‹ La Variole en Lorraine: Son Histoire, Son TraitementChapitre 17 sur 27 · ATTEINTS MORTS, INFIRMES ET DÉFIGURÉS · texte numérisé non relu

ATTEINTS MORTS, INFIRMES ET DÉFIGURÉS

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Nous pouvons constater, d’après ce tableau, que nos départements, loin de rester en arrière, marchent les premiers et offrent le plus de vaccinations ; la Meurthe et la Moselle ont un nombre de vaccinés de beaucoup supérieur a celui de la Meuse et des Vosges, c’est que dans les deux premiers l'initiative privée est heureusement secondée par l'Administration. En 1810, le Préfet de la Meurthe prend un arrêté d’après lequel : Article 4 : Aucun élève ne pourra être admis, soit comme externe, soit dans les Séminaires, les Lycées, les Collèges, les Ecoles primaires, s'il n’a été vacciné ou s’il n’a eu la petite vérole.

À compter du 1° janvier 1811, nul élève ne sera reçu dans les Ecoles primaires des communes rurales, s’il ne produit pas les preuves exigées ci-dessus.

Art. 5. — Les ouvriers, apprentis, fourniront les mêmes preuves, lorsqu'ils se présenteront pour demander les livrets d'apprentissage.

Art. 6. — Les enfans à la charge des hospices seront vaccinés avant d’être remis aux nourrices,

Art. 8. — Les médecins des épidémies, les médecins stipendiés et employés par l’administration, sont tenus de propager la vaccine,

Art. 9.— Il sera envoyé à MM. les médecins, chirurgiens où officiers de santé, et à MM. les ecclésiastiques connus pour vacciner, des registres à tête, cotés et para phés par M. le Préfet, devant contenir l’âge, le nom, le sexe, la commune des vaccinés, etc.

En outre, recommandation était faite aux curés lorsqu’ils baptisaient, d'éclairer les parents, parrain et marraine de lenfant sur les avantages de la vaccine, voici ce que les prêtres leur disaient : « L’enfant que vous présentez

est exposé à un très grand danger, celui d’être atteint de la petite vérole.

« Heureusement, par un grand bienfait de la Providence, on a découvert la vaccine, préservatif certain de cette cruelle maladie, et qui n’en peut procurer d’autres. Si vous voulez conserver votre enfant, faites-le vacciner, sans quoi vous l’exposerez à perdre la vie ou à être défiguré.

« Ge sont des médecins instruits, qui n’ont aucun intérêt de vous tromper, qui vous donnent ce conseil salutaire. Eux aussi sont peres, et ils ne balancent pas à vacciner de très bonne heure leurs enfans.

« Au nom de l’humanité et de la religion, suivez leur exempie, Sinon €raignez d’avoir un jour à pleurer amèrement la mort de votre enfant, pour avoir repoussé le moyen de salut qu’on vous propose; 11 est simple et si facile, que vous ne sauriez avoir aucun prétexte pour vous y refuser, ni même pour différer d'y avoir re- Cours ».

On peut dire qu’il ne se passe pas d’années sans que le Préfet ne complète ses arrêtés précédents, n’en prenne de nouveaux, ne cherche en un mot à perfectionner les moyens déjà mis en œuvre pour propager la vaccine dans le département de la Meurthe. Ainsi dans son arrêté du 31 Août 1814, le Préfet de Mique écrit : Art. XIT : « Monseigneur l’Evêque est prié de vouloir bien inviter « MM. les Ecclésiastiques de son Diocèse (pour le Dépar- « tement de la Meurthe), de continuer à faire des prônes « en faveur de la vaccination, et à user de l’ascendant « que la religion leur donne, pour propager cette bienfat- « sante méthode. »

Une ère nouvelle s'ouvre donc pour la vaccination, et le

rite

Comité central déclare d’une manière positive et absolue qu'il n’est pas un médecin qui soit opposé à cette pratique ; aucun homme, sous peine de se couvrir de ridicule, n’oserait plus s'inscrire contre l'opinion devenue générale et, en 1813, la conviction est dans tous les esprits ; si pendant ces années terribles de 1813 et 1814, les médecins de l’armée n’ont pas vacciné les militaires sous leurs ordres, c’est que les événements de l’époque ne leur en ont pas laissé le loisir ; cependant à Nancy, sur les conseils et le vœu du docteur Serrières, le général Lacoste ordonne que tous les militaires de la 4° division qui n’ont pas eu la variole, soient vaccinés.

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Dans le tableau ci-contre qui nous donne les vaccinations faites en Lorraine de 1810 à 1814, nous pouvons constater que la Meurthe et la Moselle tiennent toujours la tête pour le nombre des vaccinations ; il doit en résulter fatalement que la variole a dû faire plus de ravages dans les deux autres départements, c’est en effet ce qui a eu lieu puisque les Vosges dont la population en 1814 etait de 334,169 habitants eurent pendant les 3 années 1812-13-14, 3,648 individus atteints de la petite vérole sur lesquels 730 succombèrent, alors que pendant le même laps de temps, le département de la Meurthe, avec une population de 309,810 habitants, ne présenta que 950 cas de petite vérole, avec 140 décès seulement et celui de la Moselle avec une population de 562,700 habitants eut 2,077 variolés sur lesquels 326 périrent.

L'année suivante (1815), le préfet de la Meurthe décide qu'aucun instituteur public ne sera payé de son traitement que sur la présentation de l’état de ses élèves, au bas duquel le maire devait certifier que tous étaient hors des atteintes de la petite vérole ; de plus à Pavenir, les emplois de médecins et de chirurgiens dans les établissements publics ne sont donnés qu'à ceux qui se seront fait remarquer par leur zèle et leur dévouement à propager la vaccination ; en outre, les administrateurs des bureaux de bienfaisance sont invités à ne donner des secours qu'aux personnes qui pourront prouver qu’elles ont été auparavant soumises à l’inoculation vaccinale ; des mesures analogues sont prises dans les autres départements, ladministration ne reste pas non plus indifférente et les hommes de l’art rivalisent de zèle; si le nombre des vaccinations n’est pas aussi élevé dans les Vosges, la Meuse et la Moselle

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que dans la Meurthe, ce n’est pas, disent les préfets, par insouciance ou négligence des vaccinateurs et de l’administration, mais parce que ces contrées sont occupées par les troupes des nations coalisées ; mais bientôt le chiffre des vaccinations se relève; la Meuse qui jusque-là était restée réfractaire à la pratique nouvelle entre dans le mouvement et, en 1823, comme le montre le tableau ci-dessus, elle arrive en tête des quatre départements avec le chiffre énorme de 15.803 vaccinations ; en cette année 1895, le nombre des vaccinés fut pour toute la Lorraine de 42.732, c’est-à-dire près du neuvième des vaccinations de la France entière (388.584).

Non seulement les médecins, les préfets et, en général, les gens intelligents rivalisent de zèle pour porter la précieuse découverte jusque dans les coins les plus reculés de la Lorraine, mais les femmes elles-mêmes secondent puissamment les médecins et on peut lire dans le rapport au Comité central sur les vaccinations ‘pratiquées en France pendant l’année 1816 que les sœurs de charité des hospices de Nancy et de Plombières vaccinèrent un grand nombre. des malheureux qui se présentèrent dans ces établissements et allèrent même chercher à la campagne ceux qui ne pouvalent se rendre à la ville.

Les consistoires du culte réformé et du culte israélite montrent aussi un grand empressement à seconder les efforts du gouvernement par leurs exhortations et leurs conseils.

Dans l’arrondissement de Château-Salins, le sous-préfet accompagnait les vaccinateurs dans leurs tournées, se soumettait plusieurs fois à l’inoculation pour convaincre le

trop grand nombre de ces gens qui, par routine ou ignorance, ne veulent jamais accepter les faits nouveaux.

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