G II A DONNAS
Un mariage d'amour!
HENRI
D'amour! .. Ah ! l'illusion a été courte ! Celte femme qui, durant nos iiançailles, scm- Llait maimer, qui m'avait tout promis, qui était i-àline, souriante, provocante, et que j'étais lier d'associer — elle t'tait pauvre — à ma fortune qui commençait; celte femme, JacquL'S, ([ue j'adorais et (jue j'a\';iis mrtiléc, — c'était une étrangèrr, une àin(.' qui' mou
iinic torriliait. une cliair qui ne voiilail pus de ma chair, iiiu- bouche (jui se dérobait à mes lèvres... Ah! j'avais le droit de la tuer, car elle m'avait menti : elle ne m'aimait pas!... Louise est incapable d'amour. Elle est l'impuissance, la sécheresse, le vide, le désordre. Elle n'a même pas su tenir son ménage, .j'ai dû faire revenir ma mère qui s'était retirée à la campag'ne... En un mot, .Jacques, je me suis mal marié, je me suis trompé.
CHABONNAS.
Tu l'es trompé?... Ah! c'est vile dit.
HENRI
Et cela dit tout.
CHABONNAS.
Cela nr dit rien... Je crois, au contraire, qu'on ne se trompe jamais. Car, pourquoi et
coiiimeiit aimons nous ? Qu'est-ce qui nous séduit? la beauté, la grâce, les charmes? Mais pourquoi tels charmes plutôt que d'autres ? Pourquoi préférerons-nous un petit nez en l'air à un nez droit, des yeux noirs à des yeux bleus, et vice versa? Pourquoi aimonsnous celle-ci, moins belle peut-être, et non pas celle-là, que nous admirons davantage? Tout cela est mystérieux et profond. L'instinct nous dirige, l'instinct (jui est infaillible. Nous aimons toujours la femme que nous devons aimer... Seulement, il se peut que nous devenions ensuite de mauvais serviteurs de nolic instinct. .
IIENLI.
De mauvais serviteurs?
CIIABONNAS.
Mais oui, mais oui... Ecoute, Henri... Tu
occujtos une trt's belle situation; lu gagnes (le l'argent; ton nom. respecté de nos maitres, est déjà célèbre parmi les spécialistes... IJrcf, tu lais fortune, et tu as marché vite, depuis ta sortie de l'Ecole... 3lais, tout cela, à quel prix?... Je t'ai connu tout enfant, Henri, à l'heure où, pour des raisons nobles autant (|ue pour ne pas mourir de faim à vingt ans, tu te jurais de réussir dans la vie. Ti^ voulais que ta brave maman, qui s'est sacrifiée pour loi, qui a connu la misère, eut une vieillesse heureuse. Je sais ce qu'il y a de beau en toi. Je t'ai admiré, je t'ai aimé... Mais, tu voulais aussi, et avant tout, tu voulais réussir. El tu n'étais pas tendre, toujours. Nos camarades te craignaient. Tu ne savais te faire pardonner ni ta force, ni ta supériolité. Tu étais logique, puisque la société nous forme, — nous, ses élus, à qui elle destine ses
récçltes et ses lionnours, — non pour les sentiments de justice et Je tendresse humaine, mais pour b commandement, pour écraser ceux qu'on nous fait dépasser et qu'on nomme les faibles... Il faut être le plus fort! le premier, toujours le premier! Nos prix, nos récompenses, c'est moins la rétribution de nos e'ibrts que la déchéance des autres. Il s'agit de ne pas être parmi les déchus, et durant toute notre enfance, nous avons été courbés sur le travail, comme des jockeys sur leurs clu'vaux, l'œil au guet, hypnotisés j)ar la terreur d'être j-attrapés, — le cieur sec... Tels ou nous a formés, jeunes, tels nous restons, hommes, haletants, inquiets, féroces, à moitié idiots, elTarés par la concurrence, chaque jour plus acharnée : les rivaux à distancer, les aines à culbuter, les cadets qui vous mordent aux jambes... Quelle autre peu-
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sec, constante, avons-nous qub celle de réussir?... et qu'il est loin de nous, notre premier instinct de nature!...