‹ La végétation de la Bretagne: Étudiée dans ses rapports avec l'atmosphère et avec le solChapitre 11 sur 28 · CHAPITRE IV La végétation et les zones hypsométriques · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV La végétation et les zones hypsométriques

Quoique la Bretagne ne possède pas de hautes montagnes, on peut y observer très nettement, en étudiant la végétation, deux zones hypsométriques.

: Il y a certainement dans cette presqu'ile des plantes qui sont soumises à l'influence de l'altitude. En quoi consiste au juste cette influence ? Elle est très complexe, mais trois facteurs principaux sont à noter : 1° la hauteur au-dessus du niveau de la mer; 2° la distance qui sépare, | en ligne droite, les montagnes du pôle et de l'équateur; 3° l’exposition des versants. À ces actions s'ajoutent celles des grands courants marins, celles des vents qui soufllent le plus ordinairement sur la région.

En ce qui concerne la Bretagne, on peut, après examen de la végétation, délimiter deux zones hypsométriques et cela de Ia facon suivante:

À la région de la plaine appartient entièrement Île territoire le plus voisin de la mer. Cette bande qui fait le tour de la péninsule offre une largeur de 25 à 50 kilomètres; cette largeur est parfois beaucoup moindre.

Dans l'Est de la Bretagne, c’est la végétation de la plaine

qui domine à l'intérieur. Au point de vue de lPaspect physique, cette région de la plaine ne mérite guère son nom : mais le terme est consacré par l usage. . Il sert à désigner tout le pâys situé au-dessous de a zone Sousmontagneuse.

La région sous-montagneuse, connue encore sous le nom de zone des basses-montagnes, est particulièrement

bien développée dans le Finistère et commence à peu

près vers la cote 100. Si l'altitude des deux majestueuses

chaines de montagnes qui traversent le Finistère de.

l'Est à l'Ouest est assez faible, il semble, en revanche, que les accidents de terrain si nombreux, si caractérisés, agissent d'une manière eflicace sur le développement

d’une florule spéciale. Les plantes de la plaine remon-

tent, il est vrai, sur les deux chaines, mais la région:

montagneuse possède sa phalange d'espèces spéciales que l’on ne trouve abondamment que là.

Plusieurs espèces méritent de retenir spécialement notre attention. Les plus apparentes sont: Polystichum Oreopteris, P.æmulum, Lycopodium Selago, Viola palustris.

Le Dicranum strictum (1) a été trouvé à la forêt de Coëtquen. C’est un hôte intéressant de notre région sousmontagneuse, car 1] est certain, par sa présence dans les Pyrénées, les Alpes et le plateau central, qu'il pee UHent souvent à une zone élevée.

Quant à l/soetes lacustris, jusqu'ici toujours alpin en

(1) CF. F, Camus. Sur une mousse du département des Côtes-du-Nord. Bulletin de la Société des sciences naturelles de l'Ouest de la France, 1899, p. 6.

pe

France, je l’ai trouvé en Finistère à la limite inférieure dé la région sous-montagneuse. Nous avons, déjà vu que cette plante est surtout septentrionale, mais cela ne: l'empéche nullement d’être assez souvent alpine, probablement par suite d’une espèce de balancement, l’altitude compensant en tel endroit la trop grande douceur que présenterait le climat de la plaine.

L'Alectoria bicolor existe dans la chaine d'Aré et près de Fougères : c'est lui aussi un habitant ordinaire des montagnes. On ne le voit même très abondant qu'à une altitude assez forte. Il est donc intéressant de constater sa présence en Finistère.

On peut facilement se rendre compte d’un fait qui nous intéresse au plus haut point, à savoir que le développement de cette flore sous-montagneuse se trouve sous l'influence d'actions atmosphériques. Ces plantes, malgré la faible altitude à laquelle elles se développent ici, Sont rares, quasi-accidentelles, dans la plaine et si nous les transportons, même avec de grandes précautions dans nos jardins peu éloignés de la mer, elles ne tardent pas pour la plupart à s'étioler et à périr: Le elimat qui leur est nécessaire, c’est le climat de nos basses-

. montagnes. Il Ieur faut un climat assez uniformément humide et peu ensoleillé (conséquence d’enveloppements répétés des hauteurs par les nuages) en mème temps qu'elles exigent un air souvent renouvelé, un air vif, comme on l’observe à mesure que l’on quitte la région de la plaine pour se diriger vers les sommets des

Montagnes-Noires et d'Aré.

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