ANGIBAULT
Lbttib du Procuieur de la commune de Landevieille aux admiiiistrftUHin du dUtricI des SaUes.
SUBSISTimCES LE PAIN OU LA MORT !
« LandevieiUe, 47 mat 17i»3, l'an ii de la République,
« Citoyens administrateurs,
« Sic vos, non vobis, fcrtis aratra boves.
a Tel sera le sort des habitants de cette commune « si votre commissaire pour le blé y remplit ses proajets.
« Nous avons fait la visite de notre commune pour «c constater la quantité de blé qui y existe. Voici le
« résultat :
a Par les recherches les plus scrupuleuses, le nomci bre des boisseaux (mesure de Saint-Giles) de blé
« et iarine est de 516.
« Nous avons 316 habitants.
«Huit maisons ont des provisions au-dessus de a leurs besoins. Dans ce nombre est couipris le gre~
« nier du citoyen Birotoau UeSaiQtrJulieû^ qui a près « de 80 boisseaux.
« Dix-sept maisons u out de blé qu*au- dessous de « leurs besoins.
« Dix«6ept maisons n'en ont pas du tout.
« Six maisons ont leur provision juste.
« La commune n*a point d*orge.
« Nous avons deux mois pour attendre la récolte.
« Je donne unboisseau par moisàcliaque personne, « et ce D*est pas trop pour des traTailleurs; ce ne « serait pas assez s*il n'y avait les enfants.
a Pour deux mois et 31 6 habitants^ il faudrait donc a 632 boisseaux de blé , et il n'y en a que 516. Si le « citoyen Biroteau enlève le sien, il n'y en aura plus a que 436.
« La commune ne peut donc nullement en fournir
« aux autres.
« Elle ne peut même se suffire : il me semble que u c'est clair*
« Cependant, votre commissaire en a fait enlever « 26 boisseaux, méteil^ qui nous auraient été néces- « saires-et qu*il eût mieux valu conserver pour nos
« pauvres.
« Il en a arrêté 160 boisseaux dans une maison et « se dispose à les enlever; c'est à peu prés tout ce
« qu'elle a, et c'est la principale ressource de lacom- « mune.
ff II en a réquisitionné 1 6 boisseaux dans une autre,
« 10 dans une autre.
« Vous Jugerez facilementquesicesmesuress'exé-
€ cutent , les maisons à qui on prendra leur blé en
« manqueront tout de suite.
« Ceiles qui n'en ont pas du tout ou pas assez ue <c pourront plus en aller chercher là.
«Tout le monde sera à court. SouiTrifa-t-ou « cette famiae causée par d'imprudents enlève- « mentst »
«Répondes, citoyens adininistralours: croyez- vous «qu'on le souffre t
« Pour moi, je ne le crois pas.
a Je suis si persuadé que la population ne se lais- « sera pas enlever sa nourriture indispensable» que «j'ai suspendu le départ du blé marqué pai^ votre « conmiissaire.
« J'ai agi avec lui comme je m'explique avec « vous , au nom de la commune , <f est«»àHlire avec
Cl loyauté.
« L'article des subsistaoces est grave , surtout « aujourd'hui où les esprits sont échauffés.
« Si la liberté doit être quelque part, c'est ici sans « doute; c'est dans le blé qu'on a, qu'on récolte, qu'on « garde pour safiimilie»ou qu'on vend quand on en a « trop.
« Nous n'en avons pas, c'est évident, ie m'adresse « à vous, magistrats snpénears. J'ai instruit la cause « et j'attends avec conilance votre arrêt.
« GousenreroQs-nous la Mé dont nous se pouvons « nous passer? Oui , j'oiB affirmer déjà que votre « réponse sera iiavorable.
« Le feriez- vous enlever malgré mes observatioos?
« Oh! alors , citoyeDs administrateurs, je oe répon- K (Irais plus de la tranquillité.
c Moi et les notables dont je suis Torgane, nous tt comptons sur votre sagesse.
« MAIRAND. «
« P. S. Je VOUS al dit et je vous répète que nous « n'avons pas d'ofBcier public. Il y a des naissances à a enrep^istrer et lus notables ne savent pas én ire. » Eu marge de cette lettre est la décision suivante : « Comme l'administration du district a pris des <t mesures générales daus lesquelles les subordonnés « ne doivent pas s'immiscer, et que tous ceux qui c refusent d'obéir aux ordres des commissaires y sont « contraints miiUairement, il s ensuit que Ton devra « user de cette voie envers la municipalité de I^de- « vieille si elle persiste dans son refus.
« Aux SableSf le 1^ mai 1793, l'an n de Ui liépuOltque française. »
Dans plus de cent communes , de pareilles scènes
avaient lieu. Eu voici une qui, loin de se montrer rebelle, faisait des offres.
Lettre du Maire de Croix-de-Vic aux citoyens officiers municipaux des SaUes.
« Le 23 mai 4793, Can u de la République.
c Citoyens ,
€ J ai ouï dire que vous craigniez de manquer de « Tobjet le plus utile à la subsistance de 1 bomme, « tel que les grains. Je m^empresse à vous faire part^
«en conséquence de votre inquiétude, que d'après aies recherches que j'ai lait iiaire, quoique malade r sur mon lit, je puis vous procurer non du froment,
a mais bien de à 30 tonneaux gaboreaux. Si cet
« objet de subsistance vous convient» je vous prie de «i me le marquer de suite, afin que je rende compte « aux personnes qui me l'ont offert.
« Je suis avec une sincère Iraleruité votre concitoyen ^
« IN60ULT, maire. »
On lit à ia marge : c« Accepté. — Prix conveuu et a payé. »
LBfTMi de CANCLAUX aui admiiiistraieQn de b Loire-Inlérieure.
• Portm, H mai 1793. an ii républicain.
« J*ai couru et ne vous ai pas écrit. Je bats le pays « et la côte et n'ai que peu de temps pour vous donner u des nouvelles.
« La quinzaine n'a pas été mauvaise dans les corps « que je commande.
(c La ville de Saint-Père en Retz a été attaquée par € les rebelles le 12 mai. Dés que j'en fus informé je w volai à sou secours , uiandaut aux généraux Cous-
tardetBeysser de me suivre. J'étais à Saint- Jeanc de-Boiseau; malgré ma diligence, je suis arrivé (• qudud tout était Qui. La garnison a suffi pour se c< débarrasser de l'ennemi^ quoiqu'il n'eût pas moins < de trois à quatre mille hommes. Il va comme le « vent ; on le croit ici, il est là. L'affaire cette fois « a été chaude ; on s'est pris corps à corps. Camerer^ « capitaine au 77* régiment de ligne, a contribué puisc samment au succès de la défense ; il ne faut qu'un « homme pour sauver une position. Du reste, ofB-
« ciers, soldats, gardes naliouales ont rivalisé de cou- « rage.
« Le 13 on s*est rafraîchi. Le 14, j'ai Jaiicé Beys-
< ser sur les rebelles. Il avait délivré Noirmoutiers, « et je Tai envoyé sur MachecouL II y serait déjà o sans Tatiaque de Saint-Père. Il faut parer à tout. « J'ai vu Goupiileau, nous uous sommes eotendus « sur les points principaux. J*atun plan générai qui, « exécuté de point en point partons les généraux, « aoièiiera des résultats importants.
« Hier également» 14 mai, radjudant-général « Levai a trouvé et battu les Brigands àBuzay.
(K Les colouues ue se sont pas arrêtées depuis dix « jours; elles ont une noUe ardeur, et Tair vibre aux « cris de Vive la République ! »
Plus au sud, les rebelles, dès le 13, s'étaiexU jetés sur la Chàtaigneraye, au nombre dedix mille, en trois colonnes, venant de Partbenay, de Mouilleron, de Bressuire. 11 était neuf heures du matin quand ils parurent. Le combat dura deux heures. Le général Chalbos, qui s'étailavancé de Fontenay, n'avait avec lui que deux mille hommes. L'ennemi voulait le cerner et lui couper b retraite. Il se replia lentement et se posta daus la plaine de la Pissotte ^ Là il établit son camp pour La nuit. Trois cents hommes de la garde nationale de Fontenay le joignirent le 14.
' Entrés à la Cliàiaigneraye, les chefs de l'année claéiieiiue défendirent le pillage, sous peine de mort L'ordre placardé sur les murs deU viUe était sigué : d'Elbée, général de la grande armée; t^scure, Larocliejaqiielein, Des Essars, de Boncbamp.
II avait six pièces de canoo et ne bougea plus.
Le 15, arrive le général Sandos, avec trois mille hommes d'infanterie, cent hommes à cheval et du canon.
Le 16, grande bataille. Ce sont les Brigands qui attaquent; et toujours ainsi» ce sont eux qui, se voyant lesplos nombreux, prennent l'offisnsite.
Lescure, Larochejaquelein , d*Ëlbée, tout glorieox de la prise de Thouars et du succès de la Chàtaigneraye, sont à la tète des rebelles.
Lescure a ce jour-là le commandement général. N est grave, austère, inspiré* Il marche Tépée dans le fourreau, en tèle des colonnes. Il ordonne le combat et ne combat que de Toeil. 11 dit : Allez ici, allez tàf et Ton y court, quand ce serait à une mort sûre.
Le choc est ce qu'on devait attendre sous un tel guide. Notre armée tient bon. Des efforts inouïs sont faits par les rebelles ; mais k la nuit ils perdent le champ de bataille et y laissent dix canons de 4 et, de 8, quinze de plus petit calibre, des voitures de munitions et de vivres, six cents morts; ils ont douze cents blessés.
La bataille s*est donnée en vue de Fontenay . IjCS administrateurs du département sont restés à
leur poste, mais les femmes et les enfants sont partis pour Niort et La Rochelle.
Nos troupes commandées en chef par Chalbos avaient à la droite pour chef Dufour, au centre Sandos, à la gauche Dayat,
Chacun a fait sou devoir.
Ghalbos était partout. Il a chargé rennemi avec
sou chef d'état-major Nouvyon, qui a eu son cheval tué. L'adjoint Faucher a été blessé d'un coup de poignard.
C'est une affaire brillante qui sonne dansles feuilles publiques* Chaibos est fait général de division. Il s'avance jusqu'à la Chàtaigneraye; mais il reconnaît bicutôtqu'il iiu jH'iit tenir là etqu'ilfauL qu'ilrcvienne à Fontenay prendre position.
Si rennemi s'est retiré, il n'en est pas moins très en force à Chantonnay, à Saiiit-Fulgent, à la Rochesur- Yon^ au pont Charron. 11 fait dire des messes, et menace encore plus qu'il ne tremble.
Le Vendéen est battu, non vaincu. Le prêtre le tient, réchauffe, l'exalte. Il croitàDieu, à la Vierge, aux Saints, et nous avons dans chaque homme deux vies à couibattie, deux iJiuiides : celui-ci et l'autre !