‹ La vassale; pièce en quatre actesChapitre 8 sur 20 · KM RI · texte numérisé non relu

KM RI

Que veux.-lu dire, au juste?

G II ABONNAS.

C'.jci simplement, mou vieux camarade...

Il n'y a qu'un but naturel à la vie : aimer et se fain^ aim^r. Et nous n'avons plus que des cerveaux et des ambitions : nous n'avons plus de temps, plus de place à donner à l'amoui:... La femme!... Ali! c'est vite lait. Nous la prenons... un point, c'esl tout!

HENRI, après un silence, ei avec profondeur.

J'ai aimé Louise... et si elle avait eu quelque tendresse, un peu de soumission...

GIIABONNAS- <)b ! je ne prétends pas, Henri, que tu aies

eu seul des torls... Mais, voilà... Si l'homme, surmené, liévreu.K, énervé, s'est modifié, diminué en somme, la femme, elle aussi, a changé. Elle n'est plus la servante docile qui tremblait devant nos ancêtres. Nos pères, au contraire, l'ont prise en pilié; ils l'ont allégée déjà des tutelles trop lourdes, ils l'ont instruite, ils lui ont promis l'indépendance. Ils ont créJ". une femme nouvelle... Et elh est logique, aussi, cette femme-là. On lui a donné le goût de la liberté, on a relevé sa condition : elle veut plus encore, elle réclame la révision du vieux code de fer qui l'as-servit. Elle nous refuse l'obéissance, elle se déclai'c notre égale.

HENRI

Notre égale!

GIIABONNAS.

Parfaitement. La femme est en rébellion, dans le monde entier.

HENRI5 avec impatience et dédain.

Et que veut-elle donc ?

GIIABONNAS.

Sa part.

JMais elle l'a... le ménage, les enfants...

GHABONNAS.

Elle veut le reste... le pouvoir! Ou a proclamé ses droits... Elle a eu 80... Elle veut 03 I

HENRI

Elle se soumettra, de nouveau... Louise, comme les autres... Tu es fumeux et chimé-

rique... (La femme de chambre enlre avec des bor.-

quets.) Qu'est-ce que c'est?

ROSALIE

Dos bouquets qu'on apporte pour madame.

HENRI

C'est bien, mettez-les là. — A tes théories, je répondrai par des faits. Tu vois ces bouquets?... Il n'y en a que deux, aujourd'hui; souvent, il y en a davantage. Ce sont les envois des amoureux de ma femme. Bien des gens, dans le monde, croient que Louise a dis amants. C'est faux, je le sais. Je n'en supporte pas moins les conséquences d'une situation louche, où ma femme se dégrade et où moi, je passe pour dupe ou complaisant. Tu prends le parti de Louise sans savoir... Ah! si tu l'avais vue, cette nuit, au l)al des (jerboy, minaudant au milieu des hommes, les atli-

ratit par des manôges effrontés!... Et si tu connaissais ces hommos!... \n >[aubrct, sorte de faune sur le retour, cynique, sans scrupule, et dont aucune femme honnête nv peut entendre les propos; un Larccnat, poète mondain, frôleur de jupes, fat, sot: et d'autres qui ne valent pas mieux, (.wec un éclat de- colère soudaine.) Louise me brave, elle a dépassé toute mesure... je la briserai!

GIT ABONNAS- après un silence.

En attendant, et puisque Louise n'a pas su t'apporter ce que tu lui demandais, tu rencontreras quelque jour sur ta route, une femme moins novice ou de meilleure volonté, qui aura aimé, elle, qui saura par e^ipérience ce que l'homme exige, ce que nous exigeons de l'amour... et tu seras encensé, adoré... par l'esclave volontaire et sensuelle que nous rè-

VOUS tous, parce qae nous sommes des voluptueux et non des hommes.

HENRI

N'aurais-je pas le droit d'accepter l'atlection qui s'offrirait?

GIIABONNAS.

L'adultère est avant tout une duperie.

Deux femmes! Sait-on, alors, celle qu'on aime?

HENRI, interrompant et sur un ton qui le trahit.

L'adultèredu mari est l'œuvre de la femme!

CHABOXNAS- Tu as une maîtresse!

HENRI* trop vivement.

Non... Mais il est l'heure, et il faut que je sorte... Viens-tu?

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