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Le vaccin n’a qu'un siècle d'existence ; l’immortelle découverte de Jenner date, en effet, de 1798; cet illustre médecin fut inoculateur avant d’être vaccinateur et c’est le hasard seul qui lui fit découvrir le vaccin; voici ses paroles mêmes : « En parcourant la campagne de « Poerkeley, pour y répandre l’inoculation de la variole, « dont j'étais zélé partisan, je ne fus pas peu surpris de « rencontrer un certain nombre de sujets sur qui l’opéra- € tion échouaïit toujours, quelques précautions que je prisse « pour la faire réussir, Cette observation ne cessant de se « représenter, je dus en chercher la cause. Je m'enquis « des conditions dans lesquelles vivaient les sujets rebelles « et je reconnus qu'ils étaient tous employés dans les fer- « mes à traire les vaches. »
Ce vaccin trouvé sur la vache n'était autre que le cowpor, maladie naturelle chez ces quadrupèdes et que ces individus avaient contractée par le simple contact.
Le vaccin se rencontre aussi chez le cheval (horse-pox), mais son usage est dédaigné à cause des maladies qu'il peut déterminer chez l’homme.
Chez nous le cow-pox ne fut trouvé qu’en 1836, dans une lJaiterie de Passy.
L'opération de la vaccination consiste à déposer, à l’aide d’une lancette, un peu de virus vaccin ou de lymphe vaccinale sous l’épiderme, par une simple piqûre ou par une légère incision ou scarification ; je n’insiste pas, d’ailleurs, tout le monde connaissant le mode opératoire.
La vaccine fut introduite dans le département de la Meurthe en 1800, par le docteur Valentin.
Quelques mois après, les départements voisins la connurent et l’acceptèrent avec empressement. Les médecins
des départements de la Meurthe, des Vosges, de la Meuse et du Haut-Rhin rivalisèrent de zèle et vaccinèrent avec ardeur et conviction ; parmi eux, citons surtout le docteur SiMonin.
Ce n’était pas chose facile que de faire accepter par Îles populations la nouvelle découverte ; l’ignorance et l’incurie, Pesprit de système suscitèrent bien des obstacles aux médecins d'alors qui, sans se soucier des préjugés et surtout de l'indifférence du plus grand nombre, portèrent jusque dans les plus petits hameaux le bienfait de la vaccine.
Les docteurs Valentin et Dezoteux, les premiers, publièrent un ouvrage sur la vaccine ; l'Ecole de Médecine de Paris examina leur travail et le 29 floréal an VIT fit au ministre de l'Intérieur le rappport le plus élogieux et le plus flatteur.
Le rapporteur Thouret termina son rapport en disant que « le traité présenté par les citoyens Dezoteux.et Valen- « tin mérite à tous égards l'attention du ministre et que la « publicité qu'il se propose de lui donner ne peut que con- « tribuer à rendre Justice à l’inoculation et à la propager ».
Le docteur Valentin, « l'ami et l’émule de Jenner » avait lui aussi été inoculateur avant d’être vaccinateur ; et le zèle et l’ardeur avec lesquels il avait travaillé à propager dans son département la pratique de l’inoculation, il les retrouva pour répandre et faire adopter cette méthode nouvelle, inconnue jusqu'alors : la vaccination.
Ces premières années furent des années de tâtonnements ; on n’était pas encore bien fixé sur les propriétés du virus vaccin, la défiance vis-à-vis son action préservative, l’opinion répandue dans le public par certains vaccinophobes que, loin de préserver de la petite vérole, elle était la cause
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occasionnelle de bien des maladies telles que phlegmons, ulcères, dépôts d’humeurs, ete, tout cela inspirait la défiance; d’un autre côté, les pouvoirs publics de nos départements n'avaient encore édicté ni lois, ni règlements, attendant que la vaccine ait au moins fait ses preuves, mais la valeur et la réputation d’un homme comme le docteur Valentin suflirent pour gagner à la nouvelle méthode un grand nombre de partisans. C’est à son retour d'Angleterre où il avait été étudier la méthode nouvelle auprès de Jenner lui même que le docteur Valentin résolut d'en propager l’usage en Lorraine.
D'un autre côté, M. de Liancourt, désirant attirer lattention du public sur ce sujet, fit paraître une note dans les feuilles oflicielles demandant une souscription publique pour subvenir aux frais que nécessiteraient les expériences tendant à prouver l’eflicacité de la vaccine (Germinal an VID) ; un établissement à ce destiné fut fondé à Vaugirard et c’est alors quand l’eflicacité de la vaccine fut parfaitement établie et prouvée que le docteur Valentin voulut de son côté, par des expériences personnelles, en constater les bons effets.
Le 12 frimaire, le docteur Valentin, dans un mémoire, fit part à la Société de Médecine qu’il avait introduit la vaccine à Nancy depuis le cinq brumaire. A la séance suivante, il présenta une jeune fille qu'il avait vaccinée dix jours auparavant et demanda à l’assemblée de vouloir bien désigner des délégués qui le suivraient dans ses opérations et les vérifieraient. Sa proposition ne fut pas écoutée ; cependant à force de persévérance, le docteur Valentin ficit par. gagner sa cause et avoir des imilateurs, entre autres le chirurgien Lemoine de Nancy qui le seconda avec beaucoup
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de zèle, de sorte que pour la fin de l’année, le nombre des vaccinations dans la seule ville de Nancy s’éleva à plus de quinze cents, chiffre qui nous paraît bien médiocre à l’heure qu’il est mais que nous devons néanmoins considérer comme très élevé pour l’époque, puisque linoculation variolique était encore en usage partout. Les deux méthodes en effet, insertion du pus variolique et inoculation du liquide vaccinal, marchèrentde front pendant plusieurs années et même furent employées successivement chez les mêmes individus ; dans une même famille, les uns étaient inoculés, les autres vaccinés. En voici un exemple :
OBSERVATION I (inédite).
(Due à l'obligeance de M. F. SIMONIN.)
Le 22 frimaire 1799, j'inoculai la petite du citoyen André, place Mangin, à Nancy, âgée de 4 mois moins six jours, avec de la poudre délayée des croûtes des enfans de Desroches immédiatement avant, mais ramassées et conservées dans du papier seulement un mois auparavant, je fis 4 piqûres, 2 à chaque bras : le lendemain l’enfant eut beaucoup de rougeurs ou taches sur le corps, particulièrement sur un bras qui étoit enflé; j’attribuai cet évènement qui étoit accompagné de cris et de fièvre à l’état des premières voyes : la mère avoit peu de lait, d’une qualité séreuse et étoit sujette aux vers. Je ne sus cette dernière circonstance que le lendemain de l’inoculation, ce qui m’engagea à lui donner äu calomel avec de la rhubarbe 3 fois chaque 3 jours. Quant à l'enfant, je l’évacuai avec . sirop de rhubarbe, 5 grains de jalap et 3 grains de calomel, Cette éruption disparut au 8° jour ; les piqûres étoient disparues excepté la première faite qui donna un léger signe d’infection EIRE
était élevée et animée ; le 11° de l'insertion, la fièvre commença : le 13°, nous aperçumes 3 ou 4 pustules, l’enfant eut la diarrhée: le lait de la mère étoit rare et très séreux, elle avoit ses règles très abondamment ; je fis substituer à la semouille au lait de l'enfant, de la panade avec la croûte de paînet le sucre qui réussit et forma dans la suite sa nourriture ; elle vomit le premier jour de l’éruption tout ce qu'elle prenoit ; elle eut 53 pustules qui se remplirent peu : elle guérit très bien.
Le 28 ventôse 1809, vacciné la seconde fille du citoyen André, rue de la Fédération, ci-devant 4-Eglises, âgée de 3 mois 1/2 par 7 piqûres avec du vaccin de la petite Thiébault, rue de la Source et de la Monnoye. Tout a bien réussi ; elle a fourni du vaccin pour d'autres, La premiere fille a été inoculée de la variole.
Voici une observation où la variolisation et la vaccina-
tion ont été employées chez le même sujet :
OBSERVATION II (inédite).
(Due à l'obligeance de M. F. SIMONIN ; c’est la 1" vaccination faite à Nancy.)
Le 5 brumaire an 9 (1799) j'ai inoculé Henri Péan, âgé de 4 mois par 3 piqûres aux bras avec du virus vaccin reçu la veille au soir, sur 2 lancettes que le docteur Colon m'a envoyées de Paris; il avoit recueilli cette matière le 30 vendémiaire d’une pustule sur un sujet ainsi inoculé : comme il me restoit encore un tant soit peu de matière sèche sur une des deux lancettes que j’avois à peine humectées avec une petite goutte d'eau tiède, je fis une 3° piqûre au-dessous de celle du bras gauche et à chacune j’eus soin de tenir le pouce appuyé pendant quelques secondes sur la pointe de la lancette : il étoit dix heures du matin.
J’ai recommandé à la nourrice de vivre comme à son ordinaire et je n’ai employé aucun remède quelconque ni pour elle, ni pour son
nouriçon ; l’inoculation est totalement manquée, a1cune piqûre ne s’est enflammée : comme il avoit une dartre à un côté de la face et qu’il est né d’un père dartreux, je lui ai ensuite donné 2 fois un peu de sirop de rhubarbe avec jalap et calomel pour le purger.
Réinoculé avec de la matière variolique ordinaire le 26 brumaire ; quoique cette matière ait été recueillie à l'instant, une seule piqûre a marqué au 4° jour et est la seule qui s’étoit enflammée ; la fièvre a commencé à la fin du 7 jour; a été légèrement malade, Son sommeil a été seulement interrompu et agité pendant deux nuits ; l’éruption d’une douzaine de boutons apparue le 8£ jour de fièvre ; point d’efflorescence autour de la piqûre qui s’est cependant élargie, élevée et remplie de pus ayant autour plusieurs boutons varioliques : il y en à eu en tout deux douzaines.
OBSERVATION III (inédite).
(Due à l’obligeance de M. F. SIMONIN.)
Le 1° germinal 1800, vacciné Marie Collin, servante de M. Aerts, marchand, âgée de 26 ans, par 8 piqûres avec du vaccin de Zipelius, qui est à la fin du 102 jour, manquée.
Revaccinée avec de la matière de la petite Baillot le 10 germinal, c’est l’aînée qui est à la fin du 10° jour, mais le vaccin bien limpide et l’efflorescence dans toute sa force ; n’a pas réussi.
Le 15, réinoculée par 4 piqûres avec de la matière variolique recueillie le 10 : sans effet,
C'est donc sur la fin de l'année 1799 (5 brumaire) qu'eurent lieu à Nancy les premières vaccinations, mais les premiers succès ne furent constatés qu’au mois d’octobre 1800, comme le témoignent les deux observations suivantes :