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LA VENDÉK
désespérée, sans cesse aux prises avec tous les besoins; le plus grand nombre, se répandant dans les fermes y cherchait dos vivres que souvent ils étaient forcés d’arracher l’épée à la main. Chassés comme des bétes fauves par les paysans, ils étaient livrés aux républicains (1). »
A Blain.'on songe à remplacer La Rochejaquerin ; Talmont rêvait d’être nommé généralissime. Il eut été juste que la Vendée fut châtiée et expiât son crime sous les ordres de celui qui avait été « le brillant promoteur (2) " de cette guerre odieuse, , de celui qui avait entraîné les paysans loin du Bocage pour les conduire vers ses É\ats de Latal, en liant leur cause avec la cause plus impure encore des bandits de là chouannerie. Mais, dans ce moment terrible, il fallait autre chose qu’un grand nom abritant une grande nullité, et Fleuriot fut élu. Blessé dans son orgueil, et, cette fois, combinant mieux ses’plans qu’il ne l'avait fait à Grandville, il disparut du camp royaliste, fuyant la mort du soldat pour rencontrer celle du criminel.
Quelques jours plus tard, il errait, déguisé en
paysan et accompagné de son cuisinier, dans le» environs de Laval et de Fougères. Il fut reconnu et livré par la fille de l’aubergiste de cette dernière ville, qui avait été outragée par lui lors du passage de l’armée vendéenne ùFougères. Conduit
(1) De 'Beauchamp, p. 111.
(2) Crétineau-Joly, p. 432/
» à Rennes, à Vitré, puis enfin à Laval, il fut exécuté devant l’entrée principale de sen château (1).
Cent cinquante royalistes désertèrent en même temps que Talmont, parmi lesquels la plupart de ce qui restait encore de chefs: Donissant, Descs- • sart, Pérault, Piron, Rostang, en compagnie do plusieurs dames échappées aux massacres du Mans (2).
Il semblait que Dieu eut mis^dans la main do l’infatigable Westermann l’épée exterminatrice, car dès que, s’asseyant sur leurs sabots, — ceux auxquels ce luxe était encore permis, — pour éviter la fange de la route, les révoltés s’arrêtaient un instant comme accablés sous le poids de la colère divine, il accourait faire retentir à leurs oreilles la parole fatale : Marche!... Marche!... Ils se levèrent pour fournir leur dernière étape, et arrivèrent à Savenaj', où ils s’arrêtèrent pour, mourir.
L’heure suprême est arrivée : victimes des passions coupables des nobles qui les ont abandonnés.
après' avoir - attisé ^dans ces âmes ignorantes et naïves le feu de la guerre civile, ils ne conservent pas même cette fois l’espoir de vaincre : il ne s’agit plus pour eux que de ne pas tomber sans vengeance et de ne. pas succomber sans gloire. Cette dernière consolation leur fut accordée; ils portèrent d’une main haute et ferme le drapeau fleurdelisé do saint Louis et de Philippe-Auguste, et ne le lais—
(1) Do Beauehamp, p. 124, 125.
(2) Ii., p. 111.
sèrent tomber que dans leur sang. Nous ne leur , refuserons donc pas cette gloire néfaste des batailles dont on, est si jaloux en France, et qui semble couvrir et amnistier tous les crimes.
C’était le 23 décembre. Une sombre journée d’hiver éclairait comme à regret la lutte fratricide r qui allait s’engager. Un vent d’ouest soufflant par violentes rafales apportait, avec le bruit sourd des mugissements de l’Océan , le son des cloches de Montoireet de Saint-Nazaire, qui semblaient jeter dans les airs le glas des funérailles. Derrière soi, la mer; à droite, la Loire, immense déjà comme l’Océan qui la refoule comme pour aller au devant des cadavres; à gauche, les marais infranchissables de Montoire; puis enfin, devant soi, Kléber, Marceau, Westermann, et les' glorieux débris de l’armée de Mayence, qui se préparent à venger leurs revers : de tous côtés, la mort! .
. La lutte s’engagea avec le jour, sans pitié ni merci de part et d'autre. « Point de quartier! » tel est dans les deux camps le cri unanime. Kléber, toujours calme et impassible, Kléber, dont la face de lion inspirait la terreur et la confiance à la. fois, Kléber ne songe qu’à modérer la fouguç de Turreau et de Prieur de la Marne, « qui, ont encore soif de sang (1), » de "Westermann et de Marceau. C’est lui aussi qui déposera devant la postérité de l’héroïsme des Vendéens :
(1) Crétineau-Joly, t. I, p. 433.
« Je les ai bien vus, bien examinés, écrit-il à Merlin de Thionville; j’ai même reconnu de mçs figures de Cholet et de Torfou, et, à leur mine et à leur contenance, je te jure qu’il ne leur manquait du soldat que l’habit. »
Un instant ses grenadiers reculent; les munitions sont épuisées: « Eh! leur crie-t-il, ne sommesnous pas convenus d’assommer les brigands à coups de crosse! « L’humanité a perdu tous ses droits, on tue ceux qui tombent blessés, on tue ceux qui livrent leurs armes en criant, mais trop tard : Vive la Nation!... Vive la République!... Les fuyards se jettent dans les marais de Montoire, mais les hussards de Westermann les y poursuivent, et noient ceux que leurs sabres ne peuvent atteindre.
Cette fois, on peut le dire, tout fut sabré, massacré, noyé, et, des centou deux cent mille Vendéens qui avaient franchi la Loire à Saint-Florent, le 17 octobre, trois ou quatre mille à peine revirent le Bocage (1). Le lendemain, 24 décembre, Kléber et Marceau firent leur entrée triomphalé à Nantes,
au milieu des cris enthousiastes d’une population
ivre de joie de se voir délivrée enfin de la menace constante que la Vendée rebelle tenait suspendue sur sa tête.
Entre ces deux terribles coups de massue du Mans et de Savenay (12-23 décembre) sous lesquels un général de vingt-quatre ans abattait la Grande-
(1) De Beauçbamp, t. II, p. 120.
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Vendée aux pieds de la République française, un autre général du même âge, Hoche, chassait les Anglais de Dunkerque et les Prussiens de l’Alsace. Un commandant, d’artillerie de vingt-trois ans, Bonaparte, arrachait aux Anglais (18 décembre) Toulon, que la trahison des royalistes leur avait livré.
Dans cette gigantesque année 1793, la Convention avait eu contre elle, à l’extérieur, l’Europe tout entière, à l’intérieur, une guerre civile formidable, sans exemple dans l’histoire des peuples. Elle avait triomphé de l’Europe tout entière, ainsi que de la guerre civile.
Ceux qui lui reprochent les moyens terribles qui, 'seuls, lui permirent de sauver la Révolution en accomplissant ces prodigieux résultats, ne tiennent pas assez compte des armes avec lesquelles elle fut attaquée, ni de l’extrémité où elle était réduite. Elle opposa l’épée de ses jeunes capitaines à l’épée de l’étranger, et la hache du bourreau au poignard royaliste.
J’ai raconté les principaux événements de l'insurrection vendéenne en 93, c’est-à-dire pendànt la période la plus courte de cette guerre impie, qui se prolongea jusqu'en 1796, jusqu’à la mort de Stof- Get et de Charette. Ce premier acte d’un dramo effroyable doit suffire pour inspirer à tous les partis l’horreur de ces luttes fratricides. Plus de six cent mille Vendéens y perdirent la vie (1), mais non
• (1) Do Beauchamp, t. IV, p . 581.
sans avoir massacré un nombre peut-être égal de patriotes (1). Je ne parle pas des désastres matériels, des villes prises et reprises, des villages détruits , des fermes incendiées , des richesses anéanties. . •
Voilà ce que coûtent les guerres civiles. Et pour quel résultat? Si cette dernière jacquerie, que ceux pour lesquels on couvrait la France de tant de désastres devaient payer de « la plus incompréhensible des in gratitudes (2}», eût atteint le but qu’elle poursuivait, le dix-huitième siècle eût été comme non avenu, et la France reculait jusqu’au règne de Louis XIV. Encore eût-on regretté, dans les rangs des admirateurs aveugles d’un passé qui ne doit plus renaître, de ne pouvoir rétrograder jusqu’au treiziéme siècle.
Ont-ils donc oublié l’arrêt souverain de Chateaubriand contre « ces navigateurs en amont, toujours submergés dans leur lutte insensée »?
(1) Billard do Veaux, p. 179.
(2) « Les éternelles hésitations, les ordres contraires, le décousu dans les mesures, les fausses appréciations, les rêves impossibles, les lenteurs calculées, les calomnies acceptées contre leurs plu* loyaux défenseurs, les promesses décevantes, aboutissant sur le trône à la plus incompréhensible dès ingratitudes, tout cela était sous mes yeux, tout cela se traduisait en faits inattaquables. » Crétineau-Joly, t. I, p. 35.