SCÈNE X
LES MÊMES, moins SCHLICK.-
AMÉLIE
Oh! malheureuse que je suis! j’ai failli vous perdre !...
LE PASTEUR
Oui, mais grâce à ce brave homme, vous êtes sauvé !
LE PROSCRIT
Et grâce à vous.. . Monsieur ! Oh ! merci cent fois ! (il serre
les mains du pasteur.)
AMÉLIE, à part.
Le capitaine Robert serrant les mains du père de Gertrude !. . Mon Dieu ! ce n’était point votre colère... mais votre miséricorde qui l’avait amené ici !
Et maintenant, Monsieur, suivez le conseil que nous a donné Schlick. Montez dans cette chambre et franchissez-en le seuil avec respect... C’est la chambre d’une pauvre martyre... Et tenez-vous-y jusqu’à ce que je vous appelle.
LE PROSCRIT
Oui, Monsieur... mais auparavant deux mots... Peut-être serai-je obligé de fuir sans vous revoir, sans avoir le temps de vous parler... Cet homme, le brigadier, vous rappelait tout à l’heure que vous aviez habité la Westphalie?
LE PASTEUR
C’est vrai.
LE PROSCRIT
Quelle partie de la Westphalie, habitiez-vous, s’il vousplait?
/ LE PASTEUR
Le village de Graflenrode.
LE PROSCRIT
Le village de Graflenrode !
AMÉLIE, à part.
Mon Dieu ! mon Dieu ! (Elle s’occupe de débarrasser la table.)
LE PROSCRIT
Monsieur, avez-vous connu parmi vos pieux collègues, un digne homme nommé le pasteur Minier ?
LE PASTEUR
Mit!... Minier!...
LE PROSCRIT
Le pasteur Minier... oui 1
* LE PASTEUR
Je l’ai connu.
LE PROSCRIT
Le trouverai-je encore à Graflenrode ?
LE PASTEUR
Que lui voulez- vous?
LE PROSCRIT
Pardon, Monsieur... Il s’agit d’un secret qui n’est pas le mien, et je ne puis que vous répéter ma question : Le trouverai-je encore à Graflenrode? Ou serait- il mort des suites de sa blessure ?
AMÉLIE
Mon père ! (Elle met un doigt sur ses lèvres.)
LE PASTEUR, bas.
Sois tranquille, mon enfant... (Haut.) Le pasteur Mittler est mort des suites de sa blessure.
LE PROSCRIT
Mort!... Et sa fillle?
LE PASTEUR
Laquelle? Il en avait deux...
Sa fille Gertrude.
LE PASTEUR
Vous savez qu’il avait une fille qui s’appelait Gertrude ?
LE PROSCRIT
' Oui... Est-elle heureuse?
LE PASTEUR
Bienheureuse... plus heureuse que dans ce monde... Elle est au ciel.
LE PROSCRIT
Morte aussi !...
AMÉLIE, bas.
Oh ! il faut que je les empêche de se reconnaître... (Haut.) Mon père, oubliez-vous que monsieur doit se cacher, qu’il y va de sa vie, s’il est vu !... Monsieur, au nom du ciel, montez dans la chambre de ma sœur...
LE' PROSCRIT
J’y vais... Oh! ma vie vous est donc précieuse, que vous la défendez ainsi ?
AMÉLIE, au proscrit, avec épouvante.
Taisez-vous! taisez-vous !... Tenez, prenez cette bougie, regardez un poitrail qui est entre les deux fenêtres... et fuyez...
Que veut-elle dire?
AMÉLIE
Allez! allez! (Le proscrit monte l’escalier.)
LE PASTEUR, à lui-même.
Quel peut être cet étranger!... D’où vient qu’il connaît ma famille... et que va-t-il faire à GrafTenrode ?
AMÉLIE
Plus tard, vous le lui demanderez, mon père... et bien certainement il vous le dira.
LE PASTEUR, au proscrit.
Vous savez la consigne, Monsieur... La plus grande prudence est nécessaire... Enfermez-vous... et ne descendez point que je ne VOUS appelle. (Le proscrit sort par la porte en haut de l’escalier.)