‹ La veine; comédie en quatre actesChapitre 38 sur 41 · JULIEN, TOURNEUR · texte numérisé non relu

JULIEN, TOURNEUR

TOURNEUR

Tu as raison. .Je ne me serais pas permis de te donner un conseil dans une circonstance aussi délicate ; mais Simone... peuh !

JULIEN

Je n'y ai pas songé une seconde .

TOURNEUR

Certes, ce doit être une maîtresse char mante !

JULIEN

On le dit.

TOURNEUR

(Comment !... Non ?

JULIEN

Non.

TOURNEUR

Ça, je le regrette pour loi !

JULIEN

Moi, je ne le regrette plus. Jai subi la forte crise; mais j'en suis sorti tout à mon avantage.

TOURNEUR

Tant mieux !

JULIEN

Quel effet ça te fait-il, quand tu t'aperçois qu'une femme se moque de toi ?

TOURNEUR

Je nai jamais réfléclii beaucoup à ça, je tavoue... Et toi ?

JULIEN

Moi, quand je maperçois de ce détail, quand je reconnais à des signes infaillibles que je vais devenir le simple polichinelle entre les mains de la coquette, cette découverte me refroidit instantanément. Je me représente aussitôt l'état d'abrutissement auquel nous réduit la femme aimée, lorsqu'elle veut s'en donner la peine; je me remémore des exemples historiques, et de toutes ces réflexions il me vient une grande

énergie. Je m'éloigne alors en faisant la j

révérence le plus poliment du monde, et quelques jours après il n'y paraît plus.

Tu n'es pas un passionné, au fond.

JULIEN

Je suis un intermittent... Mais j'ai passé de sales journées !

TOURNEUR

Les femmes ne te rendront jamais très malheureux... moi non plus, du reste.

JULIEN

J'ai eu ma part.

TOURNEUR

Et puis, nous n'avons plus l'âge d'aimer à tort et à travers.

JULIEN

C'est ce que je me disais tout à l'heure. Nous avons l'âge d'être aimés.

TOURNEUR

Et de mener une vie agréable.

JULIEN

Pour commencer, je suis un peu insulté par les gazettes.

TOURNEUR

Rappelle-toi ce que tu m"as dit à propos de Vermoulin.

JULIEN

Sois tranquille.

TO URNEUR

Ce n'est pas ça qui t'empêchera d'être ministre, mon vieux !

JULIEN, riant.

Au contraire !

TOURNEUR

Cette brave Charloltc ! Tu ne t'imagines pas quel plaisir ça me ferait de vous voir réconciliés !

JULIEN

C'est bizarre ! Dans le genre de tendresse, dans le genre d'amour que j'ai pour elle, il entre un peu de superstition. Carje crois qu'il y a, dans la vie comme au jeu, certains gestes, certains mouvements, enfin des choses indéfinissables qui interrompent la veine tout d'un coup. Eh bien ! je suis sûr que, si Charlotte ne voulait plus, ce serait désastreux ])our moi !

TOURNEUR

Oui ; mais elle voudra.

LA \EiyE 263

Est-ce qu'on sait, jamais, avec les femmes !

TOURNEUR

Evidemment. Mais je compte sur Joséphine... Quelle bonne fille, cette petite !

JULIEN

Elle est délicieuse.

TOURNEUR

Je l'adore !

JULIEN

Ça se voit.

TOURNEUR

Plaisanterie à part. Je fais le malin ; mais, si elle me quittait maintenant, j'en pleurerais !... C*est comme toi si Charlotte ne voulait plus. Avoue que tu en es là aussi ?

JULIEN

Je l'avoue bêtement,

TOURNEUR

Tout cela est à la fois très triste et très gai.

JULIEN

Joséphine doit te retrouver ici ?

Tu as entendu : elle m'a dit do rester.

JULIEN

Elle est allée chez Charlotte, probablement.

TOURNEUR, regardant sa montre

Probablement.

JULIEN

Combien y a-t-il de temps qu'elle est sortie ?

TOURNEUR, regardant également sa montre.

Elle ne peut pas tarder.

JULIEN, allant à la porte-

Ah! la voici!... Que lui aura dit Charlotte ?

La porte s"ouvre. Entre Charlotte.

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