‹ La veillée des berceauxChapitre 2 sur 9 · Vcf · texte numérisé non relu

Vcf

La guerre aura, ici comme ailleurs, des répercussions profondes et prolongées, des conséquences impérieuses, inéluctables. Nous devons les prévoir. Quelles que soient les idées qui nous divisent encore dans le domaine politique, il semble bien que nous serons accordés un jour prochain sur un point et qui est essentiel : l'organisation des forces assurée par l'éducation de l'énergie et la continuité de l'effort. Les crises suscitent, rapprochent et galvanisent les volontés mieux que les sollicitations, si pressantes soient-elles, des compétences et des théoriciens. La réalité est une âpre et féconde leçon, qui révèle les faiblesses dont on meurt et impose la nécessité d'une réaction collective et méthodique.

Nous sommes à un moment périlleux de notre rude histoire, au début d'un devoir nouveau. Jusqu'ici nous avons vécu dans une paix péniblement conquise; et le semblant de sécurité dont nous jouissions nous berçait d'illusions. Naguère nos pères avaient lutté à la tribune et nous avaient amassé des lauriers sur lesquels nous nous reposions de leur fatigue. Nous arrêtions-nous suffisamment à analyser leur farouche résistance ? Nous demandions-nous pourquoi ils avaient triomphé? Ils combattaient au nom de la constitution britannique, qu'ils connaissaient suffisamment pour faire accepter à des Anglais l'interprétation lucide et logique qu'ils en donnaient. Ils réclamaient la justice par le respect du droit. Ils étaient des avocats et des politiques; et ils avaient raison de l'être et de le demeurer. De la race même ils n'exigeaient guère si ce n'est de durer. Les problèmes économiques et sociaux ne se posaient pas encore; et notre peuple était satisfait des seules victoires constitutionnelles.

Bibliothèque de V Action française.

Ce passé n'est plus. L'heure s'est alourdie de préoccupations d'un autre ordre. Peu à peu le progrès économique gagnait notre terre ; et le plan de nos activités en était déplacé, élargi. Avons-nous compris assez tôt que notre race, pour continuer d'exister, devait défendre ses traditions avec une vigueur renouvelée ? Oui, sans doute. Le succès des autres nous tenaillait. Nous avions le pressentiment d'une lutte acérée où l'arme la mieux trempée serait pour nous celle-là même dont on nous menaçait : la richesse. Déjà nous avions réussi à nous prémunir. Avec un orgueil tout américain nous distinguions nos millionnaires. Malheureusement, faute d'une instruction professionnelle, ces tentatives demeuraient isolées : la masse restait inattentive et confiante, sourde au réveil.

Les agissements dirigés récemment contre nous nous ont trouvés trop dépourvus. Des hommes pourtant généreux regardent l'avenir avec hésitation; et plusieurs ont subi les atteintes d'un découragement passager. Au milieu des injures inélégantes et des faussetés dont on nous a abreuvés, nous avons ressenti le vide et l'inanité de nos querelles intestines. Nous nous étions épuisés en des combats stériles; et le but que nous avions poursuivi nous était ravi par des manœuvres hostiles. Nous nous sentions seuls. Ce fut un mal pour un bien. Déjà un retour se dessine, une réaction s'amorce et prend corps. La théorie de la restauration des forces reçoit une lumineuse confirmation. Notre insouciance un peu béate va se changer en une poursuite active. Sans rejeter la politique où notre infiuence se traduira, en définitive, nous sentons qu'il y a quelque chose de changé, que d'autres voies sollicitent nos pas, qu'un travail de préparation doit s'effectuer en nous, que la nation doit se pétrir elle-même de toutes ses souffrances affinées, grandies jusqu'à valoir un enseignement. Heureuse transformation qui nous fait accepter désormais comme une formule cette phrase du philosophe Boutroux : « Rien de grand ne dure de soi; et la conservation de la puissance, de la foi et de l'amour implique, au fond de nos âmes, une continuelle

création. » Ces mots furent tracés au sein de la guerre actuelle, malgré la mort qui s'amoncelle. Le moment est venu d'énoncer une doctrine et de l'appliquer scientifiquement. Ceux-là qui portent des responsabilités le feront sans doute. Ce sera le rôle de la génération qui vient. Puisse-t-elle le remplir avec un esprit large et sûr, le seul qui convienne aux gestes décisifs.

Sous l'éclair du danger nous avons apprécié les avantages de la solidarité et de la préservation de toutes les valeurs nationales. Nous avons avancé vers plus de cohésion; vers l'union des pensées et des actes, sans laquelle nul effort ne peut rendre la plénitude de ses effets. Cette unité de sentiment n'est pas totalement accomplie.- Nous avons encore à extirper, nous avons encore à apprendre avant que d'y atteindre. Mais il reste qu'elle nous parait nécessaire; et cela seul est immense. Nous avons vu ce que l'unité d'action peut produire chez d'autres peuples qui l'ont baptisée sacrée. Le temps nous la fera rechercher de plus près. De mesquines jalousies, de trop hâtifs jugements, de malsaines ambitions disparaîtront lorsque nous aurons soumis le bien de tous à une discipline sociale. Béni sera le jour où nous mettrons la totalité de nos énergies au service de l'avenir.

Le nombre

Quelle va être notre première préoccupation ? Ou, si l'on préfère ce langage, quel article inscrirons-nous, suivant un ordre logique, en tête du programme de réorganisation que nous nous tracerons à l'exemple des nations belligérantes qui, atteintes dans leur territoire et dans l'ensemble de leurs activités, songent déjà à réparer les pertes que la guerre accumule, à susciter les initiatives dont la tourmente a montré l'efficacité ? Etre, vivre et durer demeure la suprême tâche. Le nombre est la grande puissance fondamentale. Non pas pour ce qu'il représente en soi, puisque, sans la culture, il n'est qu'un groupement aveugle; mais pour ce qu'il peut devenir. Tous les problèmes qui touchent à la race, à sa fécondité, à sa survivance,

doivent d'abord nous retenir. Or, si nous dénombrons nos effectifs, ils nous apparaissent imposants mais aussi sourdement menacés. De les savoir ainsi provoquera chez nous tous le désir de les sauvegarder, de les conserver en les améliorant. Aux tentatives adverses, nous opposerons ce que nous possédons de plus invincible : le lien vivant. Notre nombre même — plus de deux millions — ne nous fut-il pas, dans le désarroi de l'attaque, une certitude de triomphe ? Nous nous sommes comptés ; et nous avons compris que nous portions en nous-mêmes une irréductible résistance.

Il y a quelque temps un conférencier de renom traitait de la Revanche des Berceaux. A ce beau titre de drame historique nous voudrions joindre celui-ci : la Veillée des Berceaux. Naître ne suffit pas : il faut vivre. La race subsiste dans le temps par toute la générosité de la vie, de la vie saine et ardente; par le silencieux travail de la sève vers les tiges. La race, écrit le docteur Chauffard, c'est, avec « la notion de nos origines lointaines, la transmission héréditaire du sang qui coule dans nos veines ». Le Bahy Welfare Committee a mis dans sa devise quelque chose d'approchant : It is not the habies horn but the babies saved that count. C'est absolument cela encore que ce soit tout à fait le contraire, comme aimait à répéter Emile Faguet. Il convient de rappeler, car ces choses peuvent s'oublier, que pour sauver les enfants il est assez important que les enfants prennent la peine de naître. C'est tout comme. Corrigeons la formule : It is the babies born and saved that count. A ce tout petit point près, nous sommes d'accord. Cette phrase, si elle manifeste au premier abord un peu de naïveté, a tout de même le mérite de poser la question : c'est l'enfant vivant qui compte. Retenons cela : c'est une vérité élémentaire à redire, à répandre. ^

Comment grandit le nombre ? Par l'apport de l'immigration, dont nous n'avons pas à nous occuper pour le moment et- qui pose en réflexe le troublant problème de

^ La Guerre et la santé de la Race; — Cf. La Guerre et la Vie de demain, 1er vol.

rassimilation des groupes d'origine étrangère, et par raccroissement naturel, par les naissances. La population canadienne-française s'est accrue dans une progression continue et sensible. La statistique officielle des Etats du monde entier nous assigne, de ce chef, une place enviable. Attribuable à plusieurs causes, cette augmentation prenait un peu partout la valeur d'un argument; et les représentants des nations plus avancées, plus vieilles et plus ramassées, citaient volontiers notre peuple jeune, exemple frappant d'une vitalité conservée au contact des terres neuves, devant de vastes horizons. ^ Attirée par l'aventure, notre population a franchi nos frontières immédiates. Chaque recensement nous indique d'importantes pénétrations de notre race dans des provinces que nous devons continuer d'appeler sœurs, quand ce ne serait que par un euphémisme juridique; et plusieurs anglocanadiens ont accueilli ces migrations avec faveur. ^ Du vieux foyer d'origine, Québec, des hommes ont ainsi porté au loin nos qualités ethniques, leur caractère paisible et droit, leur tenace amour du sol, leur cœur ardent à la besogne, leur intelligence native, faite de bon sens, de goguenardise et de prudence, habile et précieuse conseillère. Un prince venu chez nous depuis les vallons de sa Lorraine, M. de Beauvau-Craon, a retracé, il y a peu d'années, ces influences éparses qui contrepèsent heureusement les manifestations de l'américanisme hâbleur où tant de nos villes ont sombré. ^

Il y a pourtant une ombre à cette prospérité. La progression, importante à la naissance, est presque aussitôt réduite. Nos petits meurent en grand nombre,

^Voir le compte-rendu de la réunion annuelle de la Société d'Economie sociale de Paris {Réforme Sociale, 1908); et un article de M. Alfred de Fo ville paru dans la Revue hebdomadaire (Enquête sur la population). Dans son Traité théorique et pratique d'Économie politique, M. Paul Leroy-Beaulieu ne parle qu'une seule fois des Canadiens français et c'est précisément pour rappeler leur « pullulement ».

2 Errol Bouchette : L'Indépendance économique du Canada français.

3 La Survivance française au Canada.

« comme des mouches » dit la langue populaire. C'est une pitié. La première exposition tenue dans notre ville par la Société pour le bien-être de l'enfance a révélé au grand public un état déplorable en affichant des chiffres dont nous n'avions pas à nous glorifier. Nous n'étions dépassés, dans la course vers la mort, que par une ville de l'Inde, et, quelque idée que l'on se fasse de la civilisation hindoue, d'en être ainsi rapprochés et pour un pareil motif ne constitue pas un signe évident de supériorité. Nous voilà au centre de la question. Il y a mieux que la seule multiplication des forces initiales. Au principe que nous avons jusqu'ici respecté et mis en admirable pratique s'en ajoute un autre, impératif comme un commandement social, auquel nous n'avons pas le droit de nous dérober : il faut sauvegarder les forces acquises. Voilà la résolution d'aujourd'hui, sûr gage de notre avenir : moins de cercueils, des berceaux ! Pourquoi perdrions-nous nos réserves quand nous voyons les généraux d'armée être si parcimonieux, si jaloux des leurs ? Si l'homme a une valeur appréciable en argent sonnant et si, en l'appréciant ainsi, nous ne diminuons pas son autre valeur, bien plus solide, sa valeur morale, disons, en appliquant à ces morts la méthode statistique du professeur Irving Fisher que nous perdons, chaque année, des millions de dollars. ^ Sommesnous déjà si riches que nous puissions ainsi jeter notre or? Nous nous plaignons de n'avoir pas de capital; et ce capital humain, cet élément de production qui assure la création du capital-espèces, nous échappe par notre faute ! Mais qui parle d'or? Il s'agit d'hommes; il s'agit des nôtres. Faut-il citer, pour nous décider, l'exemple de l'Australie régénérée ? En Angleterre, où l'empirisme a régné si longtemps, on perçoit aujourd'hui la formation d'une conscience nationale suscitatrice d'œuvres sociales dont les plus fécondes auront pour objet de refaire la race. Aux États-Unis, pays nouveau déjà avare de ses

^ Le docteur J.-E. Laberge estime que nous perdons, en hommes, une valeur de plus de deux millions de dollars annuellement. (Compte-rendu de la première Conférence des Gouttes de lait, 1913) ; — exactement 2,210,000 dollars en 1912.

enfants, la mortalité des petits est terrassée, presque vaincue. En France, quand le canon tonne, la reconstruction passionne les esprits et l'on se préoccupe de ceux qui naîtront pour leur conserver la vie et les garder pieusement à la Patrie. Les initiatives abondent. Elles réussissent. « Jamais, s'écrie le professeur Pinard, on ne vit à Paris autant d'enfants aussi beaux qu'aujourd'hui; et cela parce que jamais ils n'ont été aussi protégés. ^ » Et nous ? Nous qui n'avons pas subi toute la sublime torture de la France; nous qui avons besoin de nos forces, de notre chair; nous qui n'avons toujours eu que l'espoir de vivre, de vivre quand même, de vivre en dépit de tout, que faisons-nous ? Mais voyons de plus près la situation, afin que chacun s'en pénètre et en fasse le sujet d'une fervente méditation, le point de départ d'une action immédiate et résolue.

Les effectifs

On s'intéresse plutôt peu aux chiffres officiels; et la statistique a mauvaise presse dans les salons et ailleurs. C'est une chose si aride ! Qui donc se préoccupe de savoir ce que nous gagnons en enfants chaque année ? Eh bien, la vie nous apporte plus de deux corps d'armée. Il est né, en 1915, dans la seule province de Québec, 83,274 petits Canadiens, dont 6,587 protestants ^ : c'est, — qu'elle me pardonne ! — plus que la population de la ville de Québec en 1911. Une ville en un an, n'est-ce pas un apport appréciable ? C'est là un chiffre absolu, résultat de l'addition des naissances. Pour faciliter les comparaisons avec d'autres pays, les statisticiens établissent ce qu'on appelle un coefficient en calculant le « taux de la natalité », la proportion des naissances pour dix mille ou mille habitants. Nous savons ainsi qu'il est né, en 1915, 379 enfants pour dix mille habitants, soit 37.9 pour mille

1 La Guerre et la défense de V Enfant. Cf. La Guerre et la Vie de demain, 1er vol.

2 Annuaire statistique de la province de Québec; et Vingt-deuxième rapport du Conseil supérieur d'hygiène de la province de Québec (1916).

ou, si l'on y tient, 3.79 pour cent. C'est un joli taux d'intérêt, et qui conduira à quelques solides millions dans une centaine d'années. Malgré la guerre nos naissances ont augmenté : en 1914 elles ne dépassaient guère le chiffre de 80,000, atteignant exactement 80,361. De ce côté, sauf certaines réserves, tout est donc pour le mieux. D'ailleurs, ces chiffres n'expriment pas toute la vérité. M. J.-W. Bonnier, compilateur de la statistique du Conseil supérieur d'hygiène, écrit : « Nos statistiques sont incomplètes; car, malgré nos efforts réitérés, nous n'avons pu recevoir, en 1915, aucun rapport sur les décès d'une population se chiffrant à 34,009, tandis que celle qui n'a fait aucun rapport sur les naissances et les mariages se monte à 12,700. » N'est-ce pas malheureux? Tout devrait être tenté pour que le public soit renseigné. Les chiffres des naissances sont faciles à recueillir; et l'on ne voit pas bien pourquoi l'on se permettrait de ne pas les communiquer aux autorités. Comment obtiendrons-nous, en pareil cas, des données suffisamment sûres touchant la démographie d'un pays ? Il est déjà ennuyeux que, faute de relevés uniformes, les statistiques sur la natalité, la nuptialité et la mortalité soient si déplorablement pauvres en ce qui concerne tout le Canada. De plus, le coefficient que nous venons de mentionner, soit 37.9 pour mille, n'est pas rigoureux pour ce qui est des Canadiens français. La statistique joue de ces tours; et la méthode qu'elle constitue n'a de réelle valeur que si on sait l'interpréter. Il est connu que certains éléments de notre population amoindrissent le taux de la natalité. L'habile directeur de l'Office de la statistique de Québec, M. Marquis, a eu la bonne idée de grouper quarante comtés dont la population est surtout canadienne-française. Ces comtés marquent une progression annuelle de 41.9 pour mille : ^ voilà le véritable pas de notre marche en avant.

^ Annuaire statistique de la province de Québec. Le taux de la natalité a atteint 58.7 pour mille dans le comté de Matane et 69.24 à Chicoutimi. (Le Devoir, 27 février 1918, un article de Louis Dupire : Le problème de la natalité.) — M. Leroy-Beaulieu publie, dans son ouvrage intitulé La Question de la Population, im tableau

A vrai dire, nous allions un peu plus vite au XVIIIème siècle : nos pères plaçaient le capital humain à plus de six et demi pour cent ! ^ Les villes, où les origines sont plus mêlées et où les causes de fléchissement s'accusent plus nettement, abaissent encore la proportion. A Montréal, où le nombre des naissances a diminué depuis la guerre. ^ — passant de 21,386, en 1914, à 20,692, en 1915, et à 19,759, en 1916, — le taux de la natalité est de 34.4 pour mille (1916), alors que, pendant la décade 1906-1915, il a atteint en moyenne 37.9 pour mille. Il reste d'ailleurs supérieur au taux des grandes villes d'Angleterre, de France, des Etats-Unis et du Canada, du moins pour l'année 1916. Mais ne retenons de tout ceci que le chiffre des naissances de la province : 83,274. Voilà ce dont nous avons surtout besoin pour les fins de la discussion. C'est le gain vivant.

Le travail de lar mort

Nous n'avons calculé que la vie; il reste à retracer l'inévitable travail de la mort. En effet, l'augmentation réelle de la population est faite de vie et de mort : elle se traduit en définitive par une différence qui, pour être heureuse, doit pencher du côté des naissances. C'est la condition du progrès. S'il en était autrement, si les décès —

où le rapport des naissances par mille habitants est établi pour les principaux pays depuis 1874 jusqu'à 1910. Seule la Roumanie atteint, pendant la période 1908-1910, une moyenne de 40.8 par mille.

^ Le docteur J.-W. Bonnier, appliquant une méthode qu'il avait déjà indiquée dans une communication sur la statistique des naissances (conférence des Gouttes de lait, tenue à Montréal, en 1913), a calculé, pour les grands pays du monde et en tablant sur des données un'peu anciennes, le taux de la natalité par mille femmes mariées âgées de quinze à cinquante ans : pour la province de. Québec, ce taux était de 316 en 1911 ! {Rapport du Conseil supérieur d^ hygiène, 1916, p. 134).

^ La statistique que vient de publier le gouvernement de la province d'Ontario indique une diminution des naissances à partir de l'année 1915 et une augmentation du nombre des décès, au moins pour l'année 1916. (Cf. la Gazette des 20 juillet et 8 août 1918).

ce qui est arrivé ailleurs — l'emportaient sur les naissances, ce serait la régression et, à plus ou moins longue échéance, une menace de disparition totale. La statistique provinciale a enregistré, en 1915, 35,933 décès, soit 166 pour dix mille ou 16.6 pour mille. ^ Voilà le chiffre à rapprocher du premier : celui qui fait juger de la vitalité d'une race. Si l'on soustrait 35,933 de 83,274 il reste un excédent de 47,341 qui paraît excellent. Nous pouvons, dès lors, en comparant le taux de la natalité et celui de la mortalité, qui sont respectivement pour 1915 de 37.9 et de 16.6 pour mille, obtenir le taux d'accroissement de la population : 21.3 pour mille, ou, car cette expression est plus familière, 2.13 pour cent, qui est le taux d'intérêt inscrit chaque année au carnet de banque de la nation. Pour que l'on se rende mieux compte de ces calculs, nous avons réuni en un seul tableau les chiffres absolus et les chiffres relatifs qui expriment, pour une période de dix années, la progression de la population de la province :

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