I.A VEINK
Eaux (kl Ontro ; une affairo de Tournoui-... Et, puisque c'est vous qui vous occupez des affaires de Tourneur?...
JULIEN
11 veut la succession de Bérain ? Il Ta... Mais maintenant, qu'il nous laisse tranquilles !... Simone... je vous en prie...
SIMONE
Je peux m'engager ?
JULIEN
Oui... oui... Ah 1 diable! j'oubliais!... Mais Pétrel est député ! les deux fonctions sont incompatibles !
SIMONE
Il donnera sa démission. Il a de la politique par-dessus la tête.
.IULIEN
(Comment ! il donnerait sa démission ?
SIMONE
Tout de suite.
JULIEN
Vous êtes sure?
SIMONE
Absolument.
JULIEN
Mais alors, je me présente à sa place !.. Je devais me présenter contre lui aux élections générales ; je préfère cette combinaison !
En effet, vous clés compatriotes. J'avais oublié... Vous avez des chances?
JULIEN
C'est-à-dire que je n'aurai aucun concurrent.
SIMONE
Je VOUS félicite. La carrière politique est la meilleure, aujourd'hui, pour un homme de votre âge et de votre caractère. Nous eu recauserons. Je ne suis pas tout à fait sans influence... Aurez-vous l'appui du Gouvernement ?
JULIEN
Je n'en ai pas besoin... Si j'étais aussi sûr de votre amour que de mon élection...
SIMONE
Soyez donc sérieux ; je ne suis pas une
associée à dédaigner.
JULIEN
Ecoutez, Simone, il ne s'agit plus de politique. Pétrel a la place de Bérain ; il démissionne, je suis nommé ; c'est entendu, iln y a aucun doute. Ne parlons plus de ça!... Je vous adore, Simone ! Je vous lai assez;
écrit; laissez-moi au moins vous le répéter dans des conditions qui me permettent d'être éloquent !
SIMONE
Nous verrons. . . plus tard.
JULIEN
Vous n'êtes pas gentille !
SIMONE
Mais... c'est vous qui êtes étonnant !
Vous n'avez pas l'air de vous rappeler que vous avez emmené une maîtresse à Trouville, et vous me proposez... Au fait, qu'estce que vous me proposez ?
JULIEN
J'espérais m'ètre lait comprendre.
SIMONE
Oui... oui... je vous embarrasse. ..Alors...
JULIEN
Pas du loul ; vous ne m'embarrassez pas.
SLMONE
Vous n'allez pas nier que vous ayez une maîtresse?
Je ne le nie pas.
SIMONE
Et que vous Taimiez ?
JULIEN
J"ai beaucoup d'alTection pour elle.
SIMONE
Et pour moi, qu'est-ce que vous avez?
JULIEN
J'ai d'autres sentiments. J'ai le désir continuel, la pensée toujours avec vous ;
votre image, vos lèvres toujours devant les yeux. J'ai la jalousie. J'ai Tamour, enfin !
Entre Charlotte.
CHARLOTTE
Tu n'as pas vu mon boa ?
JULIEN
Tiens ! (H I'^ lui donne.)
Sort Charlotte.
SLMONE
Voulez-vous me passer aussi mon manteau?... (Pendant que Julien lui met le manteau sur les
épaules.) Et Charlottc. . .? Vous ne la désirez pas? ou vous ne la désirez plus?
JULIEN, hésitant.
Non.
SIMONE
Alors, VOUS allez la quittei'?
JULIEN
Charlotte?... Mais non... je ne vais pas la quitter...
SIMONE
Vous n'allez pas la quitter?
JULIEN
Non...
SIMONE
Ah! très bien !.. Je vois ce que vous me proposez, maintenant ; je le vois à merveille ! Vous me proposez de vous divertir quelques instants avec moi. Merci, trop aimable ! . . . Ah çà ! pour qui me prenezvous ? Comment ! vous supposez que moi je consentirai jamais à être la seconde maîtresse dim monsieur ! Pourquoi pas entrer dans un harem ? Mais, mon cher, jamais je n'accepterai une situation pareille ! jamais ! Yous entendez : jamais ! serais-jc amoureuse à en perdre la tète !
JULIEN
Vous m'aimez donc un })eu?... C'est vrai, dites, Simone ?
SIMONE
Peut -être
JULIEN
Et moi, je t'adore, je suis fou !
SIMONE
Je vous aime aussi... oui, je vous aime, Julien. Mais quant à vous aimer clandestinement, comme un homme marié, non! Je ne veux pas de fiacres, ni d'hôtels meublés, et, s'il me plaît d'aller chez mon amant, je veux pouvoir y aller. Je n'exige pas des choses extraordinaires : il ne s'agil pas d'al)an(lonner, pour me suivre, voire femme et vos enfants. Il s'agit de choisir entre une maîtresse que vous n'aimez plus et moi que vous aimez... ^c)us n'avez aucun engagement avec cette femme, n'est-ce pas ? Nous ne lui a^•ez fait perdre aucune situalion ? \ ous n'êtes pas son premier amant ?... Pourcpioi ne la (piitt<'z-vous pas?
.ILLIEX
Pour([iioi jo ne quitto pas Charlotte?... Parce que je n'ai pas ce que vous avez, et qui vous rend, d'ailleurs, plus ardente et jtlus désiralde.
( )uoi
La cruauté
SIMONE
JULIEN
SIMONE
Soyez donc tranquille. \ ous ne lui feriez pas tant de peine que ca !
JULIEN
Quen savez-vous ?
SIMONE
("est excessivement curieux !... \'ous allez donc rester toute votre vie a\ec une feinnic (pii nest pas de votre monde, ([ui
n'a pas d'éducation ni de distinction véritable et qui est incapable de vous comprendre?... C'est de l'héroïsme, mon cher! Tous mes compliments !
JULIEN
Je ne vous ai pas dit que ma liaison avec Charlotte serait éternelle... Et puis, vous vous trompez tout à fait sur son compte. Elle est très intelligente, d'une intelligence très originale... C/est une créature charmante !
SIMONE
Vous avez de l'aplomb, de me dire ça en face !
JULIEN
Mais c'est un hommage que je vous rends, et pour un rien vous me diriez que je vous insulte ! Comme c'est drôle de ne pas comprendre ça !... Vous seriez contcnle de m'entendre parler de Charlotte avec mé-
pris... vous souririez, vous approuveriez... Eh bien! alors, qui serais-je, moi qui depuis près d'un an vis avec elle de mon plein gré?... Tenez, Simone, vous m'avez pris entièrement, et, si je ne vous possédais pas un jour, je serais très malheureux I Mais quant à dire plus ou moins brutalement à Charlotte : « Je ne t'aime plus ; séparonsnous... » non, il ne faut pas me demander ça! Oh 1 ce n'est pas pour me faire meilleur que je ne suis! Je suis très capable, comme tout le monde, de lâcheté, d'un farouche égoïsme ; mais il y a une certaine catégorie d'actions que, pour arriver à un but, quel qu'il soit, je ne pense pas que je commette jamais. Ce sont celles qu'on n'ose pas discuter avec soi-même, dont on ne peut pas se tirer avec de la blague, et qui pourrissent au fond de nous en nous laissant toute la vie une sale odeur. Et en vous disant cela, Simone, non seulement je ne vous insulte pas, mais je vous donne une preuve
définitive trainour, dont vous devi'icz me récompenser immédiatement en me faisant un de ces sourires devant lesquels il ne reste plus qu'à s'incliner.
SIMONE
, Oui, mon ami, oui, tout cela est très touchant ! Vous avez des raisons très nobles de ne vous décidera rien. Mais, moi, je suis pour le féroce « Chacun pour soi », quand il s'agit de mon cœur et de mon amour. Vous voulez que je sois à vous ?...
JULIEN
Oui, je tVn supplie... je t'en supplie... Quand...?
SIMONE
Chez toi... quand tu seras seul, quand tu seras libre ! Ailleurs ou autrement, jamais!
(Ricanant eu viiyaiil Cliarlutt.i i|ui entre.) TcueZ Voici
cette femme admirable à (jui vous avez consacré votre existence!