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CHAPITRE IV

L’inoculation ou insertion en Lorraine.

Jusqu'à la fin de la première moitié du xvire siècle, la thérapeutique avait toujours été impuissante en face de la variole et cependant la préoccupation des esprits à son sujet était toujours très grande à cette époque. Saint-Simon qui fut lui-même atteint de la maladie en parle longuement dans ses mémoires, l’antidote tant et si longtemps cherché restait encore à trouver, c’est alors qu’apparut un traitement nouveau, inconnu jusqu'alors en France : l’inoculation.

« L’inoculation de la petite vérole, dit de la Métrie, con- « sisle à détacher ou enlever soigneusement un bouton de « l’espèce la plus douce et la plus bénigne, pour l’insérer « dans une ouverture faite exprès, comme pour saigner, « à une veine du bras. »

Cette pratique de l’inoculation était usitée de temps immémorial dans les pays d'Orient. En Circassie par exemple, les femmes communiquaient la variole à leurs enfants, à

leurs filles surtout, par l’inoculation : le mobile de leur conduite était uniquement l'intérêt ; ce pays en effet a toujours été renommé pour la beauté et la performance de sa population féminine qui fournissait pas mal de recrues aux harems des sultans ; les filles étaient donc pour leurs parents une marchandise d’un revenu proportionnel à leur beauté et à leur nombre, et pour les mettre à l’abri d’une petite vérole qui les aurait défigurées et par conséquent jetées dans la misère, les parents, par l’inoculation, communiquaient à leurs enfants une variole souvent bénigne qui ne causait pas de cicatrices et laissait leurs charmes intacts.

Aux Indes Orientales, l’inoculation était aussi en usage dès la plus haute antiquité. La médecine était exercée par une caste toute puissante, les Brames, véritables Druides de notre ancienne Gaule, et eux seuls avaient le droit d’inoculer. A certains moments de l’année, ils parcouraient le pays, soumettaient à un régime spécial pendant un certain temps les individus à inoculer, puis après les avoir frictionnés énergiquement sur l’avant-bras de manière à enlever l’épiderme, ils appliquaient à cet endroit des fragments d’étoffe imbibés de pus variolique.

Quelquefois ils incisaient préalablement la peau et y faisaient passer des fils trempés dans le même virus.

Les Chinois inoculaient la variole par le nez, sous forme de poudre à priser ; mais pas n’est besoin d’aller en Orient pour trouver la pratique de linoculation. En Europe, dans certains pays, les gens des campagnes inoculaient leurs enfants, bien avant que cette pratique ne soit connue chez nous. Ainsi en Allemegne, Simon Schultze nous raconte qu’elle était en usage à Thorn au xvu® siècle ; il paraîtrait même que chez nous, en France, elle existait depuis des

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siècles en Auvergne et en Périgord : la Condamine nous l’affirme.

La pratique de l’inoculation en Europe Occidentale date du retour de lady Montague en 1721, qui l’apporta de Constantinople en Angleterre. À ce moment régnait dans ce pays une épidémie de petite vérole excessivement grave ; à bout de ressources, on essaya l’inoculation sur des criminels puis, en présence des bons résultats obtenus, la famille royale elle-même s’y soumit.

Cependant, dès 1717, le docteur Boyer avait soutenu devant la Faculté de médecine de Montpellier une thèse en faveur de l’Inoculation.

« Beaucoup de nations, dit Robert, docteur-régent, en font « un usage heureux : la France elle-même sembloit vouloir « l’adopter. Il s’est élevé tout-à-coup un cris contre cette « pratique.

« Le Sénat auguste, dépositaire des Loix, qui veille sans « cesse à la sûreté publique, n'a pas cru devoir rejetter ces « plaintes : il a rendu un Arrêt qui défend l’Inoculation « dans les Villes et Fauxbourgs de son Ressort, jusques à ce « que les Médecins ayent décidé si elle est utile ou nuisible « au genre humain. »

En 1723, M. de la Coste, à son retour de Londres, fit un rapport détaillé et circonstancié sur cette pratique ; elle fut un certain temps inconnue ou plutôt délaissée enLorraine alors que dans les principales villes de France elle était acceptée avec empressement ; Lyon (1754), Paris (1755), Nimes, Marseille, Toulon, Bordeaux, Nantes, Rennes, Strasbourg, Besançon, etc... la connurent bien avant nous.

M. de la Coste adressa son rapport au docteur Dodart, médecin du roi, en lui montrant avec preuves à l'appui

tous les avantages de cette méthode et en réfutant en même temps les théories de ses adversaires ; il semblait avoir gagné sa cause, car les plus célèbres médecins de cette époque, Dodart, Chirac, Helvetius, Falconet, Astruc approuvaient hautement ses idées, lorsque malheureusement le duc d'Orléans, fervent adepte de la nouvelle méthode et son protecteur, vint à mourir et avec lui s’évanouirent toutes leurs espérances.

L’inoculation retomba dans l'oubli, du moins pour quelque temps, Nancy ne la connut qu’en 1767.

Ce fut le docteur François, docteur agrégé au collège royal des Médecins de Nancy, qui parla le premier de l'opération, la décrivit et la fit connaître aux habitants de notre province ; il adressa à Stanislas un opuscule, véritable plaidoyer en faveur de l’inoculation et lui en vanta les mérites et les avantages.

Quelque temps après, Bagard, président du Collège de Médeciñe, soumit à l’Académie des Sciences un mémoire encore plus enthousiaste que celui du docteur François ; 1l plaida la cause de l’inoculation avec tant de verve et de conviction que Stanislas, animé d’un saint zèle, voulut l’expérimenter sur un certain nombre d'enfants pris dans les hospices, mais les directeurs de ces établissements s’y refusèrent formellement.

Quelques années plus tard, M. de la Galaizière, intendant de Lorraine, plein de confiance dans la nouvelle méthode, résolut de faire inoculer. son fils ; à cet effet, le docteur Gatté vint à Nancy en juin 1763 et inocula le fils de l’intendant en présence de M. Rauquil, chirurgien-major aux Grenadiers de France. L'année suivante, ce médecin militaire inocula différentes persannes et son successeur, le

chirurgien Desoteux qui venait d’Angleterre, continua à Ino= culer et surtout à faire accepter à Nancy une opération qui, en Angleterre, avait déjà fait ses preuves.

Mais la vogue de l’inoculation fut de courte durée car, en 1765, la Cour souveraine de Lorraine rend un arrêt par lequel la pratique de l’inoculation est interdite jusqu’à nouvel ordre dans la province.

Voici le texte de l'arrêt qni interdit lPinoculation :

Arrest de la Cour Souveraine de Lorraine et Barrois qui défend de pratiquer l’inoculation de la Petite-Vérole dans les villes et fauxbourgs de son ressort.

Du 93 juillet 1765.

Vu par la Cour le réquisitoire à elle présenté par le procureur-général du Roi, contenant : Qu’il s’est élevé dans le public un murmure général au sujet de l’inoculation de la petite vérole qui se pratique dars l’enceinte des villes du ressort de la Cour. Cette méthode peut avoir beaucoup d'avantages, mais il seroit trop dangereux de lPautoriser dans les villes, par rapport à la contagion que le grand nombre de personnes qui recevroient l’inoculation pourroit y introduire. C’est pour éviter ce danger que le ministère du remontrant l’oblige à réclamer l'autorité de la Cour.

À ces causes, requéroit être fait défenses à toutes personnes de pratiquer l’inoculation de ja petite-vérole et de se faire inoculer dans les villes et fauxbourgs du ressort de la Cour, et à celles qui auront été inoculées de commu niquer avec d’autres personnes qui seront nécessaires à leur service et soulagement, depuis le jour qu’elles auront été inoculées, jusqu’au délai de six semaines après leur guérison et ce sous telles peines qu'il appartiendra.

Quelques années auparavant, 1759 et 1760, une épidémie de petite vérole avait sévi en Lorraine et dans le Barrois ; Bagard fait remarquer dans son discours sur cette épidémie que si l’inoculation n'avait pas eu autant de détracteurs et si, surtout, on n'avait pas ajouté foi aux paroles mensongères de ces derniers et inoculé, la variole aurait cessé de régner à la date où il écrit et ses victimes seraient bien moins nombreuses.

L’inoculation est donc pour un temps interdite et ses détracteurs triomphent, leurs arguments sont d’ailleurs assez nombreux, en voici les principaux :

1° Nous sommes obligés, tous, tant que nous sommes, de contracter la petite vérole au moins une fois dans notre vie; nous en portons Île germe en nous lorsque nous naïissons ; c’est une sorte de venin, le même pour tous, mais en quantité variable chez l’un et chez l’autre; plus il y a de venin, plus la maladie sera grave et réciproquement, donc à quoi bon essayer de fuir une maladie inévitable ? n’estce pas tenter l'impossible puisqu'il n’y a pas de fléau dont on puisse moins se garantir que la petite vérole, « maladie qui frappe tout le monde, disait la Condamine, sauf ceux qui ne vivent pas assez pour l’attendre » ? c’est pourquoi les médecins conseillent l’inoculation uniquement pour supprimer la crainte de mourir et rendre la vie plus douce.

20 L'air lui-même renferme le venin ; dans certains pays il en est saturé ; dans d’autres, il n’en renferme que très peu ; il faudrait donc ne pas respirer pour éviter la contaglon.

30 Et d’ailleurs la bénignité et la gravité des épidémies varioliques varient avec les conditions atmosphériques.

C’est ainsi qu'en 1681, dit Sydenham, « le printemps et l'été s’étant trouvés les plus secs qu’on se souvienne d’avoir vus, en sorte qu’il ne restait plus d'herbe verte en aucun endroit, le sang était extrêmement desséché, ce qui produisait dans la petite vérole une inflammation beaucoup plus grande qu’elle n’est dans cette maladie et augmentait beaucoup la violence des symptômes », de plus, « le deffaut de transpiration par la pesenteur de l’air bouche Îles pors du corps et les surcharge d’humeurs qui se vicient et corrompent, d’où vient la cause des maladies universelles et qui prennent quelque fois un degré de malignité; nous en voyons dont la nature est inflammatoire, telles que celles que nous nommons fièvres aiguës, sur tout les petites vérolles, les rougeolles et les fièvres exanthématiques plus ou moins cruelles ». Or ce sont là des conditions absolument indépendantes de notre volonté et sur lesquelles nous ne pouvons rien.

4° On considérait les fléaux qui assiégeaient notre province comme des signes de colère et de la vengeance divines, donc à quoi bon employer linoculation pour faire amende honorable et éloigner les épidémies ? Ne serait-il pas préférable de prier et de faire des neuvaines, des aumônes, etc. ? il vaudrait peut-être mieux se séquestrer que se faire inoculer, c’est du moins la question que se pose Menuret: « Lequel des trois partis, ou d'attendre la petite « vérole, ou de se soumettre à l’inoculation, ou de tâcher « de léviter par la séquestration, présente plus d’avan- « tages et moins d’inconvénients, »

9° L'inoculation à eu le tort bien des fois de laisser les individus qui s’y sont soumis @infirmes, languissants, va- « létudinaires, en proye à des affections vagues, chro-

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« niques, indécises, etc., et cela, souvent, parce qu’on a « inséré des levains étrangers à celui de la petite vérole ; » ainsi certains individus ont « un vice scorbutique, scrofu- « leux, dartreux, vérolique, des ulcères internes, etc. », que l’on peut communiquer à des personnes saines par linoculation. « Est-ce que la gale, dit Menuret, la teigne, la « vérole ne peuvent pas être introduits dans le sang par le « même moyen? N’a-t-on pas inoculé la rougeole et n’a- « t-on pas vu cette maladie se développer avec la petite vé- « role? »

« L'organisation des yeux se détruit chez les uns; ils sont privés de la lumière le reste de leurs jours; chez d’autres, il s'établit des suppurations dans les organes essentiels à la vie. Chez quelques-uns il s'ouvre, à lextérieur, des ulcères sales et dégoutans, qui gênent les mouvements des parties où ils se trouvent et les rendent inutiles. » Il faut donc que l’inoculateur sache que le pus dont il se sert provient d’une petite vérole bénigne, que le sujet qui l’a fourni n’est atteint d’aucune tare qui puisse se communiquer aux personnes inoculées, « comme le mal vénérien, les écrouelles, les dartres, la galle, la lèpre, etc. ».

S'il y a de l’exagération, il faut reconnaître néanmoins qu'il y a là un fonds de vérité, en voici un exemple frappant qui fut connu des inoculateurs en Lorraine et que leurs ennemis ne manquèrent pas de saisir pour détourner le peuple de cette pratique: « Une dame qui demenre en « Hampshire a fait inoculer cinq beaux enfants et un do- « mestique. Le fils aîné et le domestique sont morts et les « autres sont si défigurés que la mère en sèche de douleur, Tous leurs os sont pourris et il sort continuellement des esquilles de leurs bras et de leurs jambes. La fille

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«aînée qui était fort aimable a eu les clavicules jointes « ensemble et collées de manière qu'on a été obligé de les « séparer avec la scie et d’assujétir les épaules en arrière « pour les tenir en situation. Elle a perdu l’usage d’un « de ses bras. Le pus a été pris d’une fille de campagne, « qui paraissait bien saine et qui avait cependant la vé- « role, Un des inoculés, qui était au téton, l’a donnée à « sa nourrice », et d’ailleurs le premier inoculateur, Timoni, perdit sa fille Coconam Timoni d’une petite vérole accidentelle, maligne et confluente, où est alors la vertu préservatrice de l’inoculation ?

Go Non seulement l’inoculation ne met pas à l’abri de la petite vérole, mais ceux qui l'ont acceptée deviennent souvent une cause puissante de dissémination et de propagation de la maladie en créant des centres nouveaux et multiples d'infection, c’est précisément cette dernière considération qui motiva l'arrêt du 8 juin 1763 par lequel le Parlement de Paris interdit à Gaiti la pratique de l’inoculation. Ce n’est qu’en 1769 que Gatti obtint du roi la permission d’inoculer dans PEcole Militaire.

1° La crainte de la petite vérole peut lui donner naissance ; cette affirmation n’a rien qui doive nous étonner ; qui de nous, dans nos campagnes Lorraines, n’a entendu soutenir que lors de la grande épidémie de choléra en 1855, ses premières victimes ont été précisément les personnes qui en avaient peur ? il est donc inutile de se faire inoculer, les gens pusillanimes étant toujours sûres de contracter la variole.

Il faut reconnaître cependant que l’inoculation eut, en Lorraine surtout, de fervents adeptes. Voltaire en fut un

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partisan convaincu et il déclare les Français « fort étranges » de ne point l’accepter.

En 1783, par des lettres datées du mois de mars, Louis XVI accorde des lettres de noblesse à M. Girod, médecin de Besançon, pour avoir inoculé plus de viagtcinq mille personnes.

Chez nous, en Lorraine (1759), dans un discours lu en séance particulière de l’Académie des Sciences et des Arts, Bagard plaint fort ceux qui n’ont pas été inoculés, il parle d'un poison subtil, aussi léger et volatil que lair, et le moyen radical pour en « modérer la fureur et émousser la malignité » c'est l’inoculation, aussi Stanislas, en homme éclairé et soucieux de la santé de son peuple, lui a-t-il aussitôt accordé sa confiance ei sa protection. Mais il ne suflit pas de se faire inoculer pour se préserver de la variole, 1l faut aussi avoir une existence régulière, du moins en temps d'épidémie, éviter les excès de quelque nature qu’ils soient et maintenir son corps très propre, brûler des parfums dans les appartements et faire des fumigations dans les rues, avoir dans ses vêtements des substances volatiles, capables de détruire les germes du mal.

En 1855, lors du choléra, on allumait de grands feux et on mangeait de l'ail; celui-ci communiquait à l’haleine une odeur forte et pénétrante qui avait la propriété de tuer les mauvais germes.

Bagard souhaite pour terminer que des médecins soient spécialement désignés par l’administration, affectés au traitement des varioleux et qu’ils prennent les mesures qu’ils jugeront nécessaires et utiles pour enrayer les épidémies.

Un des plus zélés défenseurs de l’inoculation en Lor-

raine fut certainement Gandoger de Foigny ; son traité pratique de l’inoculation est un véritable plaidoyer en faveur de cette méthode ; il regrette sincèrement que les autorités aient défendu momentanément d’inoculer, car il peut en résulter les plus grands inconvénients ; il reconnaît néanmoins que c’est dans un but louable et d’intérêt général que les magistrats ont défendu une pratique qui, en raison même de sa nouveauté, peut être suspectée, mais 1l les supplie aujourd’hui de revenir sur leur première décision et de lever une interdiction qui, dorénavant, est absolument inutile ; pourquoi la tolérer à la campagne et la défendre dans les villes ? les habitants de la ville ne peuvent s’y rendre et renoncent à se faire inoculer, retenus qu'ils sont par leurs affaires et leur commerce ; enfin c’est à eux, magistrats, à décider du sort et de la fortune de l'inoculation en Lorraine; d’ailleurs, guidés par leur amour du bien public, il reviendront certainement sur une décision qui pourrait être funeste à des milliers de personnes.

Ex 1769 parut, à Metz, un opuscule intitulé : « Mémoire sur l’Inoculation de la petite vérole, par Mengin »; l'Académie nomme des commissaires chargés d'examiner louvrage, MM. de Tschudy, Musac et Dumont; dans leur rapport, ils conclurent à deux choses : 1° M. Mangin, avec un grand talent, s'efforce de dépeindre une méthode qui, jusqu'alors, est inconnue dans les campagnes et d’en faire accepter usage ; 20 il rassure le peuple sur les prétendues conséquences fatales de l’inoculation et sur la modicité de son prix.

Ces faits sont consignés dans le Registre de la Société

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Royaïie des Sciences et des Arts de la Ville de Metz (du mardi 16 mai 1769).

De plus, l’Académie forme des vœux pour que la municipalité décrète l’inoculation obligatoire chez les enfants dont elle est chargée et qu’en outre le mémoire de M. Mangin sera imprimé et distribué gratuitement dans les villes et villages.

Les principales méthodes d'insertion employées en Lorraine, comme d’ailleurs dans le reste de la France, étaient au nombre de trois : le vésicatoire, l'incision, les piqûres.

La méthode du vésicatoire ne fut pas longtemps employée ; elle consistait à appliquer sur le bras un petit emplâtre de poudre de cantharide, l’épiderme se soulevait et on le détachait, puis, à cet endroit, on appliquait un tampon trempé dans le pus d’une variole aussi bénigne que possible et on le maintenait en place au moyen d’un lien. |

L'incision se faisait sur une longueur de deux à trois centimètres, en ayant soin de n’entamer que l’épiderme et sur cette sorte de fissure on appliquait un fil imbibé de pus variolique ou encore une petite pincée de poudre desséchée provenant d’une variole bénigne.

La méthode des Sutton ou des piqüres est la dernière en date ; elle nous venait d'Angleterre ; elle consistait à tremper la pointe de la lancette dans le pus variolique, à piquer ensuite la peau obliquement en la soulevant et à retourner la pointe de l’instrument dans la plaie de façon à y laisser toute la liqueur variolique dont elle était chargée.

Malgré l’inoculation et peut-être à cause de l’inoculation,

la petite vérole causait, en Lorraine, des ravages parfois effrayants.

L'épidémie de 1806-1807 fut particulierement meurtrière ; dans le seul département de la Meurthe 1l y eut 11541 cas de variole avec 4615 décès. A Nancy, nous dit M. le docteur J.-B. Simonin, il y eut 2236 variolés sur lesquels 1232 moururent et cependant, ajoute-t-1l, on vaccinait déjà. |

Au point de vue pharmaceutique et hygiénique le traitement de la petite vérole à la fin du xvim® siècle était excessivement simple; presque tout le monde employait la « méthode échaüffante », comme pour la rougeole d’ailleurs. On gardait les enfants dans une chambre bien chaude dont les fenêtres et issues étaient hermétiquement closes, pour empêcher l’air de se renouveler ; les malades étaient vêtus le plus chaudement possible et on leur administrait « des boissons incendiaires et bien chaudes », afin de hâter l’éruption. Le docteur Saucerotte se p'aint fort üe ce régime qui, d’après lui, est tout juste bon pour causer de l’esquinancie, du délire, des convulsions et même quelquefois une maladie de langueur ; la petite vérole loin d’être mitigée par cette médication devient maligne et confluente ; ce qu’il faudrait pour les varioleux, c’est un air frais et souvent renouvelé, un linge bien propre, des couvertures légères et des « délayans et tempérans ». C’est cette « pratique échauflante » dont les femmes ont l'habitude invétérée qui cause presque toujours la mort des enfants; ce ne sont pas les femmes qui devraient soigner de tels malades, mais un @ Ministre de santé habile ». Il recommande en outre et en cela il ne fait que suivre le courant des idées d'alors, il recommande, dis-je, l’inoculation, comme un bon moyen

de prévenir la petite vérole naturelle par l’artificielle, d’ailleurs M. Camper, de plusieurs Académies (c’est donc une autorité) a fait paraître sur la question un ouvrage qui, en 1772, a remporté le prix de l’Académie Royale des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse. Il ne faut pas oublier non plus de saigner, d’administrer des purgations et des boissons calmantes, de cette façon, la petite vérole suppure admirablement, la fièvre et la chaleur diminuent. Trop de sang ou trop de chaleur, cn effet, brûle le corps, comme un feu trop grand brûle la viande qu’on veut faire rôtir ou griller.

Pour la petite vérole discrète, bénigne, on mettait d’abord à la diète, puis au moment de la dessication, on donnait des bains tièdes pour nettoyer la peau et un purgatif pour faire sortir la « matière morbifique » qui, en restant dans le corps, pourrait déterminer des abcès consécutifs aux yeux et à la poitrine.

Lorsque les forces faiblissaient, si l’éruption se faisait mal, on recourait à la décoction de lentille, de scorsonère, au vin chaud.

Le traitement de la variole confluente ou maligne était tout autre: lotions d’eau froide, bains froids, saignée, sangsues aux tempes.

Pour empêcher le sang äe remonter au cerveau et de le congestionner, on couvrait les jambes de sinapismes et de vésicatoires.

Lorsqu'il y avait de l’adynamie, on employait, comme toniques, le quinquina, des juleps camphrés. Lorsque les boutons étaient mürs, souvent les femmes les perçaient avec des aiguilles pour éviter les cicatrices hideuses et profondes ; de cette façon, le pus s’écoulait et ne pouvait devenir ( COrTrOsif ».

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