‹ La Variole en Lorraine: Son Histoire, Son TraitementChapitre 20 sur 27 · DE LA MEURTÉHE INDIVIDUS NON VA · texte numérisé non relu

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20 À l’aide des tubes capillaires, que lon casse aux deux extrémités au moment de s'en servir.

30 À l’aide des croûtes vaccinales détachées du 14° au 16° jour, conservées dans du papier blanc; au moment de les utiliser, on les écrase sur une plaque de verre avec la lame d'un couteau, on les humecte avec un peu d’eau chaude et on opère comme pour la vaccination de bras à bras.

La troisième partie parle du développement, des caractères et effets de la vaccine, des caractères de la fausse vaccine et fait un parallèle entre la vraie et la fausse vaccine; le quatrième chapitre est réservé à la petite vérole volante ; le cinquième a trait aux devoirs des vaccinateurs spéciaux et des. membres correspondants des Comités de vaceine et le sixième et dernier s'occupe des obligations des sous-préfets et des maires. Ceux-ci doivent diriger et surveiller les opérations vaccinales et envoyer aux souspréfets de leur arrondissement, chaque année, un état conforme à celui qui est ci-dessus (Modèle n° 1) et un deuxième état dont la copie est ci-jointe (Modèle n° 2).

De plus, dès que la petite vérole vient à se déclarer dans une commune, les maires sont invités à en prévenir directement es vaccinateurs spéciaux : 1ls devront en outre en informer les sous-préfets de leur arrondissement, qui, à leur tour, en rendront compte au préfet ; celui-ci nomme un vaccinateur spécial pour chaque canton. Quelle ferveur, quel enthousiasme à côté de la tiédeur et de la méfiance des premiers jours! Cette époque de 1814 à 1824, caractérisée par une foi ardente dans la pérennité de l’action prophylactique de la vaccine, signalée par les vaccinations en masse dans nos départements et l'espérance de voir bientôt la variole éteinte pour jamais, Je l'appelle « la

Sie

période triomphale » de la vaccine. De 1801 à 1824, comme nous l'avons vu, la variole a régné plusieurs fois épidémiquement en Lorraine malgré la diffusion déjà énorme de la vaccine, mais ces épidémies furent peu meurtrières et respectèrent généralement tous les vaccinés et par conséquent loin d’être une cause d’alarmes, elles ne faisaient qu'augmenter la foi que l’on avait dans les vertus préservatrices de la vaccine ; mais les années qui suivirent portèrent un coup terrible à Pinfaillibilité du virus-vaccin, c’est la « période critique » qui s'ouvre par une épidémie formidable qui dévasta toute la Lorraine, surtout les départements de la Meurthe et de la Moselle. Dans Pintention d'arrêter l’épidémie qui régnait à Nancy et dans le déparment, M. le vicomte de Villeneuve nomma une commission spéciale qui, dans ses réunions hebdomadaires à la Préfecture, rendait compte au Préfet des progrès et de la warche de lépidémie et avisait aux moyens les plus propices à la combattre,

Pour frapper l'esprit des populations et les amener à se faire vacciner, le Préfet fit promencr: dans tous les villages où la maladie régnait, un aveugle victime du fléau portant un écriteau sur lequel on pouvait lire : « Faites l’aumône à une malheureuse victime de la petite vérole. » En outre, sur la demande du Préfet, l'Evèque de Nancy envoya une note à tous les prêtres de son diocèse, leur enjoignant de faire afficher dans toutes les sacristies un avis engageant les pères et mères, parrains et marraines, à faire vacciner leurs enfants. On vaccina en masse ; le maire de Nancy. M. de Raullecourt, pendant tout le temps que dura lépidémie, ne cessa d'intervenir et d’user de toute son influence auprès de ses administrés pour les déterminer à se

soumettre à linoculation préservative, eux et leurs enfants.

Il se rendit lui-même avec les vaccinateurs dans les établissements publics, lycée, écoles, hospices, orphelinats et tous ceux qui n'avaient pas été vaccinés durent se soumettre à l'opération.

Dans les campagnes, le clergé, écoutant en cela les recommandations de son évêque, prêcha, exhorta. et, souvent, assista aux vaccinations ; les soldats même n’échappèrent pas à la loi commune.

Les autres départements, eux aussi, s'y soumirent ; ainsi, dans les Vosges, le nombre des vaccinations, en 1824, est supérieur de 1676 à celui de 1823 ; par contre, dans la Meuse, le nombre des vaccinations fut inférieur à celui des années précédentes ; faut-il attribuer cette différence aux préjugés de la classe pauvre ou à la négligence des parents ? ou bien jes vaccinateurs, les administrateurs sontils moins zélés, moins bien indemnisés pour leurs déplacements que dans les autres parties de la Lorraine ? Cependant la vue de l'ennemi aurait dû jeter l'alarme et en courant au rempart de la vaccine, il eût été facile de le repousser ; dans les Vosges, par exemple, on s’empressa de recourir au préservatif et le fléau fut bientôt arrêté dans sa marche et réduit à l’impuissance.

Depuis 181%, la ville de Nancy avait été presque totalement exempte de la petite vérole, lorsqu’à la fin de juillet 1824 quelques sujets sont atteints; au mois d'août, plusieurs quartiers sont contaminés, puis, prenant la forme épidémique, elle s'étend aux faubourgs, attaquant de préférence la classe des indigents, des ouvriers et des artisans.

Le docteur L. Valentin écrivit une notice très détaillée sur cette épidémie, c'est à cette note manuscrite que j'ai emprunté les détails qui vont suivre.

Le docteur Valentin rentrait de voyage lorsqu'on lui apprit l’apparition du fléau qui était presque oublié jusqu’alors. Sur ses conseils, le préfet de la Meurthe, le Vte Alban de Villeneuve-Bargemont, convoqua, à l'Hôtel-de-Ville, tous les hommes de l’art pour aviser aux mesures à prendre pour arrêter le fléau ; la commission se réunit d’ailleurs toutes les semaines, puis tous les quinze jours, avec l’exactitude la plus scrupuleuse jusqu’à la cessation de lépidémie, nous avons vu plus haut les mesures prises par l'administration dans les communes du département où la maladie régnait.

A Nancy, la commission s'applique :

1° A ranimer le zèle pour la vaccination dont beaucoup de familles avaient négligé de faire usage ;

20 À faire examiner dans les écoles les enfants sur lesquels elle n'avait pas été pratiquée (la mesure établie de ne pas les y recevoir sans celte précaution ayant été négligée), et la mairie fit faire, dans les mêmes vues, un recensement dans les sections ;

3° A reconnaître le nombre des variolés, le sexe, l’âge, la nature des éruptions qui étaient souvent confondues par le peuple ;

4° Le nombre des morts et des estropiés.

Le docteur Nollet vaccina à lui seul, tant dans la ville que dans les fauboures, pendant l’année 1824, 3,090 individus. Dès qu'un cas de variole était signalé dans une maison, le docteur Nollet s’y rendait aussitôt, examinait le malade, prenait des notes et rendait compte de ce qu’il

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avait vu à la commission, mais ce que l’on n'avait jamais vu jusque-là, ce qui devait porter un coup terrible à la puissance prophylactique de la vaccine, c'est ce fait que des personnes vaccinées auparavant avec succès n'étaient pas épargnées par le fléau ! Mais alors le Comité central de vaccine à donc commis une erreur, en 1809, pour ne pas dire un mensonge, lorsqu'il a déclaré que la variole disparaîtrait pour jamais du territoire et que le problème de son extinction avait sa solution définitive ! alors ce sont des imposteurs ceux qui ont osé aflirmer qu’un individu vacciné avec succès était pour jamais préservé de la variole ! Et cependant le fait est indéniable ; à Nancy même, pendant cette épidémie de 1824, six personnes bien et dûment inoculées de la vaccine contractèrent cette maladie; le docteur Valentin examina cinq de ces malades et, en partisan convaincu de l'efficacité de la vaccination, il essaie de prouver que ces individus n’ont présenté qu'une fausse vaccine, sinon une vaccine complètement avortée, Le premier qu'il vit avait été vacciné sept à huit ans auparavant ; on ne voyait sur ses bras aucune trace de vaccine et ses parents élaient convaincus de la non réussite de l'opération. Le deuxième âgé de 23 ans avait été vacciné à l’âge de 1 an, par conséquent 22 ans auparavant; 6 ou 7 piqüres ne donnèrent qu’un bouton qui devint un ulcère et laissa une vaste cicatrice que le docteur Valentin ne considérait pas comme le résultat de la vraie vaccine ; les 3°, 4° et 5° sujets avaient aux bras des cicatrices inégales, frangées, qui n'étaient pas de la bonne vaccine; les pustules n'ayant pas parcouru régulièrement leurs étapes ne pouvaient pas être préservatives de la petite vérole. Cependant, ajoute le docteur Valentin, la nature a de ces aberrations et on à vu, rare-

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ment, il est vrai, des individus avoir deux fois la petite vérole.

Dans cette épidémie qui, à Nancy, dura six mois, sur une population de 30,300 habitants, 533 personnes furent atteintes par la contagion, 41 périrent, 3 perdirent un œil, 3 autres devinrent impotentes et 992, vaccinées et non vaccinées, furent atteintes de la variole bâtarde ou varicelle. Le docteur Valentin conclut en disant qn’on a souvent mis de l’incurie ou de l'indifférence dans la vaccination ; que bien des fois on extrait la liqueur avant le développement de l’aréole, époque où elle est dans toute la force de sa propriété ; que souvent, en recueillant le virus vaccin, on n’épargne pas un seul bouton et que, par conséquent, si l'on épuise toute la matière, le tissu réticulaire étant dénudé, on empêche quelquefois la vaccine d’avoir son complément et d'exercer sur l’organisme sa faculté préservatrice ; il est facile de conclure, en lisant ces lignes, que les personnes vaccinées avec succès qui avaient eu la variole n’avaient reçu qu’une vaccination insuflisante ou un vaccin affaibli et d’une énergie considérablement diminuée ; d’autre part, le docteur Valentin raconte avoir vu emplir des tubes de verre, pour faire des envois, avec du fluide tout sanguinolent pris sur des boutons vaccins dont l’épiderme était entièrement enlevé, alors quoi d'étonnant si, dans de telles conditions, la vaccination peut souvent manquer ou donner des pustules d’un effet plus que douteux ?

À la fin de sa notice, le docteur Valentin nous rapporte l’opinion d’un célèbre vaccinateur de Genève, le docteur Butini père, concernant ces vaccinés-variolés : « Ce célèbre « médecin, dit-il, a inoculé de la matière variolique à plu- « sieurs sujets qu'il avait vaccinés dans leur enfance, 10,

€ 12 ou 15 ans auparavant ; environ un tiers en a ressenti « les effets. Le cours des boutons varioleux a été beaucoup « plus rapide que celui de la variole ordinaire ; souvent « même, 1lsne suppuraient pas, ils durcissaient et se ter- € minaient par résolution. En général, il a cru remarquer « que les vaccinés étaient d'autant plus susceptibles d'être « affectés par la variole qu'il s'était écoulé un plus grand « nombre d'années depuis leur vaccination. Y est facile de « multiplier les expériences et de vérifier l’assertion. « D’après tout ce qui a été exposé, on peut prononcer que « jusqu’à présent, il n’y a aucun motif raisonnable pour « altérer ou diminuer la confiance dans l’usage de la vac- « cine et que les gouvernemens doivent continuer à l’en- « courager. »

C’est donc avec les désastres causés par les épidémies de 1824, 1825 et 1826 que naquirent les hostilités contre la vaccine, hostilités assez compréhensibles d’ailleurs, étant donné le néant aujourd’hui bien démontré de certaines prérogatives qu’on lui avait attribuées ; d’un autre côté, des médecins partisans déclarés de la nouvelle méthode firent volteface et se rargèrent du côté de ses ennemis, triste exemple pour le peuple dont la confiance était déjà si fragile et précaire, confiance que les épidémies de 1831, 1832 et 1833-34 ne firent encore qu'amoindrir ! Il est regrettable que je n’aie pas les statistiques des années 1851 et 1832, mais nous pouvons voir, en consultant le tableau ci-inclus, que les années 1833 et 1834 furent meurtrières et que la variole atteignit un grand nombre d'individus dans nos départements ; nous devons signaler aussi le département des Vosges comme le moins gravement atteint, parce que, dit le rapport de l’Académie royale de médecine, la propa-

gation de la vaccine y est entretenue et encouragée ; ainsi pendant ces deux années 1833-1834, les Vosges n’eurent que 304 cas de variole avec 31 décès, le nombre des vaccinations étant de 19,933, tandis que le département de la Meuse eut dans le même laps de temps 1,870 personnes atteintes de la variole parmi lesquelles 166 moururent ; par contre le nombre des vaccinations ne s'éleva qu’à 14,361.

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Mais ce n’est pas qu’en Lorraine que l’on voit la variole frapper des individus qui présentent la vraie vaccine ; per-

dant l'épidémie qui régna à Bordeaux en 1833, on vit des individus réputés vaccinés contracter la variole ; là encore, on ne voulut pas croire et l’on admit, toujours d’après les cicatrices, que la vaccine n'avait pas parcouru régulièrement ses périodes, que ce n’était qu'une demi-vaccine et, partant, insuflisante pour préserver de la variole. Pour supplément d'enquête, le Conseil de salubrité de Bordeaux posa aux praticiens de Ja ville la question suivante : Parmi les individus que vous avez vaccinés, et sur lesquels vous avez pu constater la marche franche et régulière de la vaccine, en est-il qui auraient réclamé vos soins pour être traités de la petite vérole ? Tous répondirent négativement. Les autorités les plus imposantes et les plus respectables entre autres le docteur Serrières, conservateur du dépôt de vaccin à Nancy, s'accordent à déclarer, à aflirmer qu'ils n’ont jamais vu la variole se développer chez une personne ayant offert la vraie vaccine et cependant le docteur Desparanches, de Blois, dit: « Depuis plus de trente ans que je vaccine, voilà la première fois que j'ai observé la variole après la vaccine, bien que depuis ce temps, plusieurs épidémies varioliques se soient manifestées. » Ce n’est pas tout ; concurremment avec la variole on a vu surgir et régner épidémiquement une affection présentant avec elle une grande analogie : la varioloïde, et celleci attaqua aussi bien les vaccinés et les non-vaccinés ; déja en 1895, dans son rapport à l’Académie royale de médecine, le docteur Valentin parle d’une épidémie pseudo-varioleuse par lui observée à Nancy en 1824, en même temps que la variole, voici une observation à ce sujet :

OBSERVATION XXI (inédite).

(Due à l'obligeance de M. F. SIMONIN.)

Parmi les nombreux exemples d’éruptions pseudo-varioleuses qui ont accompagné notre épidémie de vraie variole, le docteur Bonfils père m'a fait examiner un sujet vacciné depuis 17 ans qui à offert une anomalie des plus remarquables, il m'avait dit auparavant qu’il le croyait alleint d'une petite vérole modifiée par la vaccine. Le jeune homme, Villemain, avait eu trois jours de fièvre et l’éruption qui était confluente depuis le front jusqu’au bout des orteils s’était faite pendant trois autres jours ; je le vis au commencement du septième.

Je trouvai quatre espèces de pustules dont aucune ne présentait le caractère de vraie variole : les unes, desséchées sur le front. sur les oreilles et quelques parties du cou, tombaient en écailles furfuracées ; d’autres, de la grosseur de grains de navette, couvrant les joues et le menton, étaient verruqueuses et ne renfermaient aucune matière : une troisième espèce sur le col et sur des régions du Corps, était plus grosse, flasque, quoique arrondie, sans aréole à la base : elle contenait du véritable pus et se rompait à la moindre pression; c’est Ce qu'on nomme vulgairement en Angleterre le swine-pox.

Enfin, la quatrième espèce, sur le reste du corps et sur les extrémités se composait d’une énorme quantité de petits boutons qui, pour la plupart, ne contenaient que très peu de sérosité. En outre, le malade n’exhalait pas l’odeur qui est propre à la petite vérole.

Les cicatrices de l’inoculation aux bras avaient le type d’une vaccine bien légitime, tandis que son frère, vacciné quelque temps après lui, en offrait d'irrégulières, aussi fut-il atteint de la variole véritable, 15 à 20 jours après la guérison du frère aîné: un autre médecin, M. Le Moine père, qui a traité le jeune, m'en a rendu le témoin ; ces deux faits dans la même famille, bien compris par le

père et par la mère qui se sont rappelés que la vaccination de celuiei n'avait pas suivi régulièrement le même cours que celle du pre mier (le médecin qui les avait vaccinés étant mort sans avoir été partisan de cette méthode), n’ont servi qu’à fortifier la confiance dans la vaceine : ils ont fait juger, comme plusieurs autres, eombien il est important de revoir les individus pendant le cours de la vaccination, afin de s'assurer si les pustules ont tous les caractères exigés pour préserver de la variole, c’est la condition sine quà non.

Chaque année, dans leurs rapports sur les vaccinations, les médecins signalent des cas de variole ou de varioloïde après vaccine, c’est donc que celle-ci ne préserve pas indéfiniment ? Dans les premières années qui suivirent l’introduction de la vaccine en Lorraine, la variole avait beau nous assaillir, Îles vaccinés lui résistaient parce qu’ils étaient nouveau-vaccinés, et sien 1810, les vaccinés des premières années pouvaient braver, affronter impunément les épidémies, il n’en était plus de même vingt ans après ; nous en voyons la preuve lors desl’épidémie de 1824. De même en 1837, lors de l'épidémie de Charmes (Vosges), le docteur Génin constate qu'aucun individu vacciné par lui depuis 4828 ne contracta la variole, mais parmi ceux qu’il avait vaccinés avant cette date, un certain nombre furent atteints de varioloïde, et comme pour le public, variole et varioloïde étaient une seule et même maladie, on conclut encore à la non eflicacité de la vaccine.

C’est pour réagir contre ces fâcheuses idées que le Comité central de la Meurthe, par l’intermédiaire de son secrétaire, le docteur Edmond Simonin, fit, chaque année, un rapport méthodique et clair sur le service de la vaccine, pour ranimer le zèle des populations, les éclairer, les encourager à recourir à cette pratique que les anti-vaccinateurs, par

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tous les moyens, s’efforçaient de faire sombrer ; la vaccine, dit le comité, ne préserve pas indéfiniment de la variole ; elle sera efficace pendant 4, 6, 8, 10 ans peut-être, mais ce serait de la témérité que de croire qu’elle le sera toujours ; si des vaccinés de 1802, 1803, etc., ont été atteints par l’épidémie de 1824, c’est que le temps pendant lequel le vaccin est efficace, était passé ; les premiers vaccinateurs ont eu tort de croire cette préservation indéfinie, illimitée ; de même beaucoup de médecins se trompent en affirmant que le vaccin est aujourd’hui altéré, dégénéré ; la varioloïde n’est pas la variole, c’est la forme bénigne de celle-ci, c’est la variole modifiée par le vaccin : c'est la variole des vaccinés ; c’est 10, 20, 25 ans après la vaccination que la varioloïde se montre sur les vaccinés et celle-ci est d’autant plus douce et bénigne qu’elle se rapproche davantage du jour où la vaccination a eu lieu ; d’un autre côté, le vaccin n'est pas dégénéré et sa puissance préservatrice n’est pas diminuét, car, s’il en était ainsi, ce sont les derniers vaccinés, ceux de 1830 par exemple, qui devraient être acteints par la variole et la varioloïde, le vaccin devant être moins fort en 1830 qu’en 1800, or, ce sont ceux du commencement du siècle qui ont contracté ces maladies.

Quelle est la conséquence à tirer de cette remarque ? c'est que la vaccination ne préservant que temporairement, une dizaine d'années environ, il faut recommencer l’opération après ce laps de temps pour conférer une immunité nouvelle de dix ans, en un mot, il faut revacciner ; voilà quelles étaient les idées de nos vaccinateurs vers 1837 ; c’est-à-dire que c’est dans les dernières années de cette seconde période que j'ai appelée période critique de la vac-

cine en Lorraine (182% 1844) que se pose la question importante des revaccinations et la vaccine sort encore une fois triomphante de la lutte.

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Nos vaccinateurs lorrains avaient été des premiers en France pour accepter et propager chez nous la découverte de Jenner, ils furent non moins empressés à essayer la méthode des revaccinations, en contrôler les résultats et en assurer le succès ; ainsi, en 1841, pendant l'épidémie

qui sévit dans le département de la Meurthe, le nombre des revaccinations s’éleva à 782, sur des personnes de tout âge, des deux sexes et portant toutes des cicatrices vaccinales.

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A Nancy, sur 85 revaccinations, Winter eut .17 succès et le pus inoculé à des personnes qui n'avaient jamais été vaccinées donna lieu à la vraie vaccine. Cette épidémie enleva d'ailleurs dans la Meurthe le huitième des malades

et 16 vaccinés contractèrent une varioloïde discrète el sans danger ; la méthode des revaccinations est loin d’être acceptée par tous nos médecins ; les uns les regardent comme indispensables, les autres les admettent avec certaines restrictions et enfin d’autres les considèrent comme absoluwent inutiles etne veulent pas en entendre parler.

Le docteur Haxo, dans son rapport sur les vaccinations dans le département des Vosges, 1837, se plaint amèrement que les vaccinateurs cantonaux ne vaccinent pas eux-mêmes Où au moins ne surveillent et ne contrôlent pas les vaccinations, et cependant l’administration, en les nommant, les a chargés de ces fonctions ; ce sont les sagesfemmes la plupart du temps qui vaccinent, et elles sont souvent incapables d'apprécier les résultats de l'opération ; le vaccin employé est souvent de mauvaise qualité et beaucoup d’enfants échappent à la vaccination, alors rien d'étonnant que la variole sévisse épidémiquement et fasse de nombreuses victimes.

Ainsi, en 1842, on voit la petite vérole régner sur plusieurs points du département et cependant, dit le rapporteur, on vaccine beaucoup, tout le monde y met la main, on n’a peut-être Jamais autant vacciné et la variole augmente ; on ne croit plus à l’eflicacité de la vaccine, car depuis plusieurs années on à pu constater que des individus vaccinés avec succès avaient succombé à la maladie, alors, que faire? L'administration interroge Îles médecins, on renouvelle le cow-pox et on pose la question des revaccinations ; le mal vient, dit le docteur Haxo, de ce que les vaccinations sont pratiquées par des mains inhabiles, inexpérimentées, que l'on ne se donne pas la peine de vérifier les résultats et que des vaccinations

incertaines et même nulles sont enregistrées comme bonnes, les parents s’endorment dans une sécurité trompeuse, et, un beau jour, leurs enfants contractent la variole ; les comités devraient donc montrer un peu plus de zèle si on veut enrayer le mal, car sincèrement il y a de la négligence, pour ne pas dire du mauvais vouloir ; ainsi par une lettre du 3 mars 1841, le préfet des Vosges prévient le docteur Haxo qu’il réunit le Comité de vaccine le lendemain dans son cabinet afin de se renseigner sur l’épidémie de variole qui règne à Epinal. Le docteur Haxo et un seul membre du comité s’y rendirent ; la préfecture demande alors aux comités d'arrondissement des renseignements sur les épidémies de variole ; elle n'obtient aucune réponse.

Le docteur Haxo se plaint aussi du mauvais vouloir des municipalités , des tracasseries, de l’opposition sourde et taquine de cette plaie que l’on nomme les sages-femmes ; les familles se défient, les vaccinateurs sont découragés ; dans le département du Bas-Rhin (il devrait aussi ajouter la Meurthe) il n’en est pas ainsi, Padministration, les municipalités, les particuliers même secondent les vaccinateurs, aussi l’épidémie de Strasbourg est-elle bénigne (15 cas seulement et pas de décès) ; conclusion : il faut vacciner et s'opposer formellement à ce qu'aucun enfant soit accepté dans les écoles S'il n’est, au préalable, bien et dûment vacciné.

En 1840, signalons une épidémie de variole à Semécourt, à quelques kilomètres de Metz. C’est le docteur Bastien, médecin des épidémies, qui nous en donne la relation. La variole fit son apparition dans le village de Semécourt vers le milieu de décembre 1840 ; on ignore son mode

d'importation. Sur une population totale de 288 habitants, près du cinquième, c'est-à-dire 58 tombèrent malades, 35 hommes, 11 femmes, 12 enfants. Il n’y eut que trois décès, une femme de 36 ans, deux enfants de 12 et 15 ans; personne n'avait été revacciné.

Les médecins du pays pratiquèrent aussitôt la revaccination de tout le village et l'épidémie cessa dans les premiers Jours de mars 1841, après avoir duré deux mois. Il n’y eut d’ailleurs rien de particulier à signaler dans les divers manifestations et symptômes de la maladie.

Nous arrivons à la quatrième période de l’histoire de la vaccine en Lorraine, celle que j'appelle période d'accalmie ; la confiance renaît et le nombre des vaccinations et surtout des revaccinations augmente légèrement ; en 1845. le nombre des vaccinations s'élève à 36,802 pour les quatre départements ; leur proportion par rapport aux naissances est la même dans les quatre, et le département de la Meuse qui, jusque-là, s'était presque toujours laissé distancer par les trois autres, arrive au chiffre respectable de 6,642 vaccinations pour 8,745 naissances, alors que 20 ans avant il offrait 4,813 vaccinations seulement pour 9,072 naissances, mais il est un fait digne de remarque c’est que l'indifférence dans laquelle le public était tombé à l'égard de la vaccine depuis quelques années porte ses fruits: en cette année 1845, en effet, comme dans les suivantes, le nombre des varioleux et des décès par suite de cette maladie est assez élevé dans nos départements ; pour les deux seules années 1847 et 1848, le département de la Meurthe vit 1,603 cas de variole avec 122 décès, alors que les Vosges n’eurent que 372 cas, avec 39 décès ; la Meuse et la Moselle n'eurent à signaler que quelques cas, aussi de

nouvelles mesures sont jugées nécessaires dans notre département, afin que personne ne puisse se soustraire à la vaccination : « L'un des derniers actes de M. le préfet Arnoult,

dit le docteur Simonin, fut la création d’un registre cartonné placé dans chacune des 714 communes du département, destiné à indiquer au vaccinateur les enfants nouveau-nés, et devant recevoir les indications relatives à la vaccination et à la révision de chacun d’eux. En 1846 et en 1847, l’essai d’un registre composé d’une seule feuille avait déjà éveillé l'attention des autorités municipales : aussi le nouveau registre a-t-il été en 1848, première année de son emploi, tenu avec régularité dans un très grand nombre de communes, et cette régularité s’est accrue en 1849. Nous touchons au moment où l’action salutaire du registre communal va se faire sentir. En effet, dans les campagnes, les enfants n'étant fréquemment présentés au vaccinateur que plusieurs années après leur naissance, Jusqu'à ce Jour, un grand nombre de parents du département n’ont pu encore se douter de la remarquable précision apportée par l'Administration dans le service de la vaccine, et vont seulement comprendre comment, dans un avenir très prochain, l’entrée aux écoles sera refusée à leurs enfants, s’ils ne se rendent pas à l’appel des vaccinateurs. »

Aussi l’Académie nationale de médecine, dans son rap-

port de 1849, au ministre de l’agriculture et du commerce, cite comme modèle le département de la Meurthe et déclare que nulle part la vaccine n’est plus cultivée ni mieux appréciée, grâce au zèle et au dévouement du docteur Simonin et de son collaborateur, le docteur Grandjean.

D'ailleurs les mesures prises par Padministration arri-

vaient à propos, Car à ce moment les détracteurs de la vaccine essayalent de relever la tête et comme la méthode de Jenner n'avait qu'imparfaitement répondu aux espérances que la première partie du siècle avait fait concevoir, comme l’on venait de traverser une période très tourmentée, jalonnée de nombreuses et meurtrières épidémies de variole, au grand scandale de la majorité du public médical, quelques esprits dissidents essayaient de ramener le public à linoculation variolique ; dans un rapport adressé et lu à l’Académie les 7 et 10 août 1847, Desportes fait un parallèle entre l’inoculation variolique et la vaccine lequel n’est pas précisément flatteur pour cette dernière. « L’ino - « culation de la variole, dit-il, préserve de cette maladie « avec un degré de sûreté et de généralité qui en font un « moyen précieux. À peine quelques personnes présentent- « elles une éruption fugace et douteuse de variole vraie ; « à peine quelques rares sujets, Inoculés avec succès, ont- « ils été signalés comme ayant été victimes plus tard d’une « attaque naturelle de variole. » Heureusement que dans certains départements des médecins enthousiastes et zélés consacrent pour ainsi dire toute leur vie à la défense et à la propagation de la découverte de Jenner ; notre département est cité chaque année comme un de ceux où le vaccin est le plus en vogue, grâce au dévouement du docteur Simonin : « Nous ne nous lassons pas, dit le rapport de 1851, de « citer le département de la Meurthe et de le proposer « pour modèle à tous les autres. Sur l'inspiration de M. le « docteur Simonin, l'autorité à institué des registres matri- « cules dans toutes les communes, institution utile à plus « d’un égard ; mais ces registres n’eussent-ils pas d’autre avantage que de faciliter la révision des opérations,

« qu'ils mériteraient d’être connus et répandus, car ces « révisions ne sont pas moins nécessaires dans l’intérêt des « vaccinés que dans celui de la vaccine. »

Pour la première fois, en 1851, un médecin, le docteur Chaubasse, du Cantal, ose élever la voix en faveur de la vaccination obligatoire et voudrait que la loi obligeàt les parents à faire vacciner leurs enfants, mais nous ne sommes pas loin de 1848 et on parle d’attentat à la liberté individuelle !

En 1859, mêmes éloges ponr le département de la Meurthe : « Nulle part, dit le rapport de cette année, le « service de la vaccine n’est mieux organisé que dans la «€ Meurthe, M. Simonin publie, tous les ans, un rapport « détaillé sur les opérations de lexercice. Quand « les observations manquent d'intérêt, il leur en « donne par les réflexiôns qu'il y ajoute. On vaccine « donc beaucoup dans le département, et les vaccinés y « sont l’objet d’une sollicitude continuelle ; ils sont ins- « crits sur un registre particulier au moment de l'opération, « on les visite après, soin important dont l’omission à fait « peut-être plus de tort à la vaccine que la variole elle- « même. Combien de vaccinés vivent tranquilles qui n’ont « eu qu'une fausse vaccine ! De 714 communes, toutes ont « été visitées au moins deux fois, et de 8,749 vaccina- «Lions, il n’y en a que 1461 qui aient échappé à la révi-- € Sion. »

Si nos trois autres départements ne sont pas signalés comme ayant le culle de la vaccine, il est juste de recon-naître néanmoins qu’ils font bonne figure à côté du reste de la France; ainsi durant la période 1856-1862, la moyenne des vaccinations fut dans le département de la

Meuse d'environ 5,000, dans la Moselle d'environ 8,500, dans les Vosges elle fut supérieure et certainement; si les statistiques sont exactes, la proportion des vaccinations aux naissances dans le département de la Meurthe n’est pas de beaucoup supérieure à celle que nous constatons dans le reste de la Lorraine, le tableau ci-contre le démontre amplement,

j NOMBRE DES | ÉA , DÉPARTEMENTS. = Sujets |Défigurés

na 7 AE anna À Morts = Naus | js Ses Pa sp où de la petite T FAUSSES tions. vérole. |infirmes.| vérole.

| [ 1856 | 10.051 8.565 568 92 23 1857 8.756 8.00% 10% 25 42 : IS5S S.931 7.000 64 11 sl Medrthe:.c:::.::2. 1859 &.712 9.62% 177 k 10 1S60 8.730 8.992 293 De 18 ISGI 10.507 9.061 410 » 9 1862 8.721 8.572 12% 15 30 | 1856 7.109 6.585 11 » 3 1857 6.922 5.886 95 9 5 | 1858 7.188 5.152 175 16 12 MOD tt. / 4859 7.498 4.543 127 5 22 | 1860 7.039 4.869 124 37 15 1861 6.703 4.638 19 ) »

1862 6.718 &.321 L 1 1 | | 7 Moselle SE Vosges: raisins | 5

Nous voyons que dans les Vosges le nombre des vaccinations est supérieur, proportionnellement aux naissances,

à celui de la Moselle et surtout à celui de la Meuse et cependant, dans cette période de sept années, nous notons 292 décès par variole dans les Vosges, alors que la Meuse n’en à que 98 et la Moselle 42 seulement, c’est que, nous l’avons vu, les médecins se désintéressent de cette pratique laquelle dans ce département est entre les mains de personnes inexpérimentées, incapables d’un contrôle sérieux, comme les sages-femmes.

En 1854, le préfet de la Meurthe, Albert Lenglé, rend l'arrêté suivant :

« Article premier. — A partir du 1° janvier 1855, la « liste des élèves introduits dans les écoles primaires du « département de la Meurthe sera, au moins deux fois « par an, confrontée avec le registre matricule des vaccina- « tions, par les soins du maire et de l’instituteur ou de « l'institutrice, et par l'initiative du maire de chaque com- « mune.

« Art. 2. — Les enfants qui ne se trouveront point por- « tés sur le registre matricule comme ayant été vaccinés « avec succès ne seront tolérés à l’école que jusqu’au mo- « ment du parcours officiel du vaccinateur spécial, seul « praticien ayant le droit de contribuer avec le maire à la « tenue du registre matricule.

€ Art. 3, — Ces enfants seront alors présentés au vac- « cinateur, qui s’assurera s’ils ont été ou non atteints de la « variole, s'ils ont été ou non vaccinés avec succès, et « qui, en cas de négative, les vaccinera immédiatement.

@ Art. 4. — En cas de refus de la part des familles de « présenter les enfants à l’examen du vaccinateur, ou de « les laisser vacciner ou reviser par lui, ces enfants seront « exclus immédiatement de l’école primaire,

@ Art. 5. — Lorsqu'un enfant quittera sa résidence « pour aller habiter une autre commune, M. le maire lui « délivrera, s'il y a lieu, un certificat constatant qu'il a été « vacciné avec succès. Cette pièce lui servira pour être ad- «mis à l’école primaire de sa nouvelle résidence.

« Art. 6. — Le présent arrêté sera inséré au Recucil des «actes administratifs, et publié à son de caisse, par les soins « des maires dans toutes les communes du département. »

Depuis le jour où le Conseil Central de vaccine fut créé à Nancy, par le Préfet dela Meurthe, M. Marquis, c’est-à: dire depuis 1806, ledit Conseil ne cessa de se réunir chaque année et de discuter toutes les questions relatives à la vaccination ; aidé et secondé par les Comités d’arrondissement, par les fonctionnaires, sa tâche lui fut rendue plus facile.

En 1855,le Préfet crée dans le département de la Meurthe 54 circonscriptions rurales à chacune desquelles est affecté un médecin et chacun de ceux-ci recoit une circulaire émanant du Préfet et dans laquelle sont indiqués les devoirs du médecin en ce qui concerne le service de la vaccine, En voici quelques extraits :

Art. 12. — Les médecins de circonscriptions rurales seront chargés du service de la vaccine dans leur circonscription. Ils seront tenus :

1° De vacciner gratuitement tous les enfants et les adultes qui n’ont pas encore été soumis à cette opération ou qui n’ont pas encore eu la petite vérole.

2 D'inscrire sur un registre spécial qui leur sera adressé au commencement de chaque année les nom, prénoms, sexe et domicile des personnes qu'ils auront vaccinées,

ainsi que le résultat de l’opération, qui sera certifié par le Maire ou l’Adjoint assistant.

3e De se rendre, accompagné des Maires, dans les 6coles publiques, afin de s'assurer que tous les enfants qui y sont admis ont été vaccinés ou qu’ils ont eu la petite vérole,

Ils nous signaleront les instituteurs et les institutrices qui, contrairement aux dispositions de notre arrêté du 8 août 1854, admettraient dans leurs écoles des sujets non vaccinés.

Art. 15. — Huit jours après leur tournée de vaccination, les médecins en feront une seconde pour s’assurer du succès de leur opération, la renouveler s’il est nécessaire, et prendre note sur le registre, des observations auxquelles elle aura donné lieu. Ils se conformeront du reste aux instructions et arrêtés antérieurs qui ont réglementé le service de la vaccine.

Art. 14. — Si la petite vérole se manifeste dans une commune, le maire en donnera avis au médecin de la circonscription, qui se transportera sur les lieux, afin d’arrêter par la vaccination et par tous les moyens que fournit la science, les progrès de l’épidémie variolique. Si la maladie présente de la gravité, le médecin nous en rendra compte, en nous faisant connaître les moyens qu'il aura employés pour la combattre et les mesures que l’administration pourrait prescrire dans le même but.

Art. 15. — Dans les cinq premiers jours de Janvier de chaque année, les médecins des circonscriptions rurales devront faire parvenir à MM, les Sous-Préfets (et à nous pour l’arrondissement chef-lieu) les registres des vaccinations

qu'il auront pratiquées dans le cours de l’année précédente,

Ils y joindront un rapport contenant le résumé des observalions qu'ils auront été à même de faire sur la marche et les effets de la vaccine, et feront connaître le concours qu'ils auront obtenu des autorités locales.

Le Préfet : Alb. Lexcrr.

I] ne se passe pour ainsi dire pas d'année que le préfet de la Meurthe ne rende un nouvel arrêté, ne prenne de nouvelles mesures en faveur de la propagation de la vaccine dans son département ; administrateurs et vaccinateurs marchent la main dans la main pour le plus grand bien des populations ; comme résultat, le département de la Meurthe est classé parmi ceux qui, depuis 1806 n'ont cessé de redoubler de zèle et d’efforts pour propager la vaccine, et le nombre des vaccinations dépasse celui des naissances ; nous venons de voir la création de 54 circonscriptions rurales dans le département, cet arrêt est complété par celui au 24 décembre 1856 :

Art. 1°, — Il est créé un emploi du service médical des circonscriptions rurales de la Meurthe.

Art. 2, — Le titulaire de cet emploi est chargé de sur-

veiller, en tout ce qui concerne la partie médicale, Pexécution de nos prescriptions, de fournir à l’administration les renseignements dont elle aura besoin, de centraliser et de coordonner les documents relatifs au service médical ainsi qu'à celui de la vaccine et d’en présenter aunuellement le résumé sous forme de rapport.

Art. 3. — M. le docteur Edm. Simonin, conservateur du dépôt de vaccin, secrétaire du comité central de vac-

Al

cine, est nommé inspecteur du service médical des circonscriptions rurales.

A partir de 1855, le docteur Simonin publie chaque année un rapport détaillé sur le service de la vaccine dans son département, signalant les épidémies, la marche normale, anormale de la vaccine, les mesures prises pour enrayer les épidémies, le nombre des vaccinations et des revaccinations, etc., avec un zèle dont il ne s’est pas départi un seul instant ; ses rapports s’arrêtent à l’année 1879. Jusqu'à la fin de 1859, nous n’avons pas d’épidémie grave à noter, mais l’année 1860 fut, dans les Vosges, signalée par une recrudescence de la maladie ; 923 cas avec 69 décès, ceux-ci appartenant tous à l'arrondissement de Saint- Dié. Le docteur Lhommée fit un compte rendu de cette épidémie, en voici les lignes les plus intéressantes: « La variole s’est manifestée, pendant l’année 1860, dans 19 communes de l’arrondissement de Saint-Dié, et a atteint 879 individus de tout âge ; 69 cas se sont terminés par la mort, 199 par la guérison sans la défiguration, et 11 avec défiguration.

« Dans un certain nombre de communes, il n’a été observé que quelques cas isolés ; mais c’est surtout dans les grands centres industriels que la maladie a pris le cachet d’une véritable épidémie, qui n’est pas encore terminée en ce moment à Plainfaing, Laveline et La Croix-aux-Mines. Une remarque très importante à faire, c’est que l'épidémie a surtout attaqué les adultes vaccinés depuis longtemps, qui, par conséquent, ne jouissaient plus de lPimmunité que donne la vaccine, et qu’elle a affecté la forme la plus grave, je veux dire la forme confluente, accompagnée et aggravée de diverses complications, Les enfants qui ont

succombé sont surtout ceux qui n'avaient pas été vaccinés.

« De nombreuses revaccinations ont été opérées avec des résultats variés, et j'estime que ce sont ces revaccinations qui ont porté le chiffre des vaccinations opérées en 1860 à 3,871, tandis que depuis la création du conseil d'hygiène, c'est-à-dire depuis dix ans, les vaccinations n’ont jamais dépassé celui de 2,927, et qu’elles sont même descendues à 2,03

« Ainsi, cette année, les vaccinations ont dépassé de près de 1,000 le plus haut chiffre qu'elles avaient atteint pendant dix ans, et elles sont presque le double du plus petit chiffre de cette période.

« Un autre fait aussi digne de remarque, c’est que le conseil a eu, cette année, vingt-neuf registres de vaccination à noter, tandis que dans ces dix dernières années, il n'en recevait Jamais de dix-neuf à vingt-six.

« Ces deux résultats matériels, augmentation du nombre des vaccinateurs et augmentation de celui des vaccinations, témoignent hautement de la confiance que les populations ont en la vaccine, et, par conséquent, de l’anéantissement, du moins en grande partie, des préjugés qui existent encore dans quelques esprits peu éclairés contre cette admirable découverte de Jenner et contre ses bienfaits. »

Le docteur Lhommée est donc partisan convaincu des revaccinations et pour lui, comme pour la grande majorité des vaccinateurs, l’axiome énoncé par le docteur Simonin en 4841, en ces termes : « Les sujets qui ont présenté la véritable vaccine sont pour toujours préservés de la petite vérole », cet axiome, dis-je, est devenu une erreur.

Disons en passant qu'une ordonnance ministérielle du

31 décembre 1857 ordonne que « tous les jeunes soldats arrivant au corps soient vaccinés, qu'il existe ou non chez eux des traces de vaccine. »

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