BERNARD, KATHERINE, LE PETIT LOUIS
LE PETIT lOVis, un enfant d'iDtc douzaine d'années. Eh! bien, père, veux-tu l'écouter, mon histoire?
BERNARD, distrait. ^
Dis vite!
LOUIS, (i ,>^ ^^^v*W^ U jjt,^,, \
Nous allions chantant : « Le jour de gloire Est arrivé/ » Je crois que nous étions bien cent A suivre le drapeau; quand soudain, en passant Au pied d'un de ces forts que tu nommes... « redoute », Un Kaiserlitz d'en haut, nous crie : « On vous écoute « Tas de petits vauriens!... Tas de petits crapauds! « Je vais vous en coller sur le dos, des drapeaux « Bleus, blancs, rouges... de ceux qu'un kaiserlitz tolère! « Je descends... » Il jurait, violet de colère. Et ses « teufel » et ses « ferdoum » faisaient trembler
— -it -^
Tous les petits. Alors, on allait détaler,
Car je te promets bien qu'il n'avait pas l'air tendre.
Et pas un n'éprouvait le désir de l'attendre,
Lorsque le grand Léon s'avisa d'un bon tour :
Tu sais qu'ils ont creusé des fossés tout autour
Des redoutes; ils ont des planches, trois ou quatre
Pas plus, pour traverser — « La brute veut nous battre,
« Cria le grand Léon, pour venir jusqu'à nous
a II faut d'abord qu'il prenne un bain jusqu'aux genoux
« Dans la vase! » Aussitôt, chacun prend une planche, v /;
La tire, et quand, tremblant d'un désir de revanche,
Notre bon kaiserlitz parut au bord de l'eau.
Sa tète, non, vois-tu, sa tête : c'était beau!
Les gros yeux qu'il roulait, ça valait le voyage!...
Il en sera malade, oh! c'est certain, de rage;
Et nous, n'ayant plus rien à redouter — plus rien! —
Nous jetions des cailloux en criant: « Autrechien! ... »
Je n'ai jamais tant ri! N'est-ce pas drôle, père?
BERNARD
Mais avec tout cela, mon pauvre enfant, j'espère Que tu t'es souvenu de ta leçon?
LOUIS. "^'^y^-
Les vers?...
Je n'en dirai pas un, pas un seul, de travers!... Écoute!
BERNARD
Attends !
iS LA VEILLE DE JE M M APES
A Katherine. ^'^'-^-^ "^ jU^^ - v ^^ ' '
Vous irez donc chez Ladrière Passer la nuit.
KATHERINE. -)' t^^^ UA ^
Je sais! J'étais ici, derrière, \it/^ Quand vous avez réglé la chose! , O* ^^
BERNARD
Tout est prêt?
KATH ERI NE
Nos meubles sont chez lui depuis hier.
BERNARD
Il faudrait Partir avec Louis, assez tôt, tout à l'heure.
LOUIS, à Bernard.
Tu viendras?
BERNARD
Oui, plus tard!
LOUIS
Tu restes!... Je demeure!
BERNARD
Tu défendras ta mère et tu dois être heureux...
LAVEILLEDEJEMMAPES I9
LOUIS, l'iiilenovipanl.
Oh! où les femmes vont, ce n'est pas dangereux!
BERNARD. Syt A,iM ^
Tu feras ce qu'on veut, sans discuter, de suite! Et maintenant, voyons ta leçon; dis-la vite!
Pour créer la race féconde
Qui donne en exemple à ce monde
Ses beaux rêves, ses fiers exploits,
On vit la sagesse divine
Réunir la grâce latine
Au courage franc et gaulois.
Elle a reçu comme apanage Cette race, il s'est, d'âge en âge Transmis, ce peuple souverain, La contrée auguste et fameuse, De la mer latine à la Meuse, De l'Océan jusques au Rhin.
Quelquefois, un peuple barbare Durant un court instant, s'empare D'un lambeau du sol sacré... — Mais La Race qui lutte et s'obstine Reste toujours franque et latine; La Race ne change jamais!
Toujours tes fils, ô Wallonie, N'importe à qui tu fus unie.
Furent Francs et Latins; — ton sol Est toujours resté sol de France, Malgré l'imbécile espérance Du Germain et de l'Espagnol!
Oui, malgré les noms qu'on leur donne.
Aux fils de la terre wallonne, Malgré tous ces noms-là, je sais Qu'ils appartiennent à la Race, Dont nul, jamais, n'a pris la place.
Et qu'ils sont toujours des Français!
SCÈ^T^E IV
Les Mêmes, MAYER, STORME, deux officiers autrichiens.
Dès rentrée de ceux-ci, Bernard et son fils sortent à dràive.; puis Katherine, après avoir servi à boire aux deux nouveaux venus, quitte également la salle.
MAYER, à Katherine.
Deux verres de genièvre, et du meilleur!
Us s'installent à la table occupée précédemment par Arend. Katherine leur sert ce qu'ils ont demandé.
Merci !
Elle sort. ^
STORME. ;a,^. i^J .'
Attendons un Instant: l'homme n'est pas ici!
Quand nous sommes entrés, il était dans la salle!