I.À VENDÉE
'ser (1) >•, tous ces chefs que M. de Beauchamp ne craint pas de mettre sur le rang des Dunois, dps Bayard èt des Duguesclin (2) : héros de la guerre civile avec les sauveurs de la nationalité française, ceux qui appelaient l’Angleterre avec ceux qui deux fois chassèrent l’Anglais du sol sacré de la patrie. Pour nous, enfants dé la Révolution’, les chefs vendéens ne sont pas des généraux français.
Au premier rang parmi ces chefs, il faut nommer Henri de La Roehejaquelin, âgé seulement de vingt et un ans, tué à vingt-deux. Peu d’hommes furent m doués (l’une bravoure plus brillanterll jouait avec le danger, et se battait pour le plaisir de se battre. On le Vit un jour rendre son sabre à un hussard qu’il venait de désarmer, et recommencer à croiser le fer avec lui.
• Mes amis, dit-il àse's paysans en se mettant â leur tête, si j’avance, suivez-moi ; si je recule, tuez-moi ; si je meurs, vengez-moi! »
Il n’avait rien, d’ailleurs, d’un homme politique, et s’endormait dansées conseils. Il est vrai que c’était ce qu’il y avait de mieux à faire, et de Cumont écrivait à son oncle Sapinaüd de la Vérie, à la date du 9 juillet : « C’est une vraie pétaüdière (3) ! » Cet homme si brave pâlissait à la vue d’un écureuil.
Son cousin de Lescure, le premier mari de ma-
(1) Crêtinenu-Joly, t. T, p. 84. . •
(2) De Reaucliamp, Préface, p. 111.
(3) B. Fillon, Pièce; contre-revoluliutinaires, p. 70. -
dame de La Rochejaquelin , brillait par des qualités tout opposées. D'une bravoure froide et réfié
chie, d’un caractère austère, ne s’étant de sa vie
mis en colère, au dire de sa veuve, il fut le saint du Poitou, comme Cathelineau était le saint de l'Anjou (1).
Bernard de Marigny, le commandant de l’artillerie, s’enivrait do carnage, et poussa souvent le courage jusqu’à la férocité. Sa fureur de tuer no tombait pas avec la bataille, et il versa souvent le sang l’àme rassise et avec calcul. Né en l’tôy, il avait été officier de marine. •
Puis venaient les Sapinaud, les d’Autichamp, de Fleuriot.*.. Quelques-uns étaient embarrassants par leur nullité et leurs prétentions. Tel était le'beaupère de Lescure, le marquis de Donissan, ancien maréchal de camp, auquel on ne pouvait donner une position inférieure. Du reste, honnête homme, donnant à tout propos de ces conseils qu’on ne suit pas : Cassandre dans le double sens du mot. On créa tout exprès pour lui la haute position de gouverneur pour le roi des pays conquis, et il fut sa-
(1) « Jamais , non-seulement ni avant, ni après notre mariage, je ne l’ai vu en colère, mais même ayant besoin de se calmer. Ni moi ni personne no l’avons jamais entendu élever la voix avec vivacité. Moi, le corriger de ses défauts ! il n’en avait aucun. M. de Lescure était un saint, liion n’égale le profond respect dont je suis pénétrée pour lui. C’est' le sentiment qui domino tous ceux qui l’ont connu. 11 faut l’invoquer comme un être quo Dieu avait doué de toutes les vertus, et dont il a hâté la récompense. » '
tisfait. Tel était encore le brillant prince de Talraont, qui, au fond, regrettait fort l’Angleterre et ses maîtresses, pour lesquelles il finit par déserter sa cause. Il fut généralissime de la cavalerie. Il n’y en avait pas, mais peu importe. Chacun voulait commande!*, persbnne ne voulait obéir. On. créait des places, et tout le monde était content.
Parmi les chefs sortis des rangs du peuple, mais bien loin au-dessous de Cathelineau et de Stofflet, on doit signaler Forestier, âgé de dix-huit ans seulement, fils d’un chaudronnier, du village de Chaudron : concession habile faite aux besoins du moment et à l’esprit démocratique de l’armée royaliste ; instrument commode entre les mains des nobles, et qu’on ne saurait trop louer.
Il faut, parmi les prêtres, accorder une mention à part à l’abbé Bernier, dont j’ai parlé-déjà. Sorti, lui aussi, des derniers rangs du peuple, esprit souple et insinuant, suppléant par sa faconde de parole et de style à l'incapacité des chefs militaires, il fut le pivot et le grand ressort de la révolte, le Pierre l’Ermite de la croisade, comme dit M. Crétineau- Joly. Son influence, tout d’abord absolue sur les
officiers comme sur les soldats, alla sans cesse en décroissant. Semant la jalousie entre les chefs afin do dominer seul au milieu de leurs divisions, il fut taxé d’intrigues, d’ambition personnelle. Il eut seul les bénéfices de cette guerre, qui le porta plus tard, on ne sait comment, au siège épiscopal d’Orléans, et le fit nommer parmi les plénipotentiaires chargés
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de traiter du concordat. C'est pour le récompenser des services qu’il lui rendait que v Bonaparte lui avait promis le cardinalat; mais il mourut en 1806 sans avoir obtenu la barrette. A côté de lui, l’exbénédictin Jagault jouait un rôle considérable, et lorsque , par les soins de Bernier, les royalistes nommèrent un conseil supérieur destiné il imprimer une sorte d’unité de direction- à leurs entreprises en dominant les ardentes rivalités des divers chefs, le père Jagault y exerça les fonctions de secrétaire général.
L’armée formait une. sorte d’arrière-ban tumultuairement rassemblé, où chaque seigneur guidait au combat les hommes de sa paroisse qui l’avaient choisi pour chef. On pouyait distinguer parmi eux trois éléments divers : 1° les gardes-chasse, braconniers, commis, contrebandiers, déserteurs, domestiques sans place depuis l’émigration (c’était la troupe d’élite); 2° les mieux armés parmi les paysans; 3° enfin la tourbe désarmée, qui portait des bâtons en guise de fusils, pour faire nombre et en imposer, réunie autour des canons et caissons, et à laquelle se joignaient les femmes, les enfants, les vieillards et les séminaristes.
Ce qu’on appelait la cavalerie se composait de quelques centaines d’hommes recrutés au hasard parmi les marchands de volailles ou de fruits, montés .sur leurs bâts, comme lorsqu'ils allaient aux foire». On les appelait à cause de cela les cocassiers ou les marchands de cerises. Pour rendre la chose
plus grotesque, ils attachaient à la queue de leurs haridelles les cocardes tricolores et les épaulettes des Bleus tombés dans la mêlée. Quant à l’artillerie, elle (ut toujours fort peu nombreuse, et elle était en effet à peu près inutile pour cette guerre de partisans.
On voyait s’avancer sans ordre, en soufflant dans des cornes de taureau, toute la cohue des paysans, vêtus de leurs vestes de grosse étoffe foulée bleue ou grise, sous lesquelles ils portent un gilet de laine blanche ou de grosse cotonnade, serré avec une ceinture. Leur visage est encadré de longs cheveux plats qui tombent sur leurs épaules, et leur tête . s’abrite sous un immense chapeau rond orné d'une cocarde blanche, et quelquefois verte. Une cuiller de bois ou d’étain est suspendue à leur boutonnière : c’est le seul meuble indispensable. Dans leur main gauche est un rosaire dont ils baisent dé- ‘ votement les médailles, tandis que des crucifix, des scapulaires, des chemises de la Vierge, des morceaux d’étoffe sur lesquels sont brodés des cœurs rouges surmontés d’une croix et entourés de palmes vertes , sont attachés ostensiblement sur leurs poitrines.
A voir cette foule qui se presse en désordre par les chemins, hommes, femmes, enfants, les yeux humblement baissés vers la terre; à les entendre réciter à haute voix leur chapelet, qu’ils interrompent pour chanter des cantiques, on dirait une troupe de pèlerins cheminant dans le but d’accom-
plir un vœu ou quoique ceuvi'e pieuse. Mais les fusils, dont les baïonnettes étincellent au soleil, mais les pistolets attachés à la ceinture avec des mouchoirs de Cholet, les sabres retenus par des ficelles, les faux emmanchés à rebours, les fourches, les piques et les bâtons, au-dessus desquels se déroulent au vent les plis d'un drapeau blanc fleurdelisé; mais les femmes portant sur chaque épaule un bissac, l’un pour mettre les tètes des patriotes et des messieurs des villes, l’autre pour mettre leur argent (1} : tout cet appareil terrible annonce la guerre.
Parmi eux, insubordination, indiscipline : l’égalité la plus parfaite règne au camp des champions de la royauté absolue, et ce n’est qu’en lui empruntant ses principes qu’ils combattent la république.
(1) « Un remarquait dans cette armée des vieillards et des femmes qui s’étaient pourvues de sacs, afin de profiter plus amplement du butin qu’aurait procuré une ville aussi opulente (Nantes . On annonçait hautement l’intention de la piller. » Madame de T.a Rocliejaquelin, p. 485.
« De trente lieues à la ronde, il venait des gens tout exprès pour piller Nantes. Naguère encore (1852', une vieille femme me disait : « Oli! oui, j’y étais, au siège! Ma sœur et moi, nous avions apporté nos sacs. Nous comptions bien qu’on entrerait tout au moins jusqu’à la rue de la Casserie. » C’était celle des orfèvres. » Michelet, HiM. île la Rérulution , t. VI, p. 109.
« Une de ees femmes portait deux sacs, un sur chaque épaule; on lui demanda ce qu’elle en voulait faire: « Celui-ci, dit-elle en montrant le plus petit, est pour mettre l’argent que je trouverai, et celui-là pour emporter les têtes des Messieurs. » Toute l’histoire de la chouannerie est dans ce mot. » E. Seuveatre, Lie fier nie rt U r étant, t II, p. 58.