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Sujets atteints de la petite vérole.
Défigurés ou infirmes.
Morts de la petite]
vérole.
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Avant de parler de la trop fameuse épidémie de 1870-71, nous devons signaler les années 1864, 1865 et 1866 comme particulièrement désastreuses pour la Lorraine. Durant ces trois années, la variole attaqua 6,636 individus, en défigura ou rendit infirmes 588 et en fit périr 607. Le
département de la Moselle fut particulièrement éprouvé ; l’épidémie éclata à Metz, au commencement de l'année 1804 et comme d'habitude, la mortalité fut surtout élevée dans les rues étroites, tortueuses, où s’entassaient un grand nombre de familles pauvres, complètement ignorantes des règles les plus élémentaires de l'hygiène, et d’une malpropreté notoire. A la fin de juin, tous les quartiers de la ville était pris par la contagion ; en juillet, août et septembre, le nombre des cas diminua sensiblement et l’on espérait que le fléau allait cesser, quand en automne il subit une recrudescence et fit de nouvelles victumes. La Société des Sciences Médicales du département de la Moselle estime qu’en cette seule année 1864, le nombre des varioleux s’éleva à Metz à environ 800, sur lesquels on compta seulement 35 décès (13 hommes, 9 femmes et 13 enfants). Si l’on compare la moyenne des statistiques des 15 années qui précèdent (1849-1864), on constate que la moyenne des décès par variole, à Metz, est de 8 ; en 1863, il n'y eut pas un seul décès par variole, tandis qu’en 1854 cette maladie occasionna 38 décès.
La variole se présenta sous la forme coufluente dans plus de la moitié des cas, presque toujours sans complications ; cependant plusieurs fois on observa des accidents cérébraux et des symptômes ataxo-adynamiques ; nombre de communes des arrondissements de Briey et de Thionville furent aussi sérieusement atlaquées par le fléau ; les villages de Hauconcourt, Chaiflv-les-Ennery, Charly, Failly, (arrondissement de Metz), Saint-Pancré (arrondissement de Briey), Rudling (arrondissement de Thionvilie) dont la population réunie était de 2,638 âmes, présentèrent 203 cas de variole avec 9 décès.
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Dans le but d’arrêter les progrès de Pépidémie on pratiqua un grand nombre de revaccinations (4,747) et la sœur Euphrasie, dans la ville de Metz, en fit à elle seule 2,300.
Le docteur Warin, dans son rapport sur la vaccine, présenté à la Société des Sciences Médicales de la Moselle, conclut en disant :
1° Que si les vaccinationns sont indispensables pour préserver de la petite vérole, les revaccinations ont aussi un grand degré d'utilité ;
9° Que les vaccinations et les revaccinations faites avec du vrai cowWpox et même avec du vaccin animal donnent des résultats bien plus satisfaisants qu'avec du vacçin humain.
9 Que le vaccin pris sur un enfant exempt de maladies constitutionnelles transmissibles offre une garantie sérieuse aux familles.
Dans le département de la Meurthe, la variole éclate spontanément en 1865 dans un certain nombre de communes ; ailleurs elle se déclare par contagion, dont voici un Cas curieux rapporté par le docteur Valentin : un lit de plume avait servi à une personne morte de la variole ; la femme quile nettoya contracta la maladie et en mourut; ses proches parents la gagnèrent aussi à ses côtés et en moururent.
Des individus qui avaient été vaccinés avec succès ne furent pas épargnés, plus de cinquante furent dans ce cas ; le Comité de vaccine se demande en voyant de pareils faits, si la vertu préservative du virus-vaccin n’a pas perdu de sa force, ou bien si, comme le prétendent certains médecins, la puissance de préservation de la vaccine ne serait pas en raison directe du nombre des pustu-
les, un individu n'ayant offert qu'une pustule ayant plus de chance d’être infecté que celui qui en aurait deux, et celui-ci de préférence à un autre qui en offrirait trois, ou bien les jeunes sujets sont-ils mieux préservés que les adultes ? ou bien la vaccine ne préserve-t-elle que pour un temps déterminé et assez restreint et alors faut-il avoir recours à la revaccination ?
Pourquoi ne pas faire à Nancy ce qui se fait à Naples et en Belgique, c’est-à-dire entretenir le cow-pox en l’inoculant de semaine en semaine sur des génisses ? Ce sont là autant de problèmes que pose le Comité de vaccine et qui, faute de preuves, attendront encore quelque temps leur solution ; ces réflexions n’ont d’ailleurs rien qui doive nous étonner, car nous avons vu bien des fois, au cours de ce travail, la vaccine impuissante à préserver de la variole et un nouveau virus vaccin est en train de faire parler de lui et de défrayer toutes les conversations.
En effet, le vaccin Jennérien n’est plus seul à avoir les faveurs du public, un concurrent se dresse devant lui, le vaccin animal ; les médecins, pour la plupart, sont encore hésitants et Le savent auquel donner la préférence.
L'origine de la vaccination animale est presque aussi ancienne que celle de la vaccination humaine ; nous avons vu, dans quelques-unes des observations citées au commencement de ce travail, que le docteur Valentin, en 1800, inocula le virus vaccin à certains animaux, chèvres, moutons, ânes, dans le but de se créer des sources de vaccin, des vaccinifères comme nous disons aujourd’hui.
En 1805, Troja, médecin de Naples, répéta lexpérience sur une vache, dans le but de reprendre ensuite le vaccin à la vache pour lPinoculer à l’homme, espérant que son pas-
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sage sur la vache lui restituerait ses propriétés et sa force préservatrices originelles.
Galbiati continua à s'occuper de la question, mais C’est le professeur Negri qui eut, en 1840, le mérite de fixer dans ses grandes lignes cette pratique de la vaccination animale comme nous la comprenons aujourd’hui; il put entretenir le vaccin sur une série de genisses pendant une période de 28 années et, en 1867, Negri, avec son vaccin, inocula à Naples plusieurs milliers de personnes.
Lors du congrès médical qui se tint à Lyon en 1864, le docteur Viennois ayant relalé quelques cas de transnyssion de la syphilis par la vaccination, le professeur Palasciano, de Naples, saisit l’occasion pour exposer le nouveau procédé qui, à ce moment, était déjà en usage dans presque toute Ptalie.
Le docteur Lanoix partit aussitôt en Italie pour étudier la méthode, comme le docteur Valentin s'était rendu, 65 ans auparavant, en Angleterre pour étudier la vaccination jennérienne ; il en ramena une génisse inoculée avec le cow-pox fourni par le docteur Negri et, à partir de ce moment, la vaceination animale prit racine en France, Une cominission fut désignée pour étudier cette nouvelle méthode et le professeur Depaul en fut le rapporteur. Au point de vue du nombre des succès, du chiffre des pustules et des dimensions de celles-ci, le vaccin animal fut déclaré supérieur au vaccin humain ; ce fut surtout lors de l'épidémie terrible de 1870-1871 que l’on put se rendre compte de la puissance préservatrice de la vaccine animale puisqu'a Bruxelles, sur les 10,000 enfants qui, de 1865 à 1870, avaient été inoculés avec ce vaccin, pas un ne contracta la variole; de même, à Naples, d’après le docteur Rafaele
Serafino, les personnes vaccinées avec succès, suivant la nouvelle méthode, furent préservées de là maladie d’une façon beaucoup plus eflicace que les autres.
En 1865, un médecin français, le docteur Julien, dans un mémoire intitulé : Considérations sur l'importance de la vaccine, des moyens de se procurer un bon vaccin, propose la création d'établissements où l’on pourrait recueillir du vaccin sur des vaches. « Si, dit-il, l’absolue nécessité de la vaccine chez tous est bien établie, s’il est diMicile de se procurer un bon vaccin et de répondre à cette nécessité, ne pouvons-nous pas suivre cette pensée, créer un établissement où nous aurions un nombre donné de vaches auxquelles on inoculerait le vaccin le plus récent que l'on pourrait se procurer ? On pourrait même employer le vaccin ancien, multiplier les inoculations au besoin et obtenir le vaccin désiré, le vaccin régénéré... En admettant encore que le vaccin ne subisse pas de modifications dans ce transport sur la vache, nous aurions toujours des occasions de nous procurer le virus primitif, le cow-pox, de Pinoculer et d'obtenir ainsi toujours une quantité désirée d’un vaccin renouvelé ayani toutes les vertus d’un vaccin primitif. »
Le plus grave reproche que l’on adressait à la vaccine humaine était d’avoir malheureusement infecté souvent de la syphilis ; de tels exemples sont fréquents, pour ne pas dire abondants ; en voici un entre mille : Le 25 février 1867 dans l’arrondissement de Figeac, un grand nombre d’enfants et par contre-coup de nourrices, présentèrent des manifestations syphilitiques à la suite d’inoculations vaccinales.
Lorsqu'il s'agit de la revaccination en masse, lorsqu'une
“11 épidémie grave de variole arrive à lPimproviste et qu'il faut des quantités de vaccin pour plusieurs milliers de sujets, où trouver des sources de vaccin humain assez abondantes? Ce que l’on ne pourrait faire en plusieurs mois avec du vaccin humain, on le réalise en quelques jours avec un nombre absolument restreint de génisses.
C’est pourquoi le docteur : Valentin demande que l’on fasse à Nancy ce que l’on fait depuis longtemps en Italie, que lon entretienne le cow-pox sur des génisses, en l’inoculant de semaine en semaine, en un mot, que l’on remplace la vaccination humaine par la vaccination animale, A la fin d'août 1867, le docteur Simonin reçut du docteur Depaul deux tubes contenant dn cow-pox recueilli sur des génisses et contenant du vaccin humain, provenant d’inoculations de cow-pox. On inocula ces génisses avec Îles précautions usitées en pareilles circonstances ; lPune reçut du vaccin humain ; une autre fut inoculée avec le cow-pox envoyé par le professeur Depaal et les autres avec le cowpox recueiili sur la série de génisses inoculées précédemment par le docteur Simonin.
Trois ne donnèrent aucun résultat pour la vaccination chez l’homme ; les deux autres fournirent des tubes pour 60 vaccinateurs.
Le docteur Simonin ne conelut pas à la supériorité du vaccin animal sur le vaccin jennérien ; il n’y a là pour lui qu'une question de tempérament, mais il reconnaît cependant que « notre vaccin de 1868 a tout au moins le mérite d’être pur de toute altération d'origine syphilitique ».
Je crois pouvoir aflirmer que c’est Jà un facteur très im portant et qui, à lui seul, suflirait à faire adopter la vaçcination animale.
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A partir de l’année 1868, le nouveau vaccin a été seul employé dans le département de la Meurthe ; nous n'avons pas de grandes épidémies à signaler avant 1870-1871 ; nous avons quelques cas à signaler en 1868 dans le département de la Meurthe, à Nancy principalement, où la variole apparaît spontanément sur plusieurs points de la ville ; elle frappe principalement les individus non vaccinés. Ainsi, dans une famille composée de sept personnes, une seule est atteinte : c’est un petit enfant d’un an non vacciné. Dans deux autres familles où tout le monde est vacciné, sauf les deux chefs, ceux-ci seuls contractent la variole.
En présence de tels exemples, est-il permis de nier l'efficacité de la vaccine ?
L'année 1869 est encore assez meurtrière. On constate dans la Meurthe 536 cas de variole, avec 4T décès, alors que les trois autres départements réunis ne virent que 540 cas, avec 29 décès.
« Pendant cette année 1869, dit le docteur Marchal, les vaccinations pratiquées avec le fluide provenant du cowpox de Nancy donnèrent d’excellents résultats, et son énergie fut déclarée bien supérieure à celle de l’ancien vaccin. » En cette même année 1869, parut un mémoire intitulé : De la double utilité de la médication quinique dans certains cas de variole. Son auteur, le docteur Liégey (de Rarbervillers) préconise le quinquina dans le traitement de la variole, qui, d’après lui, n’est souvent qu'une « fièvre pernicieuse, une maladie à quinquina, comme les autres fièvres exanthématiques ».
Dans le courant de l’année 1869, une petite épidémie dont les cas furent presque tous mortels se déclara à
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Neuves-Maisons, près Nancy. M. le docteur La Flize (com munication orale) nous signale que lépidémie .frappa, en général, des personnes âgées et en particulier les ivrognes ; « tous ses buveurs de 65 disparurent ». Ses malades étaient pris de frissons, de rachialgie, d’une fièvre ardente ; l’exanthème se montrait sous forme de larges plaques violacées, sans pustules ; des gastrorrhagies, des entérorrhaoies survenaient et enlevaient les malades trois Jours seulement après qu'ils s'étaient alités. Cette épidémie fut d’ailleurs purement locale et ne s’étendit pas.
L'épidémie de petite vérole de 1870-1871, véritable pandémie varioleuse puisqu'elle s’abattit sur la France entière et les pays limitrophes, fut certainement la plus terrible et la plus meurtrière du xix°siècle. La Lorraine fut particulière ment éprouvée ; on se serait cru véritablement en présence d’une de ces pestes dont, aux siècles passés, un génie malfaisant se plaisait quelquefois à nous accabler ; constamment occupé, pillé et ruiné par les soudards allemands, donnant asile momentané aux nombreux évadés qui, de Metz et de Sedan, traversaient la Lorraine pour retrouver une armée française et reprendre un fusil, notre malheureux pays vit surgir comme de la boîte de Pandoreune formidable explosion de tous les fléaux qui peuvent assaillir humanité: dyssenterie, scorbut, typhus et surtout variole ; ce fut comme une traînée de poudre, Nous ne possédons pas de statistique officielle pour l’année 1870 ; les événements malheureux qui se succédèrent à cette époque jetèrent le désarroi dans toutes les administrations, mais d’après des ‘émoins oculaires, la mortalité fut effrayante ; en 1871, l'épidémie était loin d’être éteinte puisqu'elle frappa, en Lorraine, 12,519 individus, sur lesquels 2,755 perdirent la vie,