‹ La veille de JemmapesChapitre 2 sur 10 · UN HOUZARD · texte numérisé non relu

UN HOUZARD

KATHERINE

Novembre 1792

La scène reprcsente itiic salle d' auberge du pays wallon.

Ail fond, une porte entre deux fenêtres.

A droite un comptoir couvert de brocs d'êtain, de verres et de divers accessoires de même nature.

A droite et à gauche, des portes qui donnent dans d'autres salles de l'habitation.

Tables et chaises.

Les murs sont couverts d'affiches.

SCÈC^E Tl{ESfIÈT{E

BERNARD, AREND, ENGLEBIN, LADRIÈRE, KATHERINE.

Bernard — un homme d'une quarantaine d'années — est assis prîs d'une table, à droite de la scène, en compagnie de ses deux amis, Englehin et Ladrière.

Arend, jeune officier autrichien, se tient seul devant une autre table placée à gauche de la scène, près du comptoir derrière lequel se trouve Katherine.

ENGLEBIN, à Bernard.

Si demain soir, un pan des murs de cette auberge

Est encore debout, tu dois un fameux cierge A ton patron!

LADRIÈRE, à Bernard.

C'est clair! Elle est entre deux feux! — . Ici, les Kaiserlitz, là, les Français...

Je veux

Que tu viennes chez moi! Ton refus est inepte!

On va se massacrer, ici, demain...

BERNARD

J'accepte,

Pour ma femme et pour le petit.

ENGLEBIN.

Et pour toi?

BERNARD

Non! ^- '^-f»!

Quand ces coteaux seront battus par le canon De Dumouriez, je veux assister à la fête! Je veux accompagner nos frères vers le faîte! l SçKs* iti'JU Ce soir, je rejoindrai les Français!

LADRIÈRE. 'V-ÎLf /?»tj>,'

Bah ! crois-moi !

Ils sauront s'emparer de Jemmapes sans toi!

BERNARD

Rester les bras croisés à l'heure solennelle

OÙ la Patrie enfin se lève, et nous appelle,

Et nous dit : Vous aussi vous avez droit au rang

De fils de mon génie et de fils de mon sang!

LA DR 1ÈRE, lui montrant Arend.

Certes chaque Wallon chérit cette espérance... Mais, quel que soit l'amour que l'on ait pour la France, Tant que des Kaiserlitz sont là, Je crois qu'il faut S'abstenir prudemment de le crier si haut...

BERNARD, \c levant, d-hl^ - h.^Pj^L iCU' ih17-

Elle va donc enfin sonner, l'heure bénie Où, secouant le joug teuton, la Wallonie Doit se joindre au sauveur attendu qui lui vient, — Au grand peuple français auquel elle appartient! Enfin, les plis sacrés de la même bannière. Vont étendre leur ombre à la patrie entière. Au pays tout entier des Francs et des Gaulois, Et l'on ne verra plus se courber sous des lois, Dont la lourdeur germaine et flamande lui pèse. Ce fier peuple wallon, cette race française! Demain nous nous joindrons à nos frères! Demain, Quand le pas de la France, ébranlant le chemin. Jettera la terreur dans l'àme des Barbares, Se couronnant de fl.eurs, chantant dans les fanfares De mille voix d'airain leurs espoirs triomphants, Liège, Namur, Tournai, Mons, comme des enfants 1.1.^., S'élançant vers leur mère à leur amour rendue.

S'écrieront : « Nous t'avons bien longtemps attendue! Enfin te voilà donc! Ne nous séparons plus! »

L L Vj

Vu^-v

'^, KATHERINE, qtii s'cst rapproclit'e d'Arenâ, avec un Die'pris iiicxprbnahh.

Poète!

^-- A REND, bas à Katherine.

Je voudrais qu'il mît fin à ce flux De grands mots creux ! . . .

KATHERINE, lus à Areud.'^^ ^^' ■

Tu sais... lorsqu'il est sur ce thème!...

AREN D, has.

C'est qu'il m'agace, enfin, ton cher mari!

KATHERINE, haS .

Je t'aime!

Contiens-toi!

Elle retourne derrière le comptoir.

(X{\si^ \/i^X L A D R I È R E , à Bernard. ;1 ^U Ac O-itA'W/i Nul ne peut prédire l'avenir...

A REND, à part.

Un contre trois, il faut toujours se contenir!

LAD RI ÈRE, continuant.

Les Autrichiens sont plus nombreux!

BERNARD

Le double à peine!

LADRl ÈRE.

Hum ! C'est assez joli!

ENGLEBIN.

Puis, toute la semaine,

Ils ont bâti des murs, des redoutes, des forts!

BERNARD

Sans doute! Ils ont compris qu'ils étaient les moins forts N'étant que deux contre un!

LAD RI ÈRE, s' efforçant de réprimer l' exubérance de Bernard.

Franz Arend nous écoute!

BERNARD. Je <J,\<. <^ "^**'if^ ^*vr-<-<» ftJrit

Hé! que m'importe à moi! J'irais sur la grand'route, Devant tous ces Flamands, devant tous ces Teutons, ^^'^^^^^ ^s\^ ^"ij Crier mes sentiments, bien haut, sur tous les tons! V-^.^^^^

AREND, qui, cette fois, n'a pu faire sevihlant de ne pas ~ ., entendre. ;. '

^' '-^ Hé! messieurs! l'Empereur n'est pourtant pas un maître

Despotique ou cruel ! Vous devez reconnaître ^^jÉâjIa'J'''^'*'*^

Qu'il a toujours montré le respect le plus grand

Pour vos coutumes et vos lois! L'on ne comprend

Pas très bien ce bonheur dont notre cher poète

Se fait si bruyamment l'éloquent interprète!

Si nous étions vaincus, — ce qui m'étonnerait! —

Vous ne gagneriez rien au change!... L'intérêt,

A défaut de l'amour, vous attache à l'Empire;

«jtH-

En devenant Français, votre sort serait pire, Sous le double rapport dont on peut s'effrayer, , >*" Des maîtres à subir, des impôts à payer! ^iticWw-

"^ BERNARD. {

Quoi! répondre à qui dit, vibrant d'orgueil : Nous sommes,

Nous les Francs, les Latins, trente millions d'hommes,

La grande Nation, le Peuple impérial.

Et nous voulons voir triompher notre idéal

De progrès, nous voulons voir régner la Justice,^

Nous voulons exiger du Destin îqu'il finisse

D'écraser lâchement les faibles, les petits,

Pour laisser assouvir aux forts leurs appétits!

Quoi! répondre à qui dit: Écoutez! dans l'espace

Cette clameur immense et sonore qui passe.

C'est le cri dans lequel, la race entière a mis

Son âme, cri sublime auquel ses ennemis

Tremblent, auquel tout cœur français s'enflamme et vibre:

— « L'homme doit voir dans l'homme un frère égal et libre!

Quoi! répondre à qui dit: En dépit de vingt rois,

Nous ferons reconnaître et respecter nos droits,

Et notre premier droit, malgré leurs vœux contraires.

C'est d'unir nos efforts aux efforts de nos frères.

Fils de la même terre et des mêmes aïeux.

Pour mieux réaliser nos volontés, pour mieux

Les imposer au Sort, tyran cruel et lâche.

Pour mieux nous consacrer à la sublime tâche

De conduire le genre humain vers la Clarté,

Vers le respect du Droit et vers la Liberté!

Quoi! répondre à qui dit ces choses : « Oui, sans doute

« C'est noble, et fier, et grand, et beau. . . mais cela coûte ! . .

« Pour être d'un progrès pareil le pionnier

« Superbe et généreux... il faut un beau denier! -■ —

« De patrie, il est doux d'avoir l'âme occupée,

« Mais l'honneur de s'unir à sa race... se paie!

« Affranchir l'homme, bien! Alléger ses tourments,

« Soit! mais on peut trouver... de meilleurs placements! »

Hé bien, moi paysan, à vous soldats, je crie : l

Notre sang et notre or, sont tout à la Patrie,

Nous n'éprouvons qu'un seul regret, s'il les lui faut, -

Et c'est de n'avoir pu les lui donner plus tôt!

AREND. ^ -^«^t - yntniiuih

Qu'un poète élégant, d'une phrase sonore. Revête un sentiment généreux, qui l'honore. Cela ne fait de mal à personne, — c'est clair! Pourtant, c'est un ami qui vous parle, mon cher. Prenez garde! Il n'est point, parmi mes frères d'armes. D'auditeurs disposés à savourer les charmes De vos discours! Gardez vos phrases pour plus tard ! Quand vos amis français seront vainqueurs, votre art...

BERNARD, l'iiiterrovipaut.

A l'heure où le lion, sortant de sa tanière, ,i^ .

Plisse son mufle roux, hérisse sa crinière,

Et rugit dans le soir, au fond des cieux ardents :

« A moi mes lionceaux! » les craintifs, les prudents,

Ceux qui vont se cacher, qui rampent sur leur ventre,

Pour s'enfoncer plus profondément dans leur antre,

Songeant: « Quand l'ennemi sera mort nous irons! »

Ceux-là, jeune Autrichien, ne sont pas des lions! Et ceux qui, lorsque vient l'heure de la bataille, Baissent le front, se font petits, courbent la taille, Songeant: « Nous paraîtrons à l'heure du succès! » Ceux-là, jeune Autrichien, ne sont pas des Français!

A REND, ironique, jr^Jy»^ (*^ T*An-i Ti-ès joli! ^ ^ hê^lUM^t^.li^^h^

IcHiUy*^ LADRiÈRE, has, serrant la main à Bernard.: ■ ' '' ■

Bien!

ENGLEBiN, has, à Bernard.

Prends garde!

KATHERINE, has, à J rend. V>-r>v»i.4' Il est fou !

ENGLEBIN, s' efforçant d'entraîner Bernard.

Viens... Ecoute...

Sortons!...

LADRIÈRE, à Bernard.

Oui... Viens!... Allons, jusques à la redoute

D'Hornu...

ENGLEBIN.

Chercher ton fils...

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