‹ La végétation de la Bretagne: Étudiée dans ses rapports avec l'atmosphère et avec le solChapitre 10 sur 28 · LISTE. — PLANTES MÉRIDIONALES · texte numérisé non relu

LISTE. — PLANTES MÉRIDIONALES

Silene portensis. Quercus Ilex.

Frankenia lævis. Ficus Carica (Finistère).

Malva nicæensis. Urtica membranacea (Finistère). Lavatera arborea. Triglochin Barrelieri.

Medicago marina. Romulea Columnæ.

Ononis reclinata. $ Tulipa celsiana (Hlle-et- Vilaine). Sedum cæspitosum (Ille-et-Vilaine). | Serapias cordigera. Helychrysum Stæchas. Lagurus ovatus.

Inula crithmoides. Cyÿnosurus echinatus.

Crepis bulbosa, Isoetes Hystrix.

Arbutus Unedo (Côtes-du-Nord). Ophioglossum lusitanicum.

Asterolinum stellatum. Grammitis leptophylla.

Remarquons que ces espèces se retrouvent jusque sur les côtes Ouest et Nord du Finistère et même dans les Côtes-du-Nord. Remarquons aussi que ce n’est pas sur le littoral du Finistère que quelques-unes de ces espèces se montrent le moins abondamment : bien au contraire. Quelle est donc la cause qui favorise leur développement, que signifie leur présence sur ce cap avancé si souvent battu par les tempêtes ?

C’est évidemment au courant marin du Gulf-stream que revient la part prépondérante dans la caléfaction de l’atmosphère, caléfaction qui permet l'existence de ces espèces méridionales (1). Comment expliquer autrement que par l'effet du voisinage d’un courant chaud, la quasi absence (au point de vue de la température) de l'hiver sur les côtes finisterriennes ? Les gelées s’y produisent très rarement et nous en avons une nouvelle preuve quand nous examinons les beaux pieds de plantes délicates qui ornent certains jardins de notre littoral finisterrien.

Le beau Pelargonium à feuilles de Lierre qui garnit

le pignon Nord de la maison du garde à la Forêt, en Loctudy, et qui mesure environ 5 mètres de haut, vit dans cet endroit depuis plusieurs années et ressemble pendant plusieurs mois à une large gerbe de fleurs. Dans un jardin peu éloigné, l'Héliotrope du Pérou se resème

en pleine terre. Au fond de la même baie de Loctudy,

(1) Remarquons, d’ailleurs, que les espèces méridionales citées, à part Sedum cæspitosum, Tulipa celsiana et Serapias cordigera sont cantonnées sur le littoral.

uue liane exotique, une Polygonée, s'accroche, exubérante, au pignon d'une villa. Plus à l'intérieur, à Quimper, le Quercus nepaulensis, le Quercus glabra, le Magnolia acuminata atteignent volontiers en pleine terre une taille élevée ; le Thea viridis y fleurit facilement dans les mêmes conditions. Et la grande mer est à plus de trois lieues !

De même les Camélias sont abondamment cultivés en pleine terre dans l’ouest de la Bretagne. A Kerlagatu, en Penhars, ils forment un véritable bois. Ils résistent admirablement à l'hiver, fleurissent largement et acquièrent une grande taille. Le beau Camelia reticulata (Camélia de Chine) redoute cependant les froids un peu vifs. On l'a vu geler à Quimper.

De même aussi le méridional Erica lusitanica $s'est abondamment natüralisé dans le Nord-Ouest du Finistère et l’on voit se multiplier à Roscoff, le long des murs, le Mesembryanthemum edule venu du Cap de Bonne-Espérance. L’énorme figuier de Roscoff est trop connu pour que jy insiste longuement. Les belles cultures maraichères de ce pays de Roscoff sont encore évidemment sous la dépendance du Gulf-stream; c’est l'air tiédi par lui qui favorise le développement hâtif de toutes les espèces végétales cultivées dans la région et la rareté des grands froids, même à plusieurs kilomètres de la mer, montre jusqu'où s'étend la bienfaisante influence de ce

courant marin.

CHAPITRE III Présence en Bretagne d'espèces septentrionales. Leur signification.

M. L. Crié, dans son étude déjà citée, attire l’attention des botanistes sur la présence en Bretagne de plantes septentrionales. Parmi les espèces indiquées par lui se trouvent Carex limosa et C. dioica. Nous connaissons, depuis peu, deux autres plantes, Lobelia Dortmanna découvert par M. E. Gadeceau, au Lac de Grand-Lieu et Isoetes lacustris trouvé par moi à l'étang de Rosporden, qui se rattachent, elles aussi, à la flore des régions septentrionales. Elles y sont, au moins, fort répandues, comme c’est le cas pour Carex limosa et C. dioica. La plante la plus exceptionnelle c'est le Sphagnum Pylæi qui parait assez répandu dans le Finistère et y forme de larges tapis dans Les tourbières de la région montagneuse et de la plaine, mais je ne crois pas que l’on doive considérer comme espèces septentrionales les formes du groupe de Cladina rangiferina pas plus que le

Cetraria aculeata (1). Ces plantes sont au nombre de

(:) Cf. L. Grré, loco citato, pour plus de détails sur la distribution du Cladina rangiferina et du Cetraria aculeata.

HER celles que l’on trouve à l’état de banalités aussi bien dans les régions froides que dans les régions tempérées.

Quant aux deux Carex, au Lobelia et à l'Isoetes cités plus haut, ils se révèlent, au contraire, comme des espèces nettement septentrionales. La meilleure preuve, c'est qu'à mesure qu'on s’avance vers le Sud, dans les régions tempérées, on voit leurs localités s'éloigner, se raréfier et finalement ces plantes disparaissent.

La rareté en Bretagne des plantes ci-dessus mention- ‘nées (Carer dioica a même disparu) qui, à part Carex himosa et Sphagnum Pylæi, n’ont été trouvées que dans une seule localité nous montre que ces plantes n’y sont à leur place que dans certains points très limités. C’est une éclatante confirmation de la douceur du climat, douceur que la présence de plantes méridionales nous avait

déjà démontrée.

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