CONCLUSIONS
1° La Lorraine, à cause de sa situation même, a été souvent le théâtre d’épidémies et de fléaux terribles, parmi lesquels la variole a été surtout et souvent meurtrière.
20 Nos départements ont été des premiers, en France, à accepter et mettre à profit l’immortelle découverte de Jenner. Des médecins illustres, Valentin, J.-B. Simonin, Serrières, Morlanne, Ed. Simonin, Haxo, etc..…, ont consacré leur existence à défendre et à propager cette pratique nouvelle et négligé bien souvent leurs intérêts personnels pour faire participer la Lorraine tout entière aux bienfaits de la vaccine. Ils se sont déplacés, ils ont parcouru et fouillé tous les coins de la Lorraine, faisant des conférences, encourageant et exhortant les populations à se faire vacciner, se vaccinant eux-mêmes publiquement pour mieux frapper les esprits timorés et surtout incrédules. Aussi, chaque année, dans le rapport sur la vaccine, présenté au ministre de l'Agriculture et du Commerce par l’Académie de Médecine, nos départements et surtout celui de la Meurthe sont cités comme ceux où la vaccination est le plus en honneur de toute la France et chaque
année, nos vaccinateurs reçoivent les éloges les plus flatteurs. Si la variole n’est plus à redouter aujourd’hui, si si nous jouissons d’une grande immunité vis-à-vis de cette «hydre dévastatrice » et si nous sommes en sécurité, c’est à eux que nous le devons en grande partie; ils ont bien mérité de la Lorraine et aussi, je me hâte de le dire, de la France entière, car le grand mouvement en faveur de la vaccination est parti de chez nous, de la Lorraine: lorsqu'il s’agit d'accepter et surtout de faire accepter une découverte où une invention quelconque, il n’y a souvent que le premier pas qui coûte, mais faut-il encore avoir le courage de le faire et surtout de ne pas revenir en arrière : ce premier pas a été fait en Lorraine pour la vaccine.
Cuique suum. — Pour être juste, nous devons signaler que les préfets dans leurs départements, presque tous Îles maires dans leurs communes n’ont pas cessé de témoigner toute leur sympathie à ces bienfaiteurs et à leur venir en aide ; ils accompagnaient souvent ies vaccinateurs dans leurs tournées ; leur présence et leur prestige Joints à la renommée et à la valeur du médecin gagnaient les masses à la cause de la vaccination.
Le clergé lui aussi, quelle que soit d’ailleurs la religion à laquelle 1l appartenait, prêchait continuellement en faveur de la méthode Jennérienne ; nous avons vu au cours de ce travail les conseils donnés sur les fonts baptismaux aux parents, parrain et marraine des petits enfants ; chaque année, les préfets, surtout dans le département de la Meurthe, prenaient des mesures, des arrêtés, tenaient des assemblées, votaient des secours pécuniaires et des récompenses pour stimuler le zèle des vaccinateurs et encourager les populations à se faire vacciner.
30 Tant de bonnes volontés réunies ont produit leurs fruits : la variole est maintenant presque inconnue en Lorraine, elle y est moins fréquente que dans le reste de la France.
4° Malheureusement la vaccination n’est pas obligatoire et il y a toujours des personnes, il est vrai, qui y échappent ; beaucoup ne sont pas revaccinées, presque toutes les femmes n'ont été vaccinées qu’une fois, dans leur jeune âge ; la variole peut donc avoir des retours offensifs. Que nos administrateurs veuillent bien y songer et, suivant les traces et l'exemple de leurs prédécesseurs, prendre les mesures nécessaires pour que :
a) La vaccination soit obligatoire dans les trois mois qui suivent la naissance ;
b) La revaccination soit obligatoire tous les dix ans, ou au moins deux fois dans le cours de l'existence. C'est là l'unique etinfaillible moyen de combattre et d’éteindre les épidémies varioliques et surtout d'en empêcher définitivement le retour.
Vu :
Le 20 juin 1899. Vu PAR LE DOYEN :
Le PRÉSIDENT DE LA THÈSE, GROSS, MACE.
Vu et permis d'imprimer :
Le RECTEUR, A. GASQUET.