‹ La Vaticane de Paul III à Paul V d'après des documents nouveauxChapitre 17 sur 61 · I. Sirleto à Vettori, sans date {Vat. lat., 6946, fol · texte numérisé non relu

I. Sirleto à Vettori, sans date {Vat. lat., 6946, fol

Ces vingt années de cardinalat n'eurent rien pour Sirleto qui ressemblât à une retraite. La part extraordinaire qu'on lui fit dans les congrégations instituées par Pie V pour la réforme du calendrier, du bréviaire et du missel romains, et pour la rédaction du Catéchisme du concile dé Trente^ sans parler de la protection de Tordre de Saint Basile qu'il eut à réformer, sans parler de la protection des « néophytes et catéchumènes juifs », sans parler de la congrégation dite de la Réforme des Grecs (laquelle comprenait tout le service de l'Orient grec), en un mot mille affaires de curie l'obligèrent, pour rappeler le mot de Seripando, à continuer le rôle de « cinquante prélats ».

Cependant il ne laissait pas de rester l'érudit des premiers temps, il était même alors le premier érudit de la cour. Dans tout ce qui était Bible et Saints-Pères, c'était lui que Ton consultait de l'étranger, lui à qui

les- papes Pie V, Grégoire XI 11^ Sixte V, aimaiept à se fier de préférence, lui aussi qui intervenait discrètement, efficacement, pour adoucir les exigences ou simplifier les formalités dont on entourait la délivrance dé V imprimatur même quand- il s'agissait de Baronius et du martyrologe. C'est de la sorte qu'il était en relation, à Vienne, avec Sambuci, à qui même il prêtait de ses manuscrits; dans les Pays-Bas, avec le cardinal, de Granvelle, les Plantin, Bellarmin, Arias Montamis, Surius, Pamejius, Billius; à Ve-nise> les Aide; à Bologne, Sigonio; à Pa-* doue, Pinelli ; et bien d'autres encore dont-; on trouve les lettres dans la^ correspondance du;fardinal \ -, . . ^ ^ ^

Je dois ici une explication. M. Dejob,. qui;

i. Cf. Dejob^, De V influence du concile de Trente, p. 353 et suiv. De cette nch« correspondance, si intéressante pour l'histoire des érudits et des oeuvres du xvi* siècle et qui mériterait que quelqu'un fît pour elle ce que M. Lossien a fait pour celle de Masius, je détacherai*

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s'est plu à marquer les différences qui distinguent nos érudits ecclésiastiques. du xviie siècle de ceux de la seconde moitié du xvi«, n'a pas vu que c'est moins le régime . politique sous lequel ils vivaient que le service public qu'ils remplissaient, qui les différencie vraiment. Montfaucon et Mabillon étaient de purs érudits. Nos cardinaux érudits du xvie siècle étaient des combattants sur la brèche. Et de là, «u début surtout, l'extrême sévérité qui est leur marque commune.

Comme il est vrai d'eux tous le mot que dit quelque part Oudin du P. Petau : « Jamais il ne fit semblant d'avoir de la douceur à l'égard des hérétiques : mais il les regarda toujours comme Messieurs de Malte regardent les Turcs » ! Les Saints Pères eux-

seulement quelques fragments de lettres de Lindanus (Van Linden) et de Plantin, qui nous mettront mieux à même de voir quels, bons offices le cardinal rendait à ses clients et quelle reconnaissance ceux-ci lui gardaient. (V. Pièces justif.).

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mêmes n'étaient point assurés de n'être pas soupçonnés de trahison. Cervini écrit :

« Avant de publier Théodoret, puisque vous m'annoncez qu'il est imprimé, mon opinion est qu'il faut le faire lire avec un soin extrême par une personne intelligente et versée dans la Sainte Ecriture, afin que s'il s'y trouve quelque erreur, on la note en marge ou à la fin du volume ' ». S. Cyprien, moins heureux, dut passer par le donec corrigatur. Et qu'on se rappelle le décret de l'Index de i359, qui mit en interdit soixante et une imprimeries et défendit de lire tout ouvrage qui en sortirait, quelle qu'en fût la matière *. Sirleto partageait les sentiments de ses contemporains sur les nécessités qu'imposait la controverse religieuse : il eut leurs rigueurs, — rappelons-nous qu'il refusa tou-

I. Cervini à Sirleto, 20 janvier 1547 (Vat. lat. 6178, fol. i55).

a. Voyez la lettre de Latinio Latini, du 6 janvier iSSg, citée par M. Nestlé, Septuaginta-Studien, p. 14.

jours à Muret de lui communiquer le manuscrit que la Vaticane possédait de Zosime, — mais aussi il tempérait ces rigueurs par une nuance toute personnelle, qui faisait de lui, pour les savants, moins un grand inquisiteur, qu'un grand pénitencier.

C'est à lui que le P. Bellarmin pouvait s'ouvrir des délicates difficultés qu'il expose dans la lettre suivante :

Qui sim qui haec scribo, cardinalis amplissime, initio dicendum esse puto; proptera quod, etsi tibi aliquando ignotus non fuerim, tamen tôt iam anni effluxerunt ab eo tempore, quo te videre et salutare desii, ut non immerito existimem, ex animo tuo, gravissimis cogitationibus rerum maximarum occupato, memoriam mei, hominis videlicet humilis el obscuri, funditus esse deletant. Ego igitur consobrinus sum Richardi Cervini, Alexandri Cervini filii, qui una cum eo isthic Romae Societati Jesu nomen dedi ; nunc veroLovanii dego, in celeherrimaetflorentissima Galiiae Belgicae academia. Ita esse visum est

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sapientissimis nostri ordinis moderatoribus .

Causa scribendarum ad te litterarum haec est : cum his diebus Christophorus Plantinus, vir optimus et christianae pietatis studiosissimus, a nobis petiisset ut Laurentii Valîae annotationes in Novum Testamentum perquireremus, quas ad te mittere se velle dicebat, et nps eas apud amicum quemdam inventas, ad eum mitteremus, rogaverunt me nonnuUi viri docti, et qui te mirifice observant et colunt, ut amplitudini tuae suggérèrent opus, quod meditari te audintus, in Novum Testamentum, contra Vallae atque Erasmi perniciosas annotationes; futurum illud quidem studiosis omnibus gratissimum atque utilissimum, sed certe multo maiore favore excipiendum, si eadem opéra Jacobi Fabri et Theodori Be^ae annotationes refellere volueris.

Ego vero oblatam mihi ad te scribendi oeca* sionem libenter arripui, ut simul etiam quaestiones quasdam de Sanctis Litteris proponerem, de quibus miro desiderio incensus iam pridem fui iudicium tuum audiendi. Sed impedivit me hucusque partim verecundia mea, partim metus quidam, ne tibi in arce ista dignitatis constituto etpro salute

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eommuni christianae reipublicae perpétua excubanti, gravis atque importunus essem.,.

Venio nunc ad quaestiones meas , quarum prima ac praecipua illa est, quid sibi Tridentina synodus voluerit, cum in 4* sessione latinam et vulgatam editionem pro authentica habendam esse decreverit. Video enim de re tanta summorum virorum dissimillima esse iudicia, cum alii palam affirment ipsam latinam et vulgatam editionem ita esse a concilia apprabatam, ut non liceat ullopacta nunc asserere aliquam esse in hac editiane sententiam, quae vel falsa sit vel tnentem primi scriptaris non contineat ; qui etiam malint hebraieorum graecarumque codicum authoritatem contemnere, quam ullum in antiquo interprète lapsum agnoscere; ac demum verum et germanum Scripturae sensum, non minus in hac editione habere nos doceant, quam si ipsa sacra primorum scriptorum autographa haberemus; alii vero contra nihil unquam taie a çoncilio deeretum esse contendant, sed illud solum, hanc vèterem et vulgatam editionem ut omnium optiwant ,es$e retinendam, nec ulli fas esse aliam aliquam vel in gymnaéUs vel in concionibus

tractare, vel in sacris publicisque officiis legen-^ dam aut canendam introducere, quin etiatn nihil omnino in hac editione reperiri quod fidei puritati vel morum honestati sit adversum r caeterum negari non posse quin interpres latinus huius editionis author, nonnunquam more exterorum hominum dormitaverit et non semel a vero Scripturae sensu aberraverit

Je passe, deux questions, Tune concernant le texte hébreu, l'autre celui des Septante, pour citer la dernière :

Postrema quaestio est, an septem capita libri Hester sacra atque canonica habenda sint necne. Nuper enim Sixtus Senensis, in primo et postremo suae bibliothecae sanctae libris, ea capita inter apocripha numeranda esse voluit, At vehementer me movet concilii Tridentini authoritas cum Ecclesiae Catholicae consuetudine coniuncta. Nam et concilium aperte praecipit ut integro^ libros, cum omnibus suis partibus, prout in Ec" clesia Catholica legi consueverunt, et ih veteri

vulgata latina editione continentur, pro sacris et

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canonicis habeamus : et Ecclesia Catholica inter sacrorum solemnia, feria 4* post dominicain 2^ quadragesimae, orationem Mardochaei legit

ex cap, i3* libri Hester

Lovanii, kabend, aprilis* 1 5 j 5 \

Nous n'avons pas la réponse de Sirleto, mais il est à croire qu'elle nous éclairerait peu. Humble et laborieux secrétaire de Cervini, il n'avait jamais eu de sens propre que pour s'en défaire : nous en verrons plus loin, sur le sujet même qui inquiétait là le P. Bellarmin, un exemple très instructif.

Son nom n'est resté attaché à aucune œuvre. Les matériaux qu'il avait amassés en quarante ans d'études infatigables, il les distribua aux uns et aux autres, étant de ces détachés qui passent leur vie à se dépouiller pour autrui et à se dépenser anonymement. A Arias Montanus, pour la po-

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