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comme il les poursuivait après leur défaite de Cholet. « J’ai sabré à Fourtoult, à Guécelard, à Arnage, écrit-il à Philippeaux ; j’ai sabré à Pont- Lieue. J’espère que, par mon sabre, je dinerai au Mans avant deux fois le lever du soleil. » Il disait vrai, et il arrivait le 12 devant cette ville, entraînant à sa suite Marceau, que le lendemain matin. Kléber vint appuyer.
C’était le soir. Marceau ordonne à Westermann de prendx’a position en avant de la ville pour attaquer le lendemain. « La meilleure position, répond Westermann malgré les menaces de Bouchotte, est dans la ville même. Profitons de la fortune, et en avant! » — « Tu joues gros jeu, brave homme! répond Marceau en lui serrant la main. N’importe, marche, je te suis. »
Westermann pousse son cheval en avant, et traverse la petite rivière de l’Huisne.
Cinq à six mille Bleus avaient en face d’eux soixante mille Vendéens qui, réveillés parle bruit du canon au milieu de l’ivresse inévitable qui suivait toutes leurs victoires (1), — car en dépit de leur retenue, il parait qu’on pillait au moins les caves, — - affaiblis d’ailleurs par la maladie et entravés par cette multitude de femmes, d'enfants, de vieillards et d’ecclésiastiques inutiles, ne purent disputer longtemps la victoire à une soldatesque, rendue furieuse par le souvenir des cruautés des
(1) De Beauchamp, t. II, p. 102. — Crétineau-Jolv, t. 1, p. 412.
brigands. La lutte avait commencé à la chute du jour, à quatre heures du soir, pour continuer sans désemparer jusqu’à deux heures du matin.
D’un commun accord, on prend alors quelques heures de repos. "Westermann, « dont l’inextinguible soif de sang' n’a jamais été apaisée (1), » Westermann était blessé et avait eu deux chevaux tués sous lui. Cependant, au point du jour, il donne le signal de recommencer l’attaque.
Ce fut sans contredit une des plus gffroyables boucheries dont l’histoire fasse mention; mais les représentants du peuple en outrèrent encore comme à plaisir les scènes horribles. Turreau, Prieur de ' la Marne et Bourbotte écrivirent dès le 13 à la Commission du Salut public un rapport rempli d’exagérations impossibles, ridicules, qui fut lu le 15 à la Convention. Afin sans doute de lui donner plbs de poids, Berthre de Bourniseaux l’attribué faussement aux généraux. Le représentant Garnier de Saintes écrit d’Alençon que « dans l’espace de quatorze lieues de chemin, il n’y avait pas une toise où il n’y eût un cadavre "étendu, « — ,et M. de Beauchamp, prenant au sérieux cette hyperbole, la répète en l’exagérant. Il récolte « quelques cadavres » sur chaque toise du terrain où Garnier n’en .avait semé qu’un (2). A la chute de Robespierre, quand, pour les besoins du -moment, on crut de bonne politique d’outrer les cruautés de 1793
(1) Crétiueau-Joly, p, 414.
(2) De Beaucli&mp, p. 106.
afin d’exploiter l’horreur qu’inspirait le pouvoir déchu, on se plut à tout voir couleur de sang, on ajouta encore à toutes ces exagérations extravagantes, et l’on sembla prendre plaisir à fournir par avance aux royalistes des armes contre la liberté. On peut croire qu'ils n’ont pas failli à cette tâche.
« Sous les yeux de Bourbotte’et de Prieur, heureux spectateurs de cette scène de barbarie, on viole avant d’égorger, on viole même aprèp la mort! »
Ainsi parle M. Crétineau-Joly, qui se plaît à flétrir toutes les victoires de la République, sans songer que les vainqueurs étaient encore des Français. Certes, la gloire à laquelle j’applaudis de toutes mes mains- ne fut jamais celle des combats. Mais enfin, si tant de sang français coula dans les rues du Mans, dans cette affreuse nuit du 12 décembre, à qui la faute, si ce n’est à ceux qui avaient attisé si patiemment la guerre civile? Avaient-ils donc révé que la liberté se laisserait étouffe? sans se défendre, et sâvaient-ils l’art de livrer des combats sans joncher de cadavres les champs do bataille?
Nous pouvons suivre les adversaires de la Révolution sur le terrain des détails et des épisodes, et, à côté du tableau de fantaisie de M. Crétineau- Joly, je dirai quels hommes furent ces vainqueurs du Mans qu’il nous montre savourant Te viol et buvant le sang à longs traits.
« On sauve le plus qu’on peut de ces malheu-
reuses créatures, écrit un habitant de Laval. Vivien, le juge, a pris chez lui deux petites orphelines dont l’une est sourde-muette, et qui étaient couvertes de boue et de sfing (1). »
« Il y eut beaucoup de femmes vendéennes et d’enfants sauvés, rapporte Renouard, l’un des historiens de la province. Tous les habitants du Mans furent ce qu’ils devaient être, sensibles et liumains... Trois à quatre mois après, toutes les femmes vendéennes renfermées à l’Oratoire furent mises en liberté (2). »
« Les soldats d’Aunis et d’Armagnac, auxquels était dû principalement le gain de la bataille, emmenèrent plusieurs Vendéennes de distinction. Sans se prévaloir du droit de conquête, sans même se permettre aucun propos indécent, presque tous respectèrent leurs captives, et en arrachèrent beaucoup à une mort certaine, au risque de périr euxmêmes victimes de leur humanité (3). «
Ble'ssé et mis hors de combat, Charles d’Auti- . champ trouva un asile dans la demeure de madame de Bellemare, chez laquelle était également, étendu sur un lit de douleur, le lieutenant Vidal, du 6 e hussards. D’après les conseils de sa libératrice, d’Autichamp se met à là merci de Vidal, qui l’envoie, avec un autre officier royaliste, Bernez, au
(1) Grille, t. III, p. 374.
(2) Renouard, Essais historiques sur le Maine, t. II, p. 110, 204, 441.
• (à) De Bcauclmmp, p. 107.