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CHAPITRE PREMIER

Description sommaire, époque et caractères des littératures védiques.

Quand les Aryas de l'Inde se séparèrent des Airyas ou Ariyas de l'Eran, ils possédaient un rite très caractérisé, l'offrande de la liqueur Soma- Haomay auquel les dieux étaient convoqués. Dans l'Eran eut lieu la réforme zoroastrienne, que nous n'avons pas à décrire ici, et qui transforma le panthéon en une monarchie spirituelle :

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il n'y a, dans l'Avesta, qu'un seul Ahura^ tandis que dans le Veda, tous les grands dieux sont Asuras ; autre curieuse transformation : le mot cleva, dieu, a pris en Eran la signification de démon (daeva). Au contraire, dans l'Inde, la religion polythéiste s'achemina peu à peu vers le panthéisme et le ritualisme brahmanique. Nous appellerons védisme la forme religieuse antérieure à la complète transformation des notions indo-éraniennes primitives par la théosophie des brahmanes.

Cette forme religieuse nous est connue par les parties les plus anciennes d'une vaste littérature que les Indiens appellent Veda, c'est-à-dire : science, divin savoir.

Le Veda semble avoir été, aux temps les plus reculés, la tradition de prêtres exclusivement consacrés au culte des grands dieux et notamment à l'offrande du soma. Ces prêtres, les futurs brahmanes, étaient organisés comme le reste de la population en « gentes » ou gotras, — Nos textes les plus anciens ont peu de chose sur les cérémonies domestiques (mariage, grossesse, naissance, initiation, mort et funérailles) et ignorent la sorcellerie (exorcismes, incantations, etc.). A côté des prêtres proprement dits, il y avait sans doute

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des sorciers et sans doute le père de famille présidait-il aux rites journaliers. Tous ces rites, souvent archaïques, n'ont subi que dans une mesure assez faible l'influence des idées à proprement parler védiques. Ils ne figurent que dans les parties les plus récentes des collections sacrées.

Le sacrifice comporte, outre Tacte liturgique, offrande de la liqueur au feu ou immolation sanglante, des formules et des prières ou louanges aux dieux, tantôt dites, tantôt chantées.

Les prières ou stances (rie) ont d'abord été collectionnées; elles constituent « le recueil des stances » ou Rlksamhitâ ou Rlgveda, en dix livres. Les livres II-VIII formaient, avant d'être réunis, les bréviaires de sept familles ou traditions sacerdotales ; le IX*" ne contient que les hymnes au dieu Soma; le premier, bien que composé dans le même esprit que les IP-VIIP, est formé de pièces rapportées ; le X^ est décidément plus moderne et, dans certains morceaux, purement philosophique.

Les chants (sâman) constituent le deuxième recueil qui est formé d'un certain nombre d'hymnes extraits du premier, mais chantés d'après des principes compliqués et suivis de refrains repris en chœur.

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Vient ensuite le recueil des « formules du sacrifice » (jjajus)j qui sont en prose, en deux recensions : ici les formules sont isolées, là elles sont enveloppées dans le commentaire. La comparaison avec les données éraniennes établit l'antiquité d'un bon nombre de yajus; mais il n'est pas douteux que la rédaction définitive du « Veda du sacrifice » soit très postérieure à celle du « Veda des stances ».

A ces trois Vedas, les seuls que la plus ancienne tradition ait reconnus, s'en ajouta un quatrième, l'Atharvaveda, du nom de prêtres mythiques (Atharvan); il est formé de fragments du Rig et de stances écrites dans la manière du Rig; mais, tout magique, il n'a pas de relations avec le sacrifice proprement dit.

Après les « collections » (samhitâ) se placent les commentaires (hrâhmanas) qui expliquent tous les rites, non au point de vue pratique, mais au point de vue de leur origine, de leur signification : spéculations mi-théologiques, mi-mythologiques, surtout théurgiques. Les Brâhmanas se terminent par des livres composés pour les sages qui, renonçant au sacrifice, méditent dans la forêt : certaines parties de ces livres portent le nom d^upanishad (leçon ésotérique) et opposent à la religion du rite

la religion de la gnose et de l'ascétisme ; on les désigne comme étant la « fin du Veda » (Vedânta), et cette même expression fut appliquée au système philosophique dans lequel les Brahmanes organisèrent, beaucoup plus tard, les spéculations confuses des vieux « livres forestiers » (âranya- /cas).

Enfin, se rattachent étroitement au Veda, — bien que n'étant pas regardés comme révélés, «entendus » (çruta), — un grand nombre de livres sacrés qui constituent la « tradition » (smriti), notamment les manuels techniques (sûtras) qui exposent la marche des grands sacrifices (çrauta) et des cérémonies « de la maison » (grihya). Avec TAtharva et lesBrâhmanas, ils nous font connaître cet ensemble de croyances et de pratiques populaires et superstitieuses sur lesquelles les vieux textes sont à peu près muets.

1. Comme nous verrons, la linguistique, l'ethnographie, la géographie, l'histoire littéraire et religieuse permettent d'affirmer la haute antiquité des Vedas ; elles permettent de soupçonner la chronologie de cette littérature dans son ensemble et dans ses diverses parties. Mais les savants ne sont pas d'accord quand on les prie d'indiquer, à quelques siècles près, l'âge du Rig et des Brâhmanas. Les plus sages parlent vaguement du deuxième ou du troisième millénaire avant J.-C. pour le Rig, du huitième siècle et audessus pour les Brâhmanas.

Weber pensait qu'il est vain d'établir une chronologie même approximative; Whitney comparait les dates hindoues à des quilles : on ne les fixe que pour avoir le plaisir de les renverser. Cependant il faisait commencer le Veda en 2000. Hopkins place le gros du Rig en 1000.

Cependant il n'est pas absurde de croire avec M. Jacobi que le Veda nous a conservé le souvenir

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d'une donnée astronomique se rapportant à 4500 avant notre ère, à savoir le solstice d'été dans oc et 6 du Lion (Rig) ; donnée confirmée par deux autres, Téquinoxe du printemps dans les Pléiades, 2500 avant J.-C, et dans la Mouche, 1300 avant J.-C. (Brâhmanas). — La plupart des indianistes se sont montrés très sceptiques. Mais M. Barth, — et telle était aussi la pensée de Bûhler, — croit que « la question reste ouverte », non pas qu'on puisse, même à admettre l'interprétation textuelle et les conclusions de M. Jacobi, — seulement possibles ou probables, jamais nécessaires, — faire remonter jusqu'à la fin du cinquième millénaire « n'importe quelle partie de la littérature transmise jusqu'à nous »; mais en ce sens que, peut-être, — si M. Jacobi a vu juste, — « il y avait des Aryens et une culture aryenne dans le nord de l'Inde avant 4000 et que certains souvenirs, certains usages provenant de ces temps lointains s'étaient conservés à travers les époques postérieures (1). » Il y a beaucoup de vrai dans cette opinion de M. Winternitz que les chiffres 1200 et même 1500 s'accordent mal avec ce que

(1) Voir Barth, Comptes rendus de l'Ac. des L et B. L., 'j février 1894 : J. As. 1S91, I, p. 15G ; Bulletin. 1899, p, 20-21.

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nous savons (je dirais plutôt : devinons) de l'histoire de l'Inde, et que rien n'interdit de faire remonter beaucoup plus haut et le Rigveda et la civilisation qui y correspond.

2. La langue du Rigveda est fort archaïque. Les documents les plus anciens et datés avec précision que nous possédions dans l'Inde sont les célèbres inscriptions d'Açoka (1), dans les environs de 250 avant notre ère ; elles sont rédigées dans un dialecte qui entretient avec la langue du Veda des relations très lointaines, aussi lointaines que celles de l'italien avec les inscriptions des Scipions. Ce dialecte, nous avons tout lieu de le croire, représente assez fidèlement, au point de vue du stade linguistique, la langue dans laquelle le Bouddha a prêché vers le vi« siècle avant notre ère. D'autre part, il n'est pas douteux que, à l'exception de morceaux d'un archaïsme voulu, les hymnes védiques (Rigveda) furent composés dans la langue de tout le monde. L'hypothèse de pastiches savants ne tient pas contre « l'auihenticité linguistique » des hymnes, contre la comparaison du Rig et de la bible iranienne, l'Avesta, ni non

(1) Voir l'ouvrage Bouddhisme, dans la présente collection.

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plus contre ce fait que, dès l'époque des Brâhmanas, les prêtres eux-mêmes n'y voyaient plus clair dans le Veda. Il faut donc compter un grand nombre de siècles entre le Rig et le Bouddhisme. La linguistique permet de placer avec certitude le plus vieux Veda très haut en tête de la littérature indienne (1), et, encore qu'il soit malaisé de calculer en siècles les transformations phonétiques, rejettent le Rig assez avant dans le deuxième millénaire avant J.-C. Cette circonstance que l'écriture est, dans l'Inde, une importation relativement récente, n'est pas pour rendre suspecte l'origine de nos documents, ni pour nous engager à en réduire l'antiquité.

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