‹ La veillée des berceauxChapitre 6 sur 9 · VILLES DES ÉTATS-UNIS ET DU CANADA · texte numérisé non relu

VILLES DES ÉTATS-UNIS ET DU CANADA

ViUes 1914 1915 1916

New- York 22.2 22.9 18.6

Baltimore 24.8 25.1 27.0

Chicago 37.7 36.2 40.9

Détroit 24.0 22.0

Buffalo 27.7 28.5

Cleveland 37.2 35.9

Philadelphie 27.6 26.5

Winnipeg 33.3 25.0 .. ..

Vancouver 16.6 12.7 10.7

Ottawa 26.9 25.5

Montréal 45.3 40.9 44.4

C'est donc bien le lait qu'il faut surveiller; et, par conséquent, le régime alimentaire de l'enfant. Si nous avons paru exprimer un doute à ce sujet, c'est qu'il ne nous semble pas qu'il faille attribuer au lait l'ensemble de nos malheurs. C'est si vite dit ! Personne ne s'élèvera contre une réglementation plus sévère de la distribution du lait dans nos centres importants; mais, la distribution faite, le lait reste dans les maisons où il arrive qu'il soit rendu plus nuisible encore par suite du plus impardonnable manque de précaution. Voilà ce qui est plus grave. « A part la difficulté de se procurer du lait pur et frais, écrit le docteur Joseph Gauvreau, il y a, pour les pauvres surtout, la non moins grande difficulté de le conserver tel à domicile pendant les chaleurs, et cette autre, pour les riches comme pour les pauvres, de savoir le doser convenablement pour les enfants de différents âges. » ^ On voit que le problème est plus compliqué que l'on ne croit généralement. Aurait-on d'ailleurs obtenu que la traite du lait fut faite avec plus de soins, que la distribution et la conservation du lait fussent assurées avec plus de surveil-

1 La Goutte de Lait. Cf. les études des docteurs Séverin LachapeUe, Joseph Leduc et Raoul Masson. {Compte-rendu de la première Conférence des Gouttes de lait, 1913).

lance et d'attention, qu'il resterait encore à écarter d'autres négligences, à faire naître d'autres habitudes d'hygiène, à détruire les autres raisons de mort que nous avons signalées. Car il n'y a pas que le lait qui provoque les maladies du tube digestif, qui entraîne la gastro-entérite ou la diarrhée. Toute dérivation du régime alimentaire normal y peut conduire, comme toutes les déplorables conditions de logement où vivent nombre d'enfants, ou l'erreur de tant de mères qui, sous prétexte de calmer la douleur, abusent des sirops et endorment leurs petits pour de bon. ^

Les remèdes

Ênumérer les causes du mal n'est-ce pas en indiquer, du même coup, les remèdes? L'objet des initiatives sociales est d'amoindrir ou même de détourner les conséquences du régime économique actuel. Elles protègent l'individu et la société en atténuant les inconvénients qui résultent de l'industrialisme caractérisé par la division du travail, l'emploi des machines, la surpopulation, la production à outrance. Elles assainissent le logement, ^ multiplient les habitations des travailleurs ^ et tracent des jardins ouvriers; encouragent la pratique de l'hygiène publique en répandant les données nouvelles de l'urbanisme^ et en réclamant de vastes espaces libres où l'air apporte son inestimable bienfait; allègent le travail de l'usine en préconisant une surveillance plus sérieuse de la part du patron et en organisant les œuvres de secours et d'assistance; coriibattent la propagation des maladies et déracinent les habitudes vicieuses. Tout cela n'est pas

^ Rapport du Bureau municipal d^ hygiène et de statidique. — Cf. la discussion récente soulevée lors du Congrès des services sanitaires tenu à Fraserville (1918).

2 Louis Dupire : Dis-moi où, tu habites. . . (Le Devoir, 26 juin 1918).

3 L'abbé E.-E.-M. Gouin : Le Logement de la Famille ouvrière, et Léon Lorrain : Les Habitations ouvrières (Revue trimestrielle).

* Développement urbain et rural (Commission de Conservation, 1917).

sans avoir une heureuse répercussion sur la famille, sur l'enfant. Il convient donc, au premier chef, de mentionner ces initiatives parmi les moyens que l'on a trouvés de lutter, fût-ce indirectement, contre la mortalité infantile. Tout se tient. La moindre tentative peut avoir, en matière sociale, une importance capitale.

Les Gouttes de lait

Si toutes les œuvres peuvent aider à la préservation de l'enfance, on pense bien que la « science de la charité », suivant l'expression de M. Etienne Lamy, et que le sens social se sont unis pour créer de toutes pièces une institution dans le but de combattre le mauvais sbrt qui s'abat sur tant de pauvres petits. Cette institution a reçu un nom qui traduit mal son objet immédiat : la Goutte de lait. C'est en 1894 que le docteur Dufour fonda, à Fécamp, la première Goutte de lait. En 1902, un dispensaire était installé à Montréal, rue Ontario, par les soins de Madame Madeleine Huguenin et des docteurs Dubé, Boucher, Cormier et Cléroux. Il résista quelques mois et disparut. « Nous étions à bout d'argent, disait le docteur J.-E. Dubé, nous avons dû fermer nos portes. Ce fut pour nous un gros chagrin. » Nous n'avons jamais pu lire cette phrase, rencontrée plusieurs fois, sans un serrement de cœur. Mais quoi? Est-elle donc si rare cette difficulté des débuts ? Une autre tentative, à laquelle participa également le docteur Boucher, n'eut pas un sort plus heureux. Il fallait attendre que le public comprît. Huit ans plus tard, le chanoine LePailleur réussit à organiser, avec le concours des médecins de sa paroisse, « une Goutte de lait durable » ^ : le dispensaire de l' Enfant- Jésus. Le mouvement était donné. Aujourd'hui, trente Gouttes de lait sont en partie subventionnées par notre Conseil municipal.

La Goutte de lait est d'abord une école. On l'appelle, en France, une «consultation de nourrissons «.^ Rien

^ Étude de M. Albert Chevalier (Première Conférence des Gouttes de lait, 1913); docteur J. Gauvreau : La Goutte de lait.

2 Docteur E. Gagnon (Compte-rendu de la première Conférence es Gouttes de lait, 1913).

de plus juste. L'enseignement y peut être donné grâce à la généreuse collaboration des médecins, à l'appui du curé de la paroisse, aux facilités que procurent les commissions scolaires et l'administration municipale. Les mères sont les auditrices. On leur enseigne, en premier lieu, qu'elles doivent allaiter leurs enfants. Sur cette nécessité de l'allaitement maternel les médecins n'ont qu'une voix. ^ Retenons seulement le vœu exprimé par l'Académie de Médecine de Paris au moment de la Guerre, en août 1914, et qui revêt le caractère d'un ordre du jour : « En raison des circonstances que nous traversons, l'Académie de Médecine considère qu'il serait urgent que le Gouvernement rappelât à la population que, pour les nouveau-nés, l'allaitement maternel s'impose plus que jamais. Dans le cas où il est insuffisant, il faut, malgré tout, le continuer, en le complétant avec du lait de vache bouilli et stérilisé. Elle émet le vœu que la plus grande publicité soit donnée à cette recommandation ». On ne peut résumer mieux la plus pure doctrine. L'allaitement maternel sauve quatre-vingt-onze enfants sur cent, quand la proportion est renversée lorsque les enfants reçoivent en nourriture le lait de vache. ^ Les médecins-professeurs donnent ensuite de précieux conseils touchant le régime alimentaire des enfants au berceau et les soins à apporter à la première enfance. ^ La Goutte de lait complète son œuvre d'éducation et fait rayonner son influence en organisant des réunions, où des conférences sont prononcées, et en instituant des cours de puériculture. A cet ensei-

^ Communications des docteurs S. Lachapelle, J. Leduc et R. Masson {Compte-rendu de la première Conférence des Gouttes de lait, 1913).

2 « Sur 100 enfants nourris au biberon, 90 meurent avant d'avoir atteint l'âge de douze mois » (docteur J. Gauvreau, La Goutte de lait, p. 9). Le docteur W.-A.-L. Styles {Infantile mortality in Montréal) estime que 85 p. 100 des décès chez les enfants de 0 jour à un an se produisent chez ceux qui sont nourris au lait de vache, quand 90 p. 100 des maladies qui frappent la toute première enfance proviennent d'un mauvais régime alimentaire.

3 Docteur Henry Bouquet : La Puériculture sociale. — Cf. également, du même auteur, un article paru dans la Revue hebdomadaire (No. 19, 1918) sous ce titre : La Puériculture.

gnement s'ajoute enfin la distribution du lait, d'un lait sain et frais, et des médicaments.

Les résultats sont bons. Répandues partout et fréquentées par le plus grand nombre des mères, les Gouttes de lait contribueraient puissamment à sauver la situation en réduisant l'effroyable proportion des décès dus à la diarrhée. Le premier dispensaire, celui de l'Enfant- Jésus, en fournirait au besoin une preuve convaincante. Dès le début de son fonctionnement, on constatait de réels progrès : la moyenne de la mortalité, le nombre absolu des décès chez les enfants et celui des décès causés par la gastro-entérite étaient remarquablement diminués par rapport aux six années précédentes. C'était une triple victoire sur la mort. ^ En 1913, lors de la première Conférence des Gouttes de lait, le docteur E. Gagnon citait de nouvelles statistiques plus concluantes encore et raffermissait les espoirs déjà fondés sur l'œuvre de vie. Depuis, les Gouttes de lait nous ont gardé bien des petits. On remarquera, dans le tableau qui suit, une fréquentation plus nombreuse, une augmentation sensible du nombre des consultations et des distributions de lait et, par un retour bienfaisant, une diminution notable de la mortalité chez les inscrits, par rapport à la moyenne générale qui était, en 1917, de 17.7 pour cent :

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