ÉTUDE BIOMÉTRIQUE DE LA VARIABILITÉ FLUCTUANTE
SOMMAIRE. — Contraste entre le caractère discontinu des 3 mutations et l’apparence de continuité de la variabilité des organismes, dans la nature. —- Etude biométrique de la variabilité ; polygones et courbes de fréquence; exemples. — Les caractéristiques des courbes de variabilité : mode, amplitude, moyenne, médiane et quartil, écart type (standard HE — Probabilité et variabilité.
ones tions héréditaires détucllenent connues, mutations factorielles et mutations chromosomiques, possèdent ce caractère commun d’être des trans- formations discontinues. Elles apparaissent sans Ë intermédiaires, réalisent de véritables sauts dont 3 l'amplitude est, d’ailleurs, très variable : les unes :. peuvent altérer profondément des parties impor=
ee. supprimer la queue, les ailes, les pattes ae
rieures ; d’autres entraînent des ‘modifications souvent infimes de particularités très secondaires. Si de telles mutations ont joué un rôle effectif dans l’évolution, le monde organisé doit présenter une discontinuité parallèle ; il doit être formé de types, offrant des dissemblances d'ordre variable, mais neltement séparés les uns des autres.
Or, lorsqu'on étudie la variation des organismes, telle qu’elle se présente dans la nature, c’est, au contraire, une impression de variabilité parfaitement continue qui se dégage de cette étude. Si l’on recueille quelques centaines ou quelques milliers d'individus appartenant à une même espèce, on constate que leurs caractères sont fluctuants, oscillent de part et d’autre d’une certaine valeur moyenne. Que l’on - examine la taille, par exemple, et l’on reconnaîtra qu'à côté de quelques exemplaires très grands ou très petits, l'immense majorité des individus correspond aux diverses tailles intermédiaires, sans que . l’on apercoive aucune discontinuité. De même, si l’on porte son attention sur le degré de pigmentation, on observera, sans doute, quelques individus très clairs, presque blancs, d’autres presque noirs, mais entre ces tvpes extrêmes se rencontreront tous les états intermédiaires que l’on peut imaginer.
Si la variabilité paraît continue à l’intérieur d’une - même espèce, il arrive aussi que l’on trouve de nombreuses formes de passage entre deux espèces voisines, si bien qu'il est difficile, voire impossible, de dire, à première vue, où finit l’une, où l’autre commence. I1 semble que la notion de type spécifique
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s’évanouisse devant cette incessante fluctuation. Certains, se fiant à cette simple apparence, en sont venus à nier l’objectivité de l’espèce elle-même ; il n’y aurait que des individus tous différents, pouvant être rangés en une série continue ; l’espèce ne correspondrait qu’à un classement arbitraire effectué par notre esprit, n’aurait donc qu’une valeur purement subjective. On a, depuis LAMARCK, beaucoup usé
et abusé de cette notion de continuité des organismes; certaines conceptions théoriques, particulièrement tenaces, relatives au mécanisme même de l’évolu-
tion, n’ont, en somme, pas d’autre origine.
L'existence d’une variabilité continue des orga-
nismes n’est pas niable, mais les conclusions que l’on
en a tirées ne sont qu’une illustration de l’insuff-
sance de la seule méthode d'observation et des erreurs …
que son emploi exclusif peut entraîner. L’expéri-
mentation a montré, en effet, que derrière cette fluctuation continue des apparences extérieures des organismes se cache une réelle discontinuité
de leurs constitutions génétiques. Toutefois, cette expérimentation n’a été rendue vraiment démonstra-
tive que grâce à une analyse mathématique de la variabilité qu’a permis de réaliser la mise au point.
d’une science, ou plutôt d’une teck nique, la bio-
métrie. "re