‹ La Vendée en 1793Chapitre 36 sur 49 · EX · texte numérisé non relu

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dépôt de son régiment, après leur avoir mis sur le dos une veste de hussard. Kléber et Marceau le surent, et ne voulurent rien voir. Les deux officiers royalistes durent la vie à ce stratagème.

Madame de La Rochejaquelin s’était établie au

Mans, avec une partie de l’état-major vendéen,

chez madame Thoré, excellente femme, mais non

moins bonne' républicaine. Ils y avaient vécu à -

discrétion pendant leur court séjour. Au départ,

madame de La Rochejaquelin l'avait suppliée de se

charger de sa petite fille, qu’elle croyait ne pouvoir *

sauver au milieu des sombres éventualités de la

déroute qui se préparait. Mère do sept enfants,

madame Thoré crut devoir, en l’absence de son

mari, refuser de se charger d’un pareil dépôt.

Madame de La Rochejaquelin, folle de douleur, glissa sa fille dans son lit, et prit la fuite. Plus tard, et sur un simple ouï-dire, elle lui lança pour remerciement une odieuse calomnie... « J’ai su depuis, dit-elle, et j’en ai été surprise, que cette dame, qui appartenait à une famille distinguée et respectable, s’était conduite avec férocité envers nos prisonniers, après notre défaite, tant elle était exaltée contre nous (1). »

-Quant aux généraux républicains, il ne tint pas à eux que ces cruelles et inévitables représailles de la victoire ne fussent amoindries par leur humanité. Westermann donna un sauf-conduit à made-

(1) Savary, t. II, p. 380.

moiselle de La Tremblaye (1). Savary sauva madame fîoguais, d’Angers, et ses trois filles, aidé par un de ses officiers, Fromental, qui épousa l'ainée et se vit fort mal accueilli par la famille de celle qui lui avait donné son amour, en échange de sa vie,’ qu’elle lui devait.

Marceau, on le sait, arracha des mains d’une soldatesque furieuse mademoiselle Angélique des Mesliers, dont il se fit le respectueux protecteur. Père, mère, amis, elle avait tout perdu dans le dé- . sastre. Marceau la conduisit dans une honorable famille de Laval, où tous les soins les plus dévoués lui furent prodigués.

Quelques jours après, Marceau, à son passage dans cette ville, fut la visiter avec Kléber. « On ne vit jamais, dit celui-pi dans ses Mémoires, de femme ni plus jolie ni mieux faite, et, sous tous les rapports, plus intéressante : elle avait à peine dix-huit ans, et se disait de Montfaucon. »

Mademoiselle des Mesliers apprend un jour que la peine de mort est prononcée contre ceux qui recèlent des royalistes. La pauvre enfant s’effraye, pour ses protecteurs, de cette menace qui n’était presque jamais suivie d’aucun effet, et elle va se dénoncer elle-même. Elle est arrêtée, conduite à Nantes, traduite devant le tribunal révolutionnaire, condamnée à mort.

Elle écrit à Marceau, alors sur les frontières. Le

(1) Madame de Sapinaud, p. 233.

héros quitte l’armée, accourt à Paris, et enlève sans peine au comité de Salut public la grâce de la jeune fille, pour laquelle il né cache pas son amour, et à laquelle il rêve de donner son nom.- Il se précipite, il vole, il arrive. L’exécution est pour ce jour-là. 11 s’élance vers la place publique, agitant au-dessus de sa tête la lettre de gràcê. Il aperçoit la hideuse machine et pousse un cri d'horreUr : la tête de celle qu’il aimait venait de rouler ôir l’échafaud. ,

Il fallait peu de chose, à cette époque néfaste où un immense réseau de conspirations et de trahisons couvrait la Francé, pour qu’un général fut mis en accusation. Dénoncé,, ce fut cette fois le conventionnel Bouchotte qui prit la défense de Marceau.

et qui le justifia, heureux d’acquitter la dette de

reconnaissance contractée à Saumur.

Le 12, à la nuit tombante, le général Delaage, attiré par des cris déchirants qui partent d’un petit bois, sur la route de Laval, s’y précipite, le sabre au poing, et voit une jeune Vendéenne se débattant contre trois hussards. U fond sur eux, les met en fuite, et la jeune fille tombe dans la boue à ses pieds. Il la relève, veille sur elle, et, à quelques - jours de là, la faiV conduire en lieu sûr, chez une tante à lui, au village de Loiré. '

Deux années écoulées, Delaage était employédans l'armée de Hoche, quand un«noble Vendéen, le comte de Ménard, -l’envoie prier avec instance de venir dîner à son château de la Claye, qu’il ha-

bitait avec sa famille, malgré la guerre. Au dessert, plusieurs jeunes filles viennent offrir des fleurs au général étonné, ef, à leur tête, la plus jolie qui, sous le nom de Perrette, l’avait servi pendant tout le repas, sans qu’il l’eût reconnue. C’était elle, cependant, l’héroïne de la fatale déroute du Mans, la fille du cofnte de Ménard, qu’il avait sauvée de l’outrage et de la mort, et qui était là, devant lui, en larmes... Mais à cette terrible époque, on avait peu de temps à donner à l’attendrissement. La nuit vint, Delaage, tout surpris de s’être laissé gagnera la contagion des pleurs de toute la famille, serre une dernière fois toutes ces mains qui pressent, les siennes, et retourne au camp combattre les amis de ceux qu’il quittait, et qui eussent donné leur vie pour lui.

Un jeune homme du Mans, nommé Goubin, , ramassa le soir, au moment où il allait rentrer chez lui, une pauvre jeune fille qui, mourante à la fois de peur, de froid et de faim, s’était réfugiée sous une porte cochèi’e. Bien grand fut l’embarras du pauvre garçon , qui ne connaissait pas de retraite aussi sûre que son propre domicile, mais qui, simple employé à six cents francs par an, avait pour toute demeure un cabinet, un lit et une 'chaise, î^agnifique et prodigue au sein de sa détresse, Goubin fait ainsi le partage de ce modeste domaine, que l’on eût p>* dire étroit, même en le faisant commun, et qui semblait ne devoir pas se prêter à la division : pour la nuit, à elle le lit, à lui la

chaise; pour le jour, à elle la chaise, à lui la vie au dehors, à son bureau. Au matin, avant qu’elle soit éveilée, il ira aux provisions pour le déjeuner, et ne rentrera que pour le repas du soir.

La jeune fille n’avait guère d’objections à opposer à ce plan, et certes, aux yeux de Dieu qui préfère l’obole de la pauvre veuve aux riches dons du Pharisien, jamais monarque recevant dans ses États un autre monarque n’exerça une hospitalité aussi splendidement fastueuse.

Les choses allèrent ainsi pendant huit jours. Mais, au bout de ce temps, lorsqu’il voulut s’établir pour passer la nuit sur sa chaise, il tomba lourdement par terre, et, brisé, son corps endolori demeura roide et sans mouvement. Ses forces avaient trahi son courage, et la nature reprenait ses droits. Il fallut songer à son nouveau partage du mobilier. Dédoubler le lit, il n’y fallut pas songer, et pour cause. L’étrangère voulut rendre le lit au malade et s’emparer à son tour de la chaise, en affirmant qu’en l’établissant dans un angle, cela présenterait toutes les garanties de solidité désirable, et qu’elle ne tomberait pas. Mais Goubin savait trop ce que c'est qu’une longue nuit de décembre passée sur une chaise, pour songer à imposer un- pareil supplice à ce corps frêle et délicat, Enfin, d’un commun accord, on s’arrête au compromis suivant : Elle cachera dans le lit, et lui, tout habillé, dessus.

Heureusement la situation, désormais très-tendue, ne se pi’olongeâpas. La contrée reprit quelque

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