‹ La Variole en Lorraine: Son Histoire, Son TraitementChapitre 9 sur 27 · NUE · texte numérisé non relu

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uotre peau ; si ces pores sont petits, et à plus forte raison bouchés, l'ennemi ne pourra entrer dans la place, c’est précisément ce qui arrive pour les vieillards qui ont leur « cuir mal nourri » et une « chaleur moindre ».

Puis il essaie de réfuter les idées de Fernel pour qui la variole est toujours « épidemique et pestilente ».

Pour Fernel, les maladies épidémiques tirent leur source des corps célestes qui infectent l'air. Mais Cachet fait remarquer qu'il n’est &« mesme en seul mois de l’année « entièrement libre et asseuré de ses allarmes », le ciel serait donc continuellement irrité contre nous, ce qui est inadmissible : « La vérole s’engendre du sang, et surtout « dans le sang maternel qui en est la cause la plus fré- « quente, car souvent les enfants l’apportent en nais- « sant, »

Pour ce qui est de la malignité, ceux qui se nourrissent bien sont atteints plus légèrement, en voici un exemple :

« De fresche mémoire, en cette année 1615, tandisque « ces discours se mettent sous la presse, nous avons veu « Madame la Princesse Claude, fille puisnaye de S. A de « Lorraine, et Nicolas Francoys Monsieur, fils puis-nay « de Monseigneur de Vaudémont.. nous les avons, dis-je, « veus fort légèrement parsemez, et bénignement traictez « de petite vérole. Monsieur le petit Baron de Marcossey « peu de temps après eux y est tombé pour la seconde « fois, mais sans apparence ny sentiment d'aucun trouble, « ou incômodité. Le soing que l’on rend à leur nourriture « avoit de long temps rabatu et refrené la félonie du virus « tant redouté ».

Comme moyens prophylactiques, Cachet conseille de

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« s'opposer à la corruption de l’air en le rectifiant ou le « changeant en un meilleur » ; fuir la contagion « en évitant « les lieux, les meubles et les personnes suspectes », 1l faut « un vivre bien réglé et bien ordonné, mais il ne « faut pas oublier d'éviter le bouillonnement du sang par « causes échauffantes et excitantes, … choisir des chambres « situées droict au levent, battues de la bize et couvertes « des vents méridionaux, enfin sortir de table avec « appétit ».

Si nous passons maintenant à la thérapeutique, nous constatons que celle employée par Cachet est assez rudimentaire et d’un effet plus que douteux.

Chez les individus pléthoriques, il recommande de saigner la veine basilique du bras droict « laquelle regarde « directement la source qui est le foyer et a une commu « nicatiô belie et ample avec la veine cave ».

Donner du vin lorsqu'il n’y à pas trop de fièvre. « Je le mis au Necker (le chevalier de Guise) « petit vin blanc « d'Allemagne, vrayemêt oligophore, sans qu’il en receust « autres accidêts, sinô un contentemêt extrême de se voir « lraicté si favorablement ».

Les lentilles sont à recommander comme propres à hâter la sortie &« du sang vérolique ».

Pour faire tomber les croûtes, on y arrivera en les «€ oïgnant tièdement avec huiles rosat, violat, d’amandes « douces, avec beur frav lavé en eau de rose, ou de plan- « tain, où de nymphœæa, avec cresme battue es mesmes « eaux, avec graisse d’anguille, unguent rosat, pomade, @ Si à ces huiles, graisses et onguents vous adjoustez poul- « dres de céruse, de tuthie, d’aloës, litarge et d’autres « séblables desiccatifs, vous ferez d'une pierre deux coups

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(côme l’on dict) faisant ensemble tomber les croustes, « et desseichant ces sanies qui croupissent au-dessous « d’icelles, ce qui servira quand et quand de préservatif « aux abcès qui en proviennent ».

« Si nonobstant ces onguents il s’engendre quelque ul- « cère, On y remédiera avec l’onguent rouge camfré de « diapompholigos, de plumbo, de môtaguana. »

Quant aux taches, « elles s’effaceront par la dessiccation « et détersion de l’humeur fichée à la partie lésée ».

L'ouvrage de Cachet lui fut suggéré par la vue de graves épidémies de variole qui régnèrent en Lorraine dans les premières années du xvrr° siècle.

De 1609 à 1613, la petite vérole ne quitta pas Nancy et elle parcourut toute la Lorraine ; en 1613, elle fut particulièrement meurtrière. |

« De fraîsche mémoire, dit Cachet, l’année précédente 1613, « le long de l’automne qui a esté austral et pluvieux, « nous l'avons veuë esparse par les quatre coins et le « milieu de Nancy, et en plusieurs endroicts de Lorraine « à la perte d’un grand nombre d’enfants, a persévéré « encor au commencement de l’hyver si longuement que « ceste constitution a persisté. »

Il y a donc toutlieu de croire que la variole régnait tous les ans d'une façon épidémique à Nancy et dans le reste de la Lorraine et qu'après 1613 comme avant, elle fit encore parler d’elle, la preuve c’est qu’en 1630 « il ne « s’y tient aucune féaulté, dit la chronique, d’autant que la « maladie contagieuse survient à Nancy avec telle véhé- « mence, que les princes, la cour, le conseil et la justice « ordinaire sortirent de la ville etse retirèrent à Luné- « ville ».

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À la variole se joignirent la peste et le typhus, le nombre des malades était tellement considérable que les pestiférés seuls furent séparés des autres et un édit du 27 mai 1633 leur fixa comme demeure l’enclos de Maréville.

En 1632, le Toulois fut décimé par les épidémies.

« En ladicte année 1632, la ville (de Toul) fut quelque peu infectée de maladie contagieuse » (Livre des enquéreurs de la ville de Toul) ; d’ailleurs, en ces années malheureuses, pas un coin de la Lorraine ne fut épargné, toutes les maladies contagieuses semblaient se donner rendez-vous sur notre sol de sorte qu'il restait à peine, dit la chronique, le quart des habitants; c’est pendant l'été de 1633 que mourut à Nancy Charles le Pois, premier doyen de la Faculté de Médecine de l'Université de Lorraine ; 1l succomba à l'infection.

Ce sont les guerres qui étaient surtout causes de ces épidémies et en augmentaient la gravité et les conséquences ; le duc de Lorraine, Charles IV, belliqueux et aimant trop la guerre, audacieux jusqu’à la témérité, attirait sans cesse sur notre pays les désastres et les horreurs de f’invasion. Les soudards de Ferdinand II nous apportèrent la peste hongroise, les bandes indisciplinées du duc Bernard de Weimar la peste suédoise, sans compter le typhus, la variole, etc... Ces épidémies furent très longues et occasionnèrent la mort d’une grande quantité de Lorrains.

Pendant ces années terribles, de 1635 à 1637, suivant le P. Abram, la mortalité fut effrayante ; on ne sut même jamais combien il mourut de personnes.

Suivant ce chroniqueur, plus de 600,000 Lorrains périrent tant de la famine, des guerres que des épidémies.

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Ainsi elles régnèrent à :

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Château-Salins.......... 1632 9 — COVER ER caca 1630 8 — TARA Sen ho Te 1631 T7 — NÉE ee Ne ar men se 1631 T7 — NRC te some te se 1633 6 — Melsevile ti ii Tr 1631 6 — SRBCENICOIATS NS ere 1631. 6 — Villers-lès-Nancy.,....... 1631 6 — HORAIRE PR Te 1633 6 — ONU, sn 1631 D — FOR Mises de 1632 4 —.

(VITE EE Le TLC st. J092 m4 ones ee 1631 4 — NÉ ee re ddr dune 1632 & — LRU TE) EN NN CE ne 1631 3 — Condé (Custines)........ 1630 3 — PONEISIES..-. 2... , 16510 "D Semaines.

C’est à cette époque que la France entière fut décimée par la trop fameuse peste noire, mais bien d’autres fléaux se joignirent à elle; les chroniqueurs, en effet, nous parlent de contagions, de pestilences, de maladies pourprées etc., de sorte que parmi tant de maux il serait assez diflicile de discerner la part qui revient à chacun.

Des édits extrêmement sévères furent votés par les ducs François IT et Charles IT et ceux qui y contrevenaient étaient punis avec la plus grande rigueur. Défense expresse de sortir de chez lui était faite à tout individu qui était seulement soupçonné avoir fréquenté des contagieux ; dans chaque quartier des grandes villes, un individu désigné et payé pour cette fonction, le « quartenier » était chargé de surveiller les allées et venues des habitants de son ressort ;

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ainsi en 1631, une amende de 95 fr. est infligée à un Individu pour être sorti de sa maison malgré la défense du « quartenier », bien qu’il fût seulement soupçonné « avoir fréquenté avec des personnes malades de contagion ».

Un édit oblige les médecins à rester dans les pays et lieux infectés, c’est ainsi que le 23 avril 1681 le sieur de Belchamps, médecin, est retenu pour servir la ville lors de la contagion ; de nos jours, une telle obligation serait certainement superflue; les tambours de ville publient qu’il est ordonné d’aérer toutes les maisons infectées et les « aéreurs » sont chargés de veiller à Pexécution de cet ordre.

Pendant tout le XVIT° siècle, il n’est pour ainsi dire pas une année qui ne soit signalée par des fléaux et des épidémies ; la variole fut certainement aussi meurtrière que la peste, car, à l’inverse de celle-ci, elle ne laissa pasun moment de répit à notre malheureuse province ; ce ne sont pas de nouvelles épidémies de variole qui se succèdent les unes aux autres, c’est toujours la même, aussi variable dans ses apparitions et sa gravité qu'inconstante dans le choix des pays qu’elle va frapper.

Digot, dans son histoire de Lorraine, nous raconte qu’en lan 1648, une variole excessivement meurtrière enleva enfants et grandes personnes. « Les pluies ont été es- « tranges, ayant redoublé plus qu'auparavant, signamment « les mois de Juin et juillet n'ayant cessé. en sorte qu’en « plusieurs endroicts on appréhende la famine, suivie « d’une pestilence; lavant-coureur s'étant déjà mani- « festé, sçavoir : la petite-vérole, qui a grande vogue, sai- « sissant non seulement les petits enfants, mais encore les « personnes plus âgées. »

Jean Dupasquier signale aussi pour la même année dans le Toulois une maladie contagieuse qui était la variole.

L’al-chimie inventait les produits les plus bizarres et de compositions les plus diverses, assemblage de poudres et de plantes dont le nom seul nous fait sourire ; leurs inventeurs jouissaient des plus grands avantages et les ducs ne leur ménageaient pas leurs faveurs, c’est ainsi que le » mars 1005 un certain Charles Bernouin, dit Lafleur, est payé 700 francs par an pour avoir « signalé la valeur, « vertu et mérite de ses remèdes secretz, notament la « composition qui appelle atavan, chef-d'œuvre de la « médecine et le véritable alectère et antitode des poisons « préservatif souverain contre la peste, pourpre et autres « maladies pestilentielles, etc. ».

Le xvure siècle fut aussi le témoin de nombreuses épidémies de variole en Lorraine. Dans le journal d’un bourgeois de Nancy, Joseph Aubrion nous parle d’une maladie contagieuse qui régna épidémiquement au commencement de ce siècle à Lunéville et qui pourrait bien être la variole : « La « maladie estant à Lunéville en Avril, May de l’année 1711, « par le remuement des terres à cause des bastimens, « produisit une fatalité sy grande que la princesse aisnée, « attaquée de ce mauvais air, mourut en moins de 2 jours « de maladie ; ce jour fatal arriva le 4 may 1711. Pour « surcroît de malheurs, le prince aisné (Louis de Lorraine) « et la princesse Gabrielle, dernière des filles, âgée de « huict ans et quatre mois, tous deux attaquez de la « mesme maladie, sont morts à Lunéville dans le mesme « jour qui fut le 11 May 17114. »

Pendant l'été et l’automne de 1723, la petite vérole

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exerça en Lorraine de terribles ravages ; elle emporta presque tous les petits enfants ; dans Ja seule ville de Nancy, il en mourut plus de quinze cents. Quelques années auparavant (1720) Stanislas, en présence des retours offensifs de la variole et d’autres maladies contagieuses, avait rendu un édit ainsi conçu : « Faisons aussy deffense à tous voya- « geurs, marchands, négociants, voituriers et autres d’intro- « duire dans nos Etats par quelque routte ou chemin ce « puisse estre aucunes marchandises quelles quelles sotent « venant des lieux suspects de maladies, sous peine de la « vie. »

Le département des Vosges fut particulièrement décimé par les épidémies de variole ; chaque année elle y faisait de nombreuses victimes ; les années 1791, 1727, 1739 et 1743, au dire de Gravier (Histoire de Saint-Dié), furent surtout meurtrières ; les enfants surtout payèrent un lourd tribut à la contagion ; le nombre des décès était de beaucoup supérieur à celui des naissances ; chez les adultes, les décès étaient doublés ; ainsi dans sept ans, dans l’arrondissement de Saint-Dié, 70 pour 100 des enfants succombèrent et presque tous à la petite vérole.

En 1735 et 1736 une épidémie de fièvre pourprée régna à Nancy et dans les villages voisins, surtout à Malzéville. Le docteur Marquet en énumère les principaux symptômes : douleurs de tête, nausées, vomissements, diarrhée, fatigue générale, maux de reins et comme exanthème, sur la peau et, particulièrement, sur la poitrine et sur les bras, des pustules ou taches rouges, livides ou noirâtres, avec fièvre et soif intense ; vomissements de sang et hémorrhagies par le nez ; bubons aux parotides. Est-ce la variole ? c’est fort probable.

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Pour soulager son peuple, Stanislas fait, le 17 septembre

1748, en faveur des maladies populaires et épidémiques, une rente de trois mille livres laquelle « sera employée par

préférence à toutes calamnités au prompt soulagement des habitans de villages, bourgades, hameaux ou censes de Lorraine et Barrois, qui se trouveront afiligés de maladies épidémiques et populaires, sans pouvoir durant l’année de son eschéance être employée à aucun autre usage.

« En 1749, Stanislas augmente de cinq wille livres cours de France, annuellement, la fondation par nous faitte par lettres patentes en forme de déclaration du dix-sept septembre 1748 pour subvenir au soulagement de nos sujets de la campagne afligés de la maladie épimique et populaire. »

Des médecins spéciaux, véritables médecinsdes épidémies,

sont chargés d’aller soigner les contagieux, et Stanislas “oublie pas de les payer de leurs services en beaux écus sonnants, ainsi en 1733, « de par son Altesse Royale, il est

ordonné au sieur Nicolas Anthoine, Trésorier général de nos finances de payer au sieur Collot, chirurgien demeurant à Noviant, la somme de cent cinquante livres, tänt pour frais de voyages faits à Minorville pour soulager les habitans d'idit lieu attaqués d’une maladie populaire que pour drogues et médicamens fournis aux habitans ». (Archives du département de Meurthe-et-Moselle.)

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