SCÈNE III JULIEN, CHARLOTTE, les autres visibles
CHARLOTTE
Tu sais... au fond, je ne le crois pas.
JULIEN
Ouoi?
CHARLOTTE
Oue tu sois amoureux de cette femme.
JULIEN
Mais je Tespère bien! Quelle folie !
CHARLOTTE
Tu n'en es pas amoureux, n'est-ce pas ?
Il n'en est pas question.
CHARLOTTE
Tu en es sûr ?
JULIEN
I rès sur !
CHARLOTTE
Uegarde-moi en face.
JULIEX, souriant.
\'oilà.
CILVRLOTTE
liest vrai que, si cela était, tu me regarderais exactement de la même façon !
JULIEN
Pardon ; je serais très gêné !
CHARLOTTE
Toi ?... Ah ! mon pauvre chéri ! mais pas
du tout ! Tu serais encore plus gentil ; c'est ce qu'il y a de terrible ! Tu es un de ces hommes, quand ils ne vous aiment plus, on ne s'en aperçoit pas... Je te connais.
JULIEN
Si tu méconnais, tu dois savoir, au contraire, que je t'aime et que je ne te ferai jamais de chagrin.
Ça, j'en suis convaincue... Je crois même que, pour m'éviter un petit chagrin de rien du tout, tu serais capable de me faire souffrir le martyre.
JULIEN
Mais, chère Madame, est-ce une petite scène de jalousie? .
CHARLOTTE
Une bien petite !
JULIEN
Il me semble (|uc c'est notre début ?
CHARLOTTE
Il n'est pas brillant 1
JULIEN
On ne recommencera pas ?
CHARLOTTE
Je làclierai. A condition que de ton côté fu t'appliques un peu...
JULIEN
Je ferai des prodiges!
CHARLOTTE
Car, cen'estpaspour insister... mais, depuis que nous sommes à Trouville. Simone et toi. vous ne vous quiKez pas d'une semelle.
JULIEN
Toi non plus, lu ne la quittes pas.
CHARLOTTE
Mais, moi, je ne demanderais pas mieux !
JULIEN
Va, tout cela, c'est de la galanterie, sans importance, et pour ainsi dire machinale, dans le monde oîi nous vivons.
CHABLOTTE
Quelle figure est-ce que j'ai, au milieu de toutes ces femmes ?
JULIEN
Tu as une figure parfaite.
GHAULOTTE
D'ailleurs, elles sont slupides, en général.
JULIEN
Si tu les voyais en particulier !...
LA VEIXE 183
CHARLOTTE
C'est encore Mme Baudrin la plus intelligente ; il faut être juste.
Soyons jusies.
CHARLOTTE
Est-ce qu'on va rester encore longtemps ici ?
JULIEN
Ça dépendra de Tourneur.
CHARLOTTE
Lui, par exemple, je Taime bien î... Te rappelles-tu la première fois qu'il est venu à la maison ? Dans quel état nous étions !
JULIEN
On était couverts de dettes.
I,s4 LA VKIXE
CHARLOTTE
Tu venais justement de tlanqucr Cliantereau à la porte.
.lULlKN
UJi ! celui-là... Figure-toi qu'il ni"a écrit ce matin [mur m'emprunter de l'argent !
CHARLOTTE
Ça, c'est drôle !
.lULIEX
Il me dit : « Je suis complètement ruiné ! Tous les gens à qui j'ai rendu des services me tournent le dos. Alors, je m'adresse à ceux à ([ui je n'ai causé que des désagréments. Prètez-moi cinq louis. »
CHARLOTTE, liant.
Tu vas les lui prêter?
.Il'LlEN
Je les lui ai envoyés tout de suite.