‹ La vassale; pièce en quatre actesChapitre 6 sur 20 · SCENE III HENRI, CIIABONNAS · texte numérisé non relu

SCENE III HENRI, CIIABONNAS

. GlIABONNAS.

IVturquoi l;i reiivoics-lu? Tu es brusque, Henri... Déjà, pendant le déjeuner, tu l'as rudoyée, cette pauvre Louise... Comme tu es nerveux!...

HENRI

... Mal appris, grossier... Elle a eu soin de te le faire remarquer.

CIIABONNASj plaisamment.

Kst-ce que vous êtes toujours dans ces termes-là ?

HENRI, sérieux.

Toujours.

CHABONXAS, riant.

Kh bion ! c't'st gentil ! Mais, tu plaisantes, Henri ?

HENRI

Il n'y a pas de quoi, je te h' jure... Oh ! mais laissons ci'la... Tu rappelais tout à l'heure à ma MicTc, nos jours heureux. Parlons d'eux, de nos souv(;nirs, de tout ce que tu vouih'as. excepté du présenl... A se reporter dans le passé, on s'imagine (jue la vie s'ouvre de nouveau devjint soi, qu'on va la recommenicr, — autn-inenl.

CIIABONNAS.

Je reconn.iis bien mon Henri, d'un caté- L-^itritiiH', d'un net. .l'iinixe dans une (piereHe

relie (le ménage... Ce n'est pas adroit de ma part, et j'aurais mieux fait de déjeuner au restaurant. A cette heure, vous seriez raccominodés...

HENRI

Jacques, je t'en prie...

CHABONXAS.

Il est vrai que je ne sais rien de votre ménage. Depuis quatre ans que tu es marié, lu ne m'en as pas dit un mot dans tes lettres... Quoi ! Elle est charmante, ta femme : jolie comme ne le sont pas toujours les femmes qui sont jolies, parce qu'elle est toute en expression, spontanée, instinctive, gaie; l'esprit vhf, éveillé sur toutes choses ; elle vibre à toute impression, un rien la met en émoi ; les paroles jaillissent, les physionomies se succèdent, les yeux, les lèvres, le bout du nez,

tout cela bouge, s'agite, et c'est un enchantement de voir un organisme si délicat au service de cette petite àme sensible, alerte, tendre, toujours en quête d'émotions. Telle était Louise, le jour do ses noces, où j'étais ton gargon d'honneur, telle je la retrouve aujourd'hui : adorable...

HENRI

C'est ainsi, en etîet, qu'elle m'est apparue j;idis. (.wfic déciiircment.) Jacques, j'ai épousé \v malheur.

GIIABONNAS.

Pardonne, Henri, si j'ai plaisanté... C'est donc grave?

II i<: N R I .

Oui, c'est grave, le malheur?

CIIABONNAS.

Pouvais-jo supposer?...

HENRI

Tu crois arriver au milieu d'une querelle; tu crois que Louise et moi, nous avons des querelles?. ..Il n'}^ en a jamais eu qu'une, une seule : elle date de la première heure, elle ne cessera jamais.

GHABONNAS.

Que s'esl-il donc passé?

HENRI

Commcnl le raconter le drame de notre ménage ? Il ne contient pas de faits saillants, d'épisodes en relief qui décident les destinées, il ne contient ni grandes scènes, ni coups d'éclat. Il est banal et terrible... comme la vie, quand elle tourne mal. Louise et moi, nous

sommes à jamais séparés, de cœur et dame; c'est la mésintelligence de tous les instants et sur tout, la dispute aigre, jamais finie, la révolte systématique, les froideurs, les mots qui blessent et qui ne s'oublient pas. Cette femme discute tout, tout, elle discute jusqu'au.'^ caressas...

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