I. Cf. Blume, lier italicum, III, 54 et suiv
Tout fut rompu, et la bibliothèque resta aux Altemps. Ils la conservèrent assez mal pour que plus d'un volume ait pu passer, de chez eux, chez les Chigi et chez les Barberini.
Finalement, désespérant de vendre les manuscrits, ils vendirent du moins, en détail, les imprimés sur la place Sciarra. A ce moment Mabillon, envoyé en Italie aux frais de Louis XIV, était à Rome : il acheta pour le compte du roi nombre des volumes de la collection.
Quelques années après (1689), ^^ cardinal Pierre Ottoboni devenait pape , sous le nom d'Alexandre VIII. C'était un homme de grand savoir, qui s'émut de voir des trésors comme la bibliothèque de la reine Christine et celle des Altemps, exposés à la dispersion, et les acheta toutes deux : la première fut transportée au Vatican, la seconde donnée à la casa Ottoboni, avec cette clause qu'elle appartiendrait toujours à l'aîné de la maison. Ruggieri ajoute que
cent manuscrits de la Reine furent mis à part, et versés dans la bibliothèque qui allait désormais porter le nom d'Ottoboni '; Il dit encore que le pape ajouta à la bibliothèque Ottoboni ^ plusieurs centaines de volumes, qu^il avait réunis dans sa jeunesse et du temps qu'il était cardinal, la plupart contenant des pièces politiques récentes, manus-crits qu'il avait reçus en héritage de Atilio-
I. Id., ibid., p. 64 et suiv. Voici une note de Schelstrate, qui se lit en tôte d'un inventaire des manuscrits de la reine Christine ( Vici^ lat. 71 38) :
a La Santità di nostro Signore Âlessandro VIII havendo con il proprio denaro comparata la libraria délia Regina di Suetia, ha donato alla libraria Vaticana gli codici manoscrîtti, eccettuati settentaduoi , chi sono dati al Archivio Âpostolico, e ducenti quarante alteri la piu grand parte duplicati, cne Sua Beatitudine ha ritenuti per uso délia propria sua libraria. E questa notitia s'e messa al principio di questo indice, accio che nisciuno ricerca al avenire, o pensi repetere predetti codici, chi in questo indice sono notati con le lettere  e B, la prima significando gli codici dati al Archivio, e la seconda ^li codici da Sua Beatitudine ritenuti. In fede di che ho sottoscritto il nome proprio questo di 27 ottobre 1690.. — Imanuel A.
Schelstrate prumis custos Bibïioth. Vatiçan^e, «
DE PAUL III A PAUL V 6l
Amalteî ou du prince Jean de Piombino, ou achetés à l'avocat Hercule Ronconi et au cardinal Corrado, ou acquis par les soins du libraire Simone : autant de volumes qui n'ont rien à voir avec le fonds grec Ottoboni.
La collection Ottoboni fut inventoriée par Bianchini. Montfaucon y travailla, et, après lui, Dom Massuet pour l'édition de S. Irénée, et Dom Tôuttée pour celle de S. Cyrille de Jérusalem.
La bibliothèque Ottoboni, qui, après la Vaticane, était certainement la plus riche de Rome, en manuscrits grecs, latins et hébreux, fut, à la mort du dernier Ottoboni achetée par le Saint-Siège, et transportée au Vatican : c'était sous Benoît XIV '.
Et ainsi ceux des manuscrits grecs de Sir-
I. Le VaU lat 9476 est un inventaire des mss* de la bibliothèque Ottoboni, avec le prix que chacun d'eux était estimé ; Peritia codicum Ottoboni. anno ij4o.
leto, qui n'avaient pas été acquis par la Vaticane en i585, y arrivaient en 1740, après avoir séjourné chez les Colonna, les Altemps et les Ottoboni. C'est dans le fonds grec Ottoboni qu'on les retrouverait aujourd'hui, et que j'en ai, pour ma part, reconnu un certain nombre. Espérons que le catalogue qui s'imprime en ce moment du fonds grec Ottoboni, sous la direction du savant P.
Cozza Luzi, nous donnera la solution de cette question bibliographique.
La notice qui précède était tout entière consacrée à la collection de manuscrits grecs réunie par le cardinal Sirleto : celle qui suit est consacrée à uoe collection moins importante de beaucoup, celle du cardinal Carafa.
Mais ces [deux collections ont ceci de commun, qu'elles furent réunies peu s'en faut à la même époque, par les soins de deux érudits dont Fun. fut le précepteur de l'autre et qui furent tous deux bibliothécaires de la S. E.
R., et qu'enfin elles ont été réunies à la Vaticane. Il s'y joint, pour la collection du cardinal Carafa, cet élément particulier d'intérêt, qu'on y retrouve en grande partie les matériaux de l'édition sixtine des Septante.
Parler de la collection Carafa, c'est écrire un chapitre à la fois de l'histoire de la Vati-
cane et de Thistoire de la philologie biblique.
Le cardinal Antoine Carafa mourut le 14 janvier iSgi, à l'âge de cinquante-trois ans.
Neveu de Tinfortuné Paul IV, il avait tout Jeune été appelé de Naples, pour être attaché à la personne du pape, son oncle, avec le titre de camérier et celui de chanoine de la basilique de Saint* Pierre. Puis, compromis dans la disgrâce commune des membres de sa famille, il s'était vu chassé de la cour, privé de son bénéfice et exilé, encore qu'il se fût toujours tenu à l'écart des affaires, et que sa vertu fût sans reproche. Il se soumît humblement et se retira à Bologne.
Il fut rappelé à Rome par un des premiers actes de Pie V, et réintégré au chapitre de St-Pierre, « dont sa vertu, sa doctrine et son
expérience étaient l'honneur, a et peu après, n'ayant que trente ans à peine, il recevait le chapeau (i568).
Cardinal, il fut élevé aux plus grandes charges du Sacré Collège : « Pie V le commit à l'interprétation du concile », — c'est-à-dire le fit préfet de la Congrégation du Concile, — « à la correction du missel, du bréviaire et de la sainte Bible; il purgea de beaucoup d'erreurs les œuvres de Jean Cassien et celles d'Elie de Crète, imprima trois volumes de lettres décrétales des souverains pontifes, recueillit beaucoup de conciles généraux grecs et latins, et écrivit les notes apologétiques de la vie de Paul IV qui furent publiées en 1612. Grégoire XIII le nomma bibliothécaire de la S. E. R., Sixte Quint préfet de la Congrégation des Réguliers. C'est alors qu'il était bibliothécaire qu'il traduisit du grec en latin le Livre des dous^e interprètes ^ œuvre que Baronius déclare divine et divinement inspi-
rée. Il eut successivement les titres de Sainte-Marie in Gosmedin, de Sainte-Marie in Via Lata, de Saint-Eusèbe, enfin des SS. Jean et Paul ' ». Le biographe anonyme et inédit auquel j'emprunte ces détails, en ajoute un que je me reprocherais d'omettre, c'est que Carafa avait eu pour précepteur Guillaume Sirleto, et qu'il avait été formé » par lui à la connaissance de la langue grecque, « où il devint très habile et de laquelle il traduisit en latin, non sans utilité pour l'Église et profit pour les âmes, le commentaire de Théodoret sur les psaumes, un commentaire de beaucoup d'auteurs grecs sur le Pentateuque, de, nombreuses oraisons de S. Grégoire de Nazianze. Et c'est lui qui fit traduire par [le jésuite] Pierre Comitolo « la catena grega sopra Giob ».
Antoine Garafa, dont S. Gharles Borromée
I. Vita d'Antonio Carafa cardinale di Santa Chiesa, anonyme du xvir siècle [Urbinas 1666, fol. 1 19 et suiv.)
louait la piété, et qui mourut entre les bras de S. André d'Avellino, représente excellemment la cour Romaine de cette fin de siècle si sévère, la cour après les révolutions d'Allemagne, la cour après le concile de Trente. Les malheurs de sa propre maison semblent avoir aggravé chez Ca rafa ce caractère : c'en est fait de la bonhomie qui rendait Sirleto si aimable.
C'est Carafa qui écrivait à son ami le P.
Salmeron, le 12 septembre 1572 :
Quanto sint nostrorum omnium animi ex insperato Galliarum nuntio perfusi gaudio, res ipsa credo admonebit, nihil enim magis e re christiana afferi potuit. Retudit christianissimi régis victrix dextra impiarum gentium et longa im~ punitate bacchantium feros conatusy gladiosque, non in ipsius malum sed et in totius christiani nominis iugulum districtos, in ipsorum cervices et durissima ora retorsit. Quo tanto tamque felici eventu erecti, nihil pvo/ecto est, quod non, dementissimo Deo praestante, de nostris viribus
nobis polliceri possimus, cum praesertim omnium nostrorum principum animis spem quamdam
non mediocrem additam, eorumque facultates et copias ingenti studio et mirabili consensu ad propagandam christianam rempublicam conversas esse videamus, ni nostrorum scelerum moles obiecta optatum cursum impediat. Quare summis a Deo precibus contendemus ut tam terrestri quam maritima pugna, tam ex haeretica perfidia quam immanitate barbara quam ampîissimum triumphum reportemus, Pontifex Maximus accepto hoc nuntio, in proxime habito senatu, supplicationes Deo optimo maximo decrevit, quae peractae die B. Mariae nativitati sacro in aede divi Ludovici fuere , summa omnium alacritate et gratulatione, Ante ipsam aedis portam, serico elaborata et affixa erat huiusmodi inscriptio cuius exempîum ad te mitto, quae mihi elegantia et suavitate, cum illa ad te olim missa epistola mire videtur congruere, Vale meque tuis et tuorum fratrum precibus commenda. Romae pridie idus septembris \
I. Ant. Carafa au P. Salmeron, 12 sept. 1572. [Vat. lat. 68o5, in fine.)
C'était Sirleto, nous l'avons vu, qui avait formé Carafa à l'étude du grec, et j'aimerais à croire que c ' était lui aussi qui lui avait inspiré l'amour des manuscrits.
Carafa possédait en eQet quelques manuscrits grecs qu'il légua en mourant à la bibliothèque Vaticane. Ils y furent classés immédiatement après ceux de Fulvio Orsini. Ils portent tous au bas de leur premier feuillet les armes du cardinal avec cette légende :
« ANTONII CARAFAE MUNUS EX TES- TAMENTO. » — C'est d'abord un groupe de volumes aux armes de Paul IV, l'oncle d'Antoine Carafa : la reliure en est fort belle, de maroquin rouge à fers dorés sur le plat, avec les armes tiarées des Carafa ; la calligraphie en est de mains habiles du xvje siècle, et relevée de quelques miniatures. Mais ce sont de petits volumes sans intérêt, chacun de quelques feuillets à peine : on dirait des spécimens d'écri-
ture '. Le F. G. 1282 a seul quelque étendue, c'est une copie (xvie siècle) des Problemata d'Aristote, et le F. G. 1229 seul quelque valeur paléographique, c'est une magnifique édition byzantine du xie siècle, ornée de peintures, des Evangiles.
Les autres volumes de la collection du cardinal paraissent lui avoir appartenu immédiatement. Ce sont d'abord quelques médiocres copies du xvi« siècle, de l'école romano-vénitienne ', ou levantines ^. Signalons à part le F. G. 1232, une copie italienne (xvie siècle) du commentaire de Théodoret sur les psaumes, dont une note nous apprend que Hic est codex de quo Ant, Carafa usus est dum hune auctorem in latinum convertit,