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La veillée des armes

Mes amis, je vous offre ce livre, miroir oii se reflètent les aspects familiers et les aspects héroïques d'un Paris qv^on ne reverra plus. Ensemble, pendant les journées qui précédèrent la mobilisation, nous avons regardé l ombre de la guerre monter au ciel pacifique, et plus noire, d'heure en heure, s'étendre sur notre pays. Avec nos amis les plus chers, aujourd'hui bien dispersés, nous avons connu V angoisse, V émotion religieuse, V exaltation intérieuî^e, la volonté du sacrifice et la douleur des adieux, en ces moments inoubliables oii nos âmes n'étaient plus que des parcelles de Vâme nationale, où nos affections particulières se

fondaient en un sentiment collectif, où le plus faible d'entre nous sentait battre en son cœur mortel le cœur éternel de la France.

Alors, nous eûmes la sensation de la parenté qui nous lie aux gens de notre race : ouvriers, bourgeois, artistes, savants, aux plus grands comme aux plus humbles. Les inconnus, — coudoyés naguère avec indifférence, dans une égoïste sécurité, nous apparurent, devant le péril commun, ce quils sont, en réalité : nos frères et nos sœurs, les gens de chez nous. // ny eut plus de castes sociales et de fausses convenances : par un mot, par un regard, par le silence chargé de pensées, tous fraternisèrent.

La rue la plus banale, avec ceux qui l'habitent et ceux qui la traversent, fut une merveilleuse école de grâce et de courage. Je l'ai toujours aimée, cette rue de Paris, mais je ne l'ai véritablement vue et comprise que pendant ces jours; et cest en quelque sorte sous la dictée des passants que j'ai écrit son histoire, — une histoire qui tient en quarante-huit heures : du Si juillet au S août i9il.

Aucun de mes livres ne doit moins à l'imagi-

nation et ne comporte moins d'artifice littéraire. Je vous Voffre^ mes amis, parce que vous pourrez^ mieux que personne, y reconnaître la couleur vraie et le son juste que fai tâché de lui donner. Il est à vous, dont la maison me fut accueillante et douce; mais il appartient aussi à ceux que votre fraternelle amitié unit dans un même soU" venir, à ceux qui firent, avec vous, avec moi, la « veillée des armes » et qui maintenant sont à leur poste lointain : Philippe Millet dans le Nord et Noël Pinelli aux Dardanelles.

Puissent leurs noms si chers, associés aux vôtres, être d'heureux augure pour le destin de ce petit livre qui leur apportera nos vœux — et notre espérance de fêter bientôt leur retour, au lendem,ain de la victoire.

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