent de simples changements consti- 3
modifications brusques des chromosomes, portant :
à la fois sur un grand nombre de gènes, ne sont étu- ;
diées que depuis quelques années. Les mutations …
ce F Pye
: évolutives, et les espèces seraient perpétuellement
l'immense majorité de eeux qui apparaissent n’é- ‘aient, à chaque instant, éliminés.
d’une manière certaine, à
dividus. Elles sont même plus nombreuses qu'il ne
sont relativement rares, mais on les rencontre chaque 3 fois qu’un organisme est élevé de façon à permettre 4 l’observation d’un nombre suffisamment grand d’in- |
à serait nécessaire pour expliquer les transformations
di:
pulvérisées en une masse de types nouveaux, si
Ce n’èst que tout récemment que l’on est arrivé, à atteindre directement le .
atrimoine héréditaire factoriel par l'action de la :
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