LADRIÈRE
Allons voir ce que fait
Louis !...
Ces enfants sont d'une audace!
BERNARD
En effet, . ,
Allons voir! Il vaut mieux qu'au logis il revienne! TW*^ W>^
^■, ^'' A A rend.
Vous irez méditer sur ces choses — à Vienne! — Bientôt...
// sort avec Ladrière et Eughhin.
SCÈC^E II
KATHERINE, AREND.
CATHERINE. :"^,n<*<> X'.^ I .'J^ h L^
Comment, comment! moi, flamande de Gand, Me suis-je mariée à cet extravagant, A ce Wallon bavard, dont l'unique espérance
Est de voir son pays annexé par la France!
Comme je hais cet homme! Oh! comme je le hais!
lO LAVEILLEDEJEMMAPES
Dis-moi que vous allez décevoir ses souhaits,
C^ue vous êtes plus forts, plus nombreux, sûrs de vaincre !
It^di
KATHERI NE.
Ah! je voudrais le croire et me convaincre Que tous ces beaux soldats de vos beaux régiments Valent encor les vieux et durs bourgeois flamands. Dont les lourds goedendags firent si bon ouvrage A Courtrai !
Peuh ! Mon Dieu, même avec un courage Moins grand, des bras moins forts que ceux de vos fameux Vainqueurs du Moyen-Age, on fera bien comme eux! MjUvWir C'est écœurant, pour un soldat qui se respecte, ^ l!
D'avoir à décimer cette cohue abjecte D'avortons affamés, mal lavés, en haillons, Qu'osent nous opposer ces pauvres fransquillons!
KATHERINE
Cela n'empêche qu'il vous parlait haut !
A REND. , (V">i'-*--^^'V'
Le traître!
KATHERINE
Vous aviez l'air d'un chien battu, devant son maître!
J'ai toléré, — pour toi! — que c6t animal-là Me parlât sur ce ton lyrique...
KATHERINE. 1C^>Uv-j j
Il vous parla ' Comme on ne parle qu'aux poltrons!
AREN D, furieux.
Mais...
Se contenant et s' approchant tendrement de la jeune femme.
Je t'adore...
Laisse-moi respirer tes chers cheveux que dore Comme un pâle rayon de ton pâle soleil Des Flandres...
KATHERINE, h vepoussant.
Laissez-moi !...
Me.
Quoi, sur un ton pareil
KATHERINE, l'interrompant.
Ne m'accablez plus de vos paroles vaines !
Que dis-tu?
12 LAVEILLEDEJEMMAPES
KATHERINE
Vous n'avez pas de sang dans les veines, Ou vous ne m'aimez plus ! — l'un des deux ! — choisissez !
AREND.
c'est toi qui m'ordonnais...
KATHERINE, T interrompant.
Oui! vous obéissez Aveuglément à tous mes désirs!...
AREND. H^VvU clt/Vt^U-1 tA{Hi C
Katherine, Pourquoi ce ton amer? Parle! Je ne devine, Ni la cause de ces mots blessants... — ni ton but! Que t'ai-je fait? Dis-le! Tu sais bien que ce fut Uniquement pour toi, que ce fut pour te plaire, — • A toi! — que j'imposai silence à ma colère.
KATHERINE
Il fallait la laisser éclater! Il fallait,
Tandis qu'il pérorait, tandis qu'il étalait
Les espoirs criminels de son âme de traître.
Nous délivrer, vous, d'un français, et moi, d'un maître!
AREND. \
Ah! je comprends enfin! Que de fois t'ai-je dit : X « Veux-tu! Délivrons-nous, de cet être maudit! « Je te veux toute à moi, sans retour, sans partage, ^ « Sans crainte! Je ne puis supporter davantage
LAVEILLE DE JE.MMAPES l "]
« Qu'on te voie à son bras, qu'on te donne son nom. a Supprimons-le! «Toujours tu m'as répondu : « Non! « Mon fils! Je veux pour lui porter l'horrible chaîne! »
KATHERI NE.
Oui, j'ai pour cet enfant sacrifié ma haine
Longtemps!... Mais à présent, j'ai peur pour notre amour!
Si vous étiez vaincus... s'il fallait sans retour 'i^A*^ Te quitter, rester seule en face de cet homme èL Que je hais!... que je hais... qui pour moi n'est, en somme
Qu'un étranger, qu'un ennemi, qu'un vil français! |j^£ Franz!... Et tu sais combien je t'appartiens! Tu sais
Que nous n'étions plus qu'un : plus qu'un cœur et qu'une âme!
Tu sais quel désespoir ce serait pour ta femme.
De ne plus t'avoir là, toi qui m'aimais si bien !
Ah! nous étions heureux, sans soupçonner combien!
Tu savais me chérir, tu savais me comprendre.
Toi dont la Germanie est la sœur de ma Flandre!
C'était trop de bonheur, depuis deux ans qu'à Mons
Ty vins, depuis deux ans qu'en paix nous nous aimons!...
A présent, c'est la fin de tout! Le crépuscule
D'une éternelle nuit... -. ^
Enfant! C'est ridicule D'aller se lamenter pour si peu!
KATHERINE
Pour si peu?
Que veux-tu dire, Franz? Explique-toi!
14 LAVEILLEDEJEMMAPES
Parbleu!
Ces Wallons sont des chiens — les chiens on les supprime.
Et nul n'a jamais dit que cela fût un crime!
Dis-moi que tu le veux!... Parle!...
Katherine ne lui répond que par un silence qu'il interprète
selon ses désirs.
Enfin, l'odieux
Welche qui le premier s'est miré dans tes yeux,
Qui le premier t'a dit : Sois toute à moi ! Je t'aime !
Qui, le premier, t'apprit l'enivrement suprême
De l'amour, je vais donc, sans crainte et sans remord,
Exécuter sur lui ta sentence de mort !
T'obéir, c'est servir ma haine et ma tendresse :
Toujours, entre nous deux, son souvenir se dresse!
Tu seras plus à moi, mieux à moi, désormais,
Car, lui mort, j'oublierai que jadis tu l'aimais...
Va! dis-moi que c'est toi, toi seule... qui le frappe!
Q^ue tu le hais!
KATHERINE
J'ai peur!
Non, tu le hais! Jemmapes Est un nom de victoire autrichienne!
KATHERI NE.
Comment Vas-tu faire?... Il faudrait profiter d'un moment De troubles, si propice...
LAVEILLEDEJEMMAPES If
AREND, songeur.
Oui... Rien n'est plus facile...
KATHERINE
Il faudrait le frapper d'une façon habile...
Sans qu'on puisse savoir que l'un de nous l'a fait!
Sans qu'on puisse savoir... car... l'enfant...
AREND, après lin instant de silence.
En effet!
C'est dans ce genre-là que mon génie éclate, Et j'aurais fait, je pense, un très fin diplomate... Je vais donc /'arranger une combinaison...
KATHERINE, Voyant rentrer Bernard, interrompt son amant. Chut!
Tandis que Bernard, tenant par la main son fils, descend lentement en scène, les deux interlocuteurs de la scène précédente gardent un silence embarrassé.
AREND, se décidant soudain à rompre ce silence, dit à Katherine, en soulignant le sous-entendu sinistre.
Je repasserai tantôt par la maison! "iVt «lu' •i'Uw'}
l6 LAVEILLEDEJEMMAPES
SCÈ^T^E III