TOME 1. H
Digiii^ca by Cooglc
« généraux Couslaid, Berthior, Sureau , Barbazan, « plusieurs chefs de brigade et autres officiers, se tiot « le 1 1 . On fit le recensement de toutes les forces que € l'on pouvait ûp])user à rennemi. Le résultat de cet « examen fut qu'il n'y avaitàAngers qu'un bataillon V d^environ huit cents gardes nationales de la ville et '< de trois cents hommes des gardes nationales des « difiTérents cantons et districts occupés par les révola tés, avec plusieurs divisions de différents bataillons a des nouvelles levées de Paris; qu'en faisant replier « à Angers les deux bataillons du Calvados et des <« chasseurs du Nord, avec un bataillon de nouvelles a recrues qui luniiaient la garnison desPonts-de-Cé, « Angers ne pouvait opposer à ses ennemis que qua- € tre à cinq mille hommes environ , parmi lesquels « encore il s'en trouvait une partie qui, comme les « bataillons de nouvelles levées de Paris , ne vou- « latent pas se battre, et contribuaient par leur con- « duite et leurs propos h désorganiser tous les autres « bataillons et excitaient à la désertion.
1 La ville d'Angers» étant d'une étendue très^consi* (« dérable et presque sans fortifications et sans canons, « ne pouvait se défendre qu'avec des forces impo- (t santés et au moins doubles de celles qui se trou- <c valent actuellement dans ses uiuis. Le conseil de « guerre tenu le 11 en présence des trois corps admi- « ntstratifs déclara que la place n'était pas tenable,
a parce que les forceb (|u\»n avait ;l opposer à l'ennemi « étaient trop in^ufiOsantes pour espérer de pouvoir s résister kuneattaque faiteavec desforces biensupé-
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« rieures; quece qui étaitarrivé à Doué, où huit mille
e hommes avaient été mis en déroute et forcés de se « replier sur Saumur, et la prise de cette dernière « ville, quoique bien fortifiée» plus aisée à défendre « et renfermant une garnison nombreuse, le prouvait « d'une manière évidente ; que les généraux Duhoux « et MenoUy dont les opérations devaient nécessaire- « ment être concertées avec le comité centra) àTours, « étaient si convaincus de Fimpossibilité de tenir à « Angers, qu'ils avaient ordonné, le 10, au directeur « de l'Arsenal de foire sortir de la ville toutes les muni** « tious de guerre ^ et le 11 ils marquèreutànps géc néraux que la ville d'Angers ne pouvait être dé- <c fendue.
€ En couséquence, il fut arrêté que Ton lerait « retraite en prenant toutes les précautions possibles « pour sauver les papiers de Fadministiation , les
* Lettbe au commissaire DROUETf inspecteur général des
atu»am ^Angers et de Saumur.
10 juin 17», ao II.
< H esl ordonné au cominnsAÎre Drouet de faire évacuer (l*Angers
< toutes les inanitions de guerre et d*arliUerie pour les faires refluer « sur ies points indiqués par les g^értux ou commandants.
« J. HENOU. >
tcniB écrite fior DUHOUX et MEmXJ aux ^énérauaBtT Angers
et des emirons,
Toun, le 10 jnm 1793.
• Angers ne peut pas être défendu : il faut donc pour ce moment
< rabandonnerà renneraî; mais lorsque nons aurons réuni notre ar- « mée» nous reprendrons toutes ces villes et poursuifroos les Brigands « partout od ils se porteront. C*est le seul moyen de sauver la chose 4 publique. »
« caisses publiques y le peu de provisions de bouche
« qui restait , les munitions de guerre , les armes , « rartiliene et tous les objets d'équipement , mais « que celte retraite ne s'effectuerait que lorsque Fen- •t nemî aurait paru avec des forces supérieures. Ce « parti une fois pris, on s'occupa des moyens d'exé- « cution et Ton arrêta : V que les bataillons de Paris « et de nouvelles recrues formeraient Tavant-garde « et sortiraient de la ville avec des détachements de « cavalerie pour protéger tout le convoi; qu'ils res- « teraient à une demi-lieue de la ville pouryatten- < dre rissue du combat si on jugeait possible ou à c propos d'en engager un y et ponrfavoriser et appuyer « la retraite du reste de Tarmée; que cette division K serait commandée par le général Sureau, puisque « le général Goustard, à qui appartenait le comman- « dément de droit, n'en voulait accepter aucun, pour a des raisons malheureusement trop bonnes qu'il «t donna au conseil*, et que Barbazan» quoique soUi- « cité par le conseil général, qui doutait de la capacité « de Sureau, eût également refusé de s'en charger ;
c 2^ Que Gauvilliers commanderait Tarrière-garde c composée de la garde nationale d'Angers, des
* Le cinquième bataîlloa de Paris, placé à la batte de Bounutnd, qtt*n anit voulu faire marcher sur Saumur, lors de l'attaque» pour en ebasser rennemi, non-seulement eut la lâcheté de désobéir à Tordre qa*il loi avait donné, mais il lui Uni encore la baïonnette sur la poitrine pendant plus d'un quart-d*heure. et le menaça de le mettre à Tembouchure du canon. Ce même bataillon et quelques divisions des autres bataillons de Paris, qui faisaient h plus grande parUo de la première avant-garde sortie dWngers et co!ii[ii:(iidée par Sureau, ontcommis dans leur fuite des vexations et des horreurs de toute espèce.
« bataillons du Calvados el des chasseurs du Nord, « du 19' régiment de dragons et d'un détachemeot «du 16*;
« 3' Que sitôt que rennemi paraîtrait, Bartmzan, c commandant la division stationnée sur la rive € droite de la Loire, serait averti , soit pourmar- € cher sur Angers, soit pour effectuer sa retraite, s*il c était nécessaire, sur les points indiqués;
c 4* Que dans le cas où l'on serait en obligation de c se retirer, on se replierait sur Laval par le Lion et c( Cbàteau-Gontier, la route de La Flèche devant < être coupée par Tennemi, et celle de Nantes étant a peu sûre, celte ville se trouvant cernée et menacée c par de nombreux ennemis.
c Toutes ces dispositions arrêtées, les corps admi- € nistratifs eurent ordre de faire emballer leurs c papiers et tous les objets précieux appartenant à la c République; le directeur de Tarsenal, de faire « charger le plus promptement qu'il pourrait les « munitions de guerre de toute espèce, et le payeur- « général et le receveur de district, d'encaisser lepro- « duit de leurs recettes et les fonds déposés entre « leurs mains; et le préposé aux subsistances militaires, c de faire partir tout le pain qu'il avait dans ses « magasins. Le mardi , Tavant-garde se mit en mar- « cbe et le convoi déiila ; mais celte avant^arde qui « ne devait pas s'éloigner d'une demi-lieue de la ville, « cette avant-garde qui devait attendre que Fennemi a parût en force supérieure pour continuer sa roule , «( cette avantrgarde qui devait protéger et favoriser
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« la sortie du cunvoi et la retraite de l'armée en cas « d'évéoement malheureux, cette avaut-garde, au « lieu de s'arrêter suivant l'ordre qu'elle en avait «reçu, coDtiDua de marcher sur le Lion et Laval, € sans chef et dans le plus grand désordre; et Sureau « qui devait au moins être à sa tête, et veiller à ce € que cette troupe ne commît aucun pillage, aucune « vexation eu se débandant^ Sureau resta dans les
< environs d'Angers : il s'est présenté ensuite trop «tard. Il fit de vains efforts pour ralentir la marche ce et rallier les troupes. Le désordre était à son com- « ble, il ne fut point écouté. On le menaça» il se vit « obligé de se retirer, et la troupe continua de fuîr^. « Cette faute impardonnable dans un coraman- « dant eut des suites funestes qui accélérèrent Téva- « cnation d'Angers. Les deux bataillons qui devaient € former l'arrière - garde , apprenant en même c temps la marche désordonnée de l'avant-garde et
< la nouvelle de l'arrivée de l'ennemi par les Ponts- « de-Cé et par Saint-Mathurin, conçurent des inquié- « tudes. Ils se regardèrent comme trop exposés si « l'ennemi venait les attaquer; leur retraite leur « parut d'une très-diffîcile exécution. Le lendemain
* Plusieurs inuoicipalités se sont plainl de n^avoir pas élé prévenues » mais quaod elles eoosidéreroiit que le départeioeDl n*aTait, roemie connaiflsanoe de celle marche; que d*aprës Tordre donné let troupes ne devaient pas s'éloigner déplus d'une demi4ieue de la ^Ue ; qu'elles avaient déjii passé le Lion avant qu'il eût pu en être averti ; que sitôi qu'il le sut il envoya des commissaires qui, malgré la célérité de leur marche, arrivèrent encore trop tard, elles seront promptement convaincues qu'il ne mérite aucun reproche.
€ mercredi, les inquiétudes augmentèrent. Gauvil- 4 liers et tous les ofiQciers commandants vinrent au c département pour faire part de ce qui se passait. € Ils représentèrent qu'il était indispensable et très- « urgent de faire partir les deux bataillons si ou vou- € lait empêcher la désorganisation totale , que la € désertion déjà trës^grande allait devenir générale. € On se détermina donc, sur la demande du commanc dautGauvillierSy à faire,pas$er de l'autre côtédela c ville ces deux bataillons pour former l'avant- « garde (la première ayant pns la fuite), avec injonc-
< tion de rester auprès de la ville avec les priBonuiers € qu'on leur avait confiés, jusqu'à ce que l'ordre « de Im retraite fût donné, (^es deux bataillons € une lois hors de la ville suivirent le mauvais exemc pie qu'avait donné la première avant-garde et s'en- € fuirent avec la plus grande célérité par delà le « Lion. Le soir, le chef de brigade commandant c le 19* régiment de dragons et les officiers de ce
«corps et dos autres détacbenKîiits de eavalerie , « informés de la marche des deux bataillons, vinrent
< déclarer que leurs soldats leur avaient annoncé « que si on ne les faisait pas partir, ils étaient décic dés à se retirer à Tours par La Flèche, parce qu'ils <« ne voulaient pas se laisser envelopper ; que leur « retraite, en traversant la ville en présence de l'en- « Demi, était impraticable par des rues étroites et t qu'il était très-aisé d'obstruer, l'infanterie sur « laquelle on comptait ne pouvant la favoriser. I^es 4 conseils généraux des trois corps admitiistrullfs,
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c après avoir entendu ces rapports, l'avis du com- € maudanirgéDéral et les conclusions du procureur- € général syndic; considérant , d'ailleurs, que les € malveillants de la ville commençaient à y exciter de c la fermentation; que des députations d'habitants € étaient déjà venues proposer de capituler avec les
« insurgés, ant^la ail heures du soir que le lenc demain matin la retraite s effectuerait; que le c général Barbazan en serait instruit tout de suite « par un cavalier d'ordonnance, et que l'on se hàt(3-
< rait de faire sortir de la ville le reste des munitions c de guerre et des autres effets appartenant à la € République.
< Le jeudi , 13 , à six heures du matin, la retraite € s'effectua dans le meilleur ordre. Les trois corps € administratifs et tous les bons citoyens qui sen- € taient le prix de la liberté se joignirent à Tarrière- € garde et quittèrent à regret une ville dans laquelle «( il n*y avait plus de sûreté pour eux. La division de « Barbazan vint rejoindre au Lion; et toutes les c troupes 9 au lieu d'aller à Laval comme on en avait c d'abord eu le projet, prirent la route de La Flèche « et du Mans, pour aller plus promptement se réunir c à l'armée de Biron.
« Tels sont, frères et amis, les faits dans la plus
< exacte vérité. A présent, jugez-nous.
« B. L. DIEUSIB, président du département.
« BOULLBTt procureur général, syndic.
« 9ABB0T, secréuire général. >
La municipalité d'Angers et beaucoup des meilleurs et principaux citoyens n'était ut pas d'avis de révacuaiion. La garde natiooaleprotestaitbaulemcnt contre un excès de prudence qu'elle nommait une lâcheté.
On n'avait cédé qu'après de longs débats , et il n'avait pas fallu moins de deux ou trois injonctions directes de la part des autorités supérieures pour détermiDer ces braves gens à prendre la route du Lion sans brûler une amorce.
Mon père et plusieurs de ses amis : Fillon-Belnoê, Fouqueteau , Monsallier, Bayon, Chailluu, Dalivou, Maslin^. étaient de cette opposition. Ils ne suivirent pas le gros de l'armée; ils prirent, le 13 juin au soir, par les chemins de traverse et gagnèrent Morannes parBriolai, Thiercéi les moulins dlvrée, le Pôrage. Ils couchèrent aux Loges, chez H. Fillon Dupin, qui avait été administrateur du département en 90-91 , et qui les accompagna le lendemain jusqu'à Sablé. Ils atteignirent ainsi Le Mans à pied, expliquant dans les lieux où ils passaient l'état des alla ires , et, malgré de si grands maux, ne désespérantpointdusalutdela République.
J'avais reconduit mon père à son départ d'Angers
jusqu'au Pâtis de Beuzon (une demi-lieue de la ville), et je fus bien désolé qu'il ne me permit pas d'aller plus loin. Il avait des paquets d^assignals cousus dans le
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fond de ses poches. Il m'embrassa el je revins trouver
ma mère, qui était, comme ou pense, daus des trauses mortelles.
Du 13 au 18, la ville resta sans gardes, sans police, et pourtant il n*y eut aucun désordre. L'attente d'un grand événement fait que tout le monde pense à sa sûreté. Les voleurs se taisent, l'assassin suspend ses coups. Tout ce qui a peur est probe.
Le 18, à neuf heures du matin, arriva Tavantgarde des Brigands ; elle se mit en bataille sur la place des Halles. Tétais là, je voyais tout. La ville était morne, lesboutiques étaient fermées ; les femmes n'osaient sortir ; lesvieillardset les invalides qui étaient restés ne se montraient pas.
Dans le cours de la journée, toutes les bandes vendéennes, successivement, parurent; toutes ne demeurèrent pas dans la ville ; il y en eut qui furent dépêchées le long de la Loire, et d'autres sur les routes de La Flèche, de Laval, de Nantes, pour contenir les campdgues ou pour y recruter.
Peu à peu les royalistes de la ville s'enhardirent, les nobles se montrèrent ; leurs dames , parcourant tous les quartiers en deçà et au delàdes ponts, haranguèrent les ouvriers qui étaient groupés au coin des rneSf et en déterminèrent quelques-uns à se laisser metlie à leur chapeau la cocarde royale et catholique.
Ainsi bariolés de noir et de blanc, ces braves gens,
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quoique en petit oombre, se vinrent mêler aux Brigands S ^tpais d'autres surgirent, et puis les délations éclatèrent , et enfin la persécution commença contre les patriotes.
Un comité provisoire fut formé; M. deRuillé, après bien de rhésitation, consentit à se mettre k sa téte.
11 s'efforça aussitôt de régler toutes choses d*après des principes de justice et de loyauté; mais il était malaisé d'obtenir de la modération d'hommes exaltés qui avaient été comprimés par la République et qui trouvaient une si bonne occasion de prendre leur revanche. Ils ne s'en firent pas faute*
Ou logea chez les plus chauds patriotes ceux des rebelles qu'on crut qui les traiteraient avec plus de rigueur. Nous eûmes chez nous quatre Brigands qui débutèrent par des menaces, mais qui se calmèrent
vite* Ma mère les connaissait; ils étaient de la Poitevinière, de Montrevault, de Hontélimart : c'étaient des
marchands colporteurs, jeuues, braves, elil y en avait deux de blessés. Ma mère les lit soigner; elle était très-pieuse , elle leur parlist un langage de paîx ; ils étaient doux au fond, houaêtes, mais (iinatiques, et ne doutant ni de la bonté de leur cause y ni de leur succès.
Un désarmement général était ordonné; manière regrettait bien de livrer un beau couteau de chasse et plusieurs fusils que nous avions; mats mon grand-
* II } availeu même dos hommes do b Doulre qui élaieat allés, mais pluitil par curiosité que par afleclion, au-deTant de» rebelles h «ne deiiiMîe«e d« la ville.
père ne voulut rien garder: il donna tout, même une petite épée qui était à moi et que je cachais en vain. Tout y passa : pistolets de poche , cannes à lance ,
piques. Nos Brigands s'en firent des trophées, etjefus iudigné d'un de nos voisins, maître Poulain , à qui nous ne faisions que du bien, mais qui, passementier qu'il était, se mit tout k coup à cacher sa pacotille ti'icolore, à faire le royaliste pour vendre aux chefs des plumets et aux paysans des pompons blancs.
Disuus LouL de suite que plus tard, quand les Brigands ne furent plus là, ce malheureux fut à son tour dénoncé par des voisins aussi, qu'on le fit sauter par la fenêtre d'un premier étage , et qu"d allait périr si nous ne l'avions sauvé, caché et fait passer pour fou. Mon père, qui était chargé de la direction (gratuite) des hôpitaux, lui fit donner des douchesarilùtcl-Dieu et le tira ainsi de la guillotine.
G TIII
M. Legoux, maréchal de camp, reprit son cordon rouge; les chevaliers de Saint-Louis exhibèrent leurs croix. Des cocardes blanches se virent au chapeau de jeunes bourgeois et marchands qui se voulaient faire bien venir des nobles. Le prince de ïalmout, arrêté à Laval , avait été amené à Angers par les gendarmes. Il était au château , et fut élargi par son geôlier dès que fut aperçu le premier plumet des Brigands. 11 se jeta dans les bras de Fleuriot et de d'Autichamp, et tout de suite Forestier résigna entre ses mains le commandement en chef de lacravalerie, ne voulant
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absolument conserver que la seconde place dans Tanne*.
Pavie, imprimeur, qui avait été arrêté parraiicien régime pour des démêlés avec la police des rois« et qui depuis la révolution s'était d'abord montré en* thûiisiaste des principes nouYcaux, tourna bride quand le département lui eut laitdes querelles dont la cause encore aujourd'hui n'est pas bien claire^.
Il imprima et fit afficher ù Aiiu;crs la piuclauiatioa ♦ * suivante, adressée aux habitants de la ville par les chefs de l'armée d'Anjou.