‹ La Vendée en 1793 (volume 2)Chapitre 35 sur 57 · D'ELBÉE. STOFFLET · texte numérisé non relu

D'ELBÉE. STOFFLET

Chev. D' AUTICHAM P. DE H ARGUES.

Chev. DE FLEURIOT. DE FESQUE.

DE BOISY. Chev. DE FESQUE.

1 Blordier dit que ce fut k Saumor que Tilmont entra dans lei Brigands , mais il se trompe.

* Pavie a laissé un fils très-insiruit, et qui lui-même a en des en*

fants très-honorahlos, très -lia biles. Tous ont publié des Ottvrages d*un vrai méritei et qui ont fait grand honneur à T Anjou.

93S — ex

Nos quatre Brigands disaient le soir la prière avec ma mère et les domestiques.

L'armée royale assista k un TeDeum qui fut chanté à la cathédrale par l'évêque d'Agra, les prêtres vendéens, et nos prêtres insermentés ^ dont il sortit de terre des douzaines.

Uabbé Bernier prêcha à Saint-Laud, son ancienne paroisse. Cette paroisse s'étendait à une lieue entre Loire et Maine. Toutes les femmes accoururent, même les hommes, empressés qu'ils étaient de savoir ce qu'il allait dire. Il prit un singulier texte. Il prêcha «ur la vente des biens d'église et prouva à sa mode, chaleureusement, qu elle était fatale aux peuples.

€ On a dit bien haut, s'écria-t-il, que le clei^é € avait le tiers des biens du royaume, et je veux ie « répéter plus haut encore : oui le clergé possédait le « tiers et plus du tiers des biens; mais qu'en faisait- « il? des charités.

« Il recevait d'une main pour donner de l'autre.

« 11 prenait aux riches pour rendre aux pauvres.

V n faisait le siphon bienfaisant qui répand les « eaux, les met en équilibre et féconde toutes les c parties du sol et de la nature sous l'œil de Dieu. . c Le clergé, c'est raumAne.

« Ses biens étaient ceux des peuples.

« Tout ce que nous avions allait à qui? à ceux qui <t souffraient f

€ On a vendu nos biens, c'est-à-dire, qu'on a « vendu les biens des pauvres ; et qui les a achetés?

Digiii^ca by Cooglc

« des marchaudsy des coquins, des impies, qui les font c profiter, à qui? à leurs familles seules, familles

« ëti oites, privilégiées, avides, qui gardent tout pour « elles.

c Allez à leur porte, et que reeevez-vous dans vos

€ besoins? rinjui'c et Tiruiiie.

« Tandis que chez nous et à notre porte, ou plutôt « dans notre sein et dans nos bras, tous receviez le

« pain de vie et de consolation.

« Nos familles étaient les pauvres, les inquiets, les « orphelins^ les veuves, nous n'en avions pas d'autres, a Nous étions vos pères, vous étiez nos frères, nous « partagions avec vous, que dis-je? nous vous donc nions tout, nous ne demandions que pour vous, 6 « pauvres gens, aujourd'hui si abandonnés et si ruisé- « rablesl nous étions les serviteurs des serviteurs, les € soutiens des humbles et les dispensateurs de la « manne céleste.

« Que sommes nous à présent? pauvres comme <t vous et comme vous à Taumône.

« Qu'y gagnez-vous? que n'y perdez-vous pas? où « sont les riches? que fontrils de leurs biens?

« Âhl mes frères, en nous dépouillant, on vous a « dépouillés; et qui a-t-on revêtu de vos dépouilles, a revêtu de vos habits ? qui a-t-on tait jouir du fruit « de vos sueurs? On a comblé de biens et de faveurs € des insensibles qui ne vous donneront pas, ceux-là, « un coin de leur manteau 1 on a chargé les tables * « des insatiables qui ne vous laisseraient pas même « ramasser les miettes !

«Voilà les mesures, voilà les effets, voilà cette

« révolution abominable et spoliatrice, que nous comc battûos moins encore dans la pensée de la royauté

< que dans la pensée des pauvres, dans Timmuable

< intérêt de la justice distributive et sainte I »

Il s épancha de ce ton pendant deux heures :

«I Toutes les ventes seront annulées, tous les biens « seront repris aux acquéreurs; les pauvres, les pré- « très, les vrais propriétaires rentreront dans leurs « possessions, et tout ce qu'a fait Tennemi de Dieu « sera renversé ! »

Des généralités il vint aux particularités; il parla de sa cure, des dons incessants qu'il faisait, des malades quMl visitait, des plaies qu* il fermait, des secours spirituels et temporels qu'il semait en abondance, et finit par s'attendrir jusqu'aux larmes sur uneabseuce cruelle, forcée, odieuse, qui l'avait privé des pures jouissances : celles de conduire à Dieu les âmes de tant de fidèles !

c Car j'étais grand-vicaire de monseigneur de La • Rochelle ; mais je me regardais toujours comme € votre pasteur, et vous n'avez pas oublié, ô mes c paroissiens, que tout ce que j'avais était à vous et « que je ne pensais jamais qu'à venir vous rejoindre. »

L'église, qui était pleine, en fut émue , mais de différentes façons. Il y avait à Saint-Laud autant de patriotes que d'aristocrates, trés-animés déjà les uns contre les autres. Le sermon de l'abbé Dernier jeta de l'huile sur le feu, et longtemps son passage dans la paroisse laissa des traces. Sou homélie fit dénoncer

Digiti<^ea by

de pari et d'autre, et fusiller ou guillotioer des ceutaines d'iofortunés et dMmbéciles pendant plus de deux années.

Nous avions dans les cam pagnes de Saint-Laud deux

closeries dont les leniiicrs, Nail et Tigeou, étaient patriotes. Nail était capitaine de la garda nationale, et de plus il était poète, chantant la ètaneiUaise et y ajoutant des couplets de circonstance à toutes les fêtes.

Pendant l'occupation vendéenne Tigeou et Nail, dénoncés et tourmentés, ne virent rien de mieux que de venir se réfugier en ville et chez nous-mêmes. Ma mére ne balança pas à les mettre en rapport avec nos quatre Brigands, qui les prirent volontiers sous leur sauvegarde , mais qui tirent tout ce qu'ils purent pour les engager à les suivre.

c —Nous ne pouvons, nos en&nts ont besoin de € nos bras»

c — Dieu a plus besoin de vous encore que vos « familles. »

Nos Brigauds avaient de petits morceaux d'étoffe, l'un noir, l'autre vert, sur lesquels était brodé en lûuge un cœur surmonté d'une croix; le tout était entouré de palmes.

Us détachèrent de leur boutonnière ces signes révérés et les donnèrent à Nail et à Tigeou, en y joignant une grande pancarte imprimée chez Pavie et qui fut lue à haute voix, non sans des signes de croix multipliés. C'était une pièce dont l'original, disaient-ils, était émané du roi lui-même , du roi Louis XVI,

tout I. 46

Digiii^ca by ...

quand il était au Temple. On la réimprimait partout

et on la colportait dans le Poitou, TAnjou, la lirolagne^ le Maine, où elle contribuait aux soulèvements. Le prêtre fabriquait et le paysan croyait.

PUll^ifi DE LOUIS XVi,

« Vous voyez, mon Dieu, toutes les plaies de mon

cœur et la proiondeur de l'abimc dans lequel je suis tombé. Des écueils sans nombre m'environnent de toutes parts, des maux inouïs m'accablent. Auxcha* grius personnels qui abreuvent mon âme, se joignent ceux de ma fomille et les malheurs qui couvrent la surface de mon royaume.

t Les cris de T infortune, les gémissements de la religion opprimée, retentissent à mon oreille, nuit et jour, et une voix intérieure m'avertit que peut-être • votre justice me reproche toutes ces calamités, parce que dans les jours de ma puissance je n'ai point réprimé la licence des mœurs, point arrêté l'irréligion, pomt puni tant de désordres qui sont les prin*> cipales causes de nos désastres ; parce que j'ai fourni des armes à l'hérésie, parce que j'ai aidé k sou triomphe en la favorisant par des lois qui ont doublé sa fureur et lui ont donné Faudace de tout oser.

« Je n'entreprendrai point, ô mon Dieu, de me justifier devant vous. Yous savez que mon cœur a toujours été soumis à la foi et à ses régies. Mes (autes sont le fruit de ma faiblesse et semblent dignes de votre inépuisable miséricorde.

€ Vous avez pardonné au roi David qui avait attiré

contre vous les blasphèmes de vos ennemis ; au roi Manassès qui avait entraîné son peuple dans Fidolàtrie: désarmé par leur pénitence, vous ks avez fait régner en paix, avec justice et avec gloire. Seriezvous aujourd'hui inexorable pour un fils de saint Louis qui prend ces rois pénitents pour modelés et qui, à leur exemple, accuse son erreur et n'aspire qu'à devenir un roi selon votre cœur*

€ 0 Jésus-Christ ! divin réparateur de toutes choses, prenez pitié de votre humble adorateur et pardonnez à ses iniqttitéa.C'e8t dans TOtre sein tout auguste que je veux déposer l'effusion de mon anie affligée. J'appelle à mon secours la bouté de la Bienheureuse Vierge-Marie» ma souveraine protectrice, votre ineffable Mère et l'assistance de saint Louis, mon patron et le plus illustre de mes cueux. Ouvrez votre cœur à mon repentir et, par les mains de mes puissants intercesseurs, recevez avec indulgence les vœux et la satisfaction que vous offre ma confiance comme Fexpression naïve de mes intimes pensées.

€ Si, par un effet de la grâce infinie, je recouvre ma liberté y ma couronne et ma puissance royale dans sa plénitude, je promets solennellement :

« De rétabhr sans délai tous les pasteurs légitimes et tous les bénéficiers institués par FÊglise dans les bénéfices dont ils ont été injustement dépouillés par les décrets d'une assemblée incompétente, sauf à prendre les moyens canoniques pour supprimer les titres des bénéfices qui seront jugfe moins nécessaires, pour en appliquer les revenus aux besoins de TÉtat;

€2' De révoquer, le plus tôt que faire se pourra,

toutes les lois qui me seront indiquées, soiL par le pape, soit par un concile, soit par quatre évéques choisis parmi les plus éclairés et les plus vertueux de mon royaume, comme contraires à la pureté et à rintégrité de lafoi, à la juridictiou de la sainte Église catholique, apostolique et romaine , et notamment la Constitution civile du clergé ;

a 3** De prendre dans l'intervalle d'une année, tant auprès du pape qu'auprès des évéques de mon royaume, toutes les mesures nécessaires pour établir en forme canonique une féte solennelle en Thooneur dii Sacré-Cœur de Jésus, laquelle sera célébrée à perpétuité dans toute la France, le premier vendredi après Toctave du Saint-Sacrement, et toujours suivie d'une procession générale, en réparation des outrages et des profanations dont les hérétiques, les schismatiques et les mauvais chrétiens se sont rendus coupables;

€ 4° D'aller en personne, sous trois mois k dater du jour de ma délivrance^ dans l'église de Notre-Dame de Paris ou dans toute autre église principale du lieu où je me trouverai, et d'y prononcer, un jour de dimanche ou féte, au pied du maltre-autel, après VoflTertoire et entre les mains du célébrant, un acte solennel de la consécration de ma personne, de ma famille, de mon royaume, au Sacré-Cœur de Jésus, avec promesse de donner à tous mes sujets Texomple du culte et de la dévotiou qui sont dus à ce Cœur adorable ;

« 8* D*érigep et décorer à mes frais, dans Téglise que je choisirai pour cela dans le cours d'une année à compter du jour de ma délivrance, une chapelle consacrée au Sacré-Cœur de Jésus, chapelle qui servira de monument éternel de ma reconnaissance et de ma confiance sans bornes dans les mérites infinis et dans les trésors inépuisables de grâces qui sont reniermées dans ce cœur sacré ;

c 6" De renouveler tous les ans^ au lieu où je me

trouverai lu jour où l'on céiélircra la iôtc du Sacré— Cœur» Tacte de consécration, et d'assister à la procession générale qui suivra la grand'messe du jour.

« Je ne puis aujourd'hui prendre qu'en secret ce saint engagement, mais je le signerais de mon sang s'il le fallait, et le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrai le publier à haute voix et dans le temple du Seigneur.

« 0 cœur adorable de mon Jésus 1 que j'oublie ma main droite, que je m'oublie moi-môine si j'oublie vos bienfaits et mes promesses» si je cesse de vous en remercier et de mettre en vous toute ma confiance et toute ma consolation.

' € Ainsi soit- il U

La poste aux lettres avait été, à Angers, dans la rue du Cornet, entre les mains du sieur Bodard, trèsroyaliste.

Elle fut donnée, sous la République, à M. Évaui, excellent patriote , et transportée rue Baudhère^ eu face du Palais des Marchands^ au centre de la ville.

C'était madame Ëvain qui faisait la place et qui 8*60 acquittait admirablement bieu ; mais Tarrivée

des Brigands pensa lui être funesto. On voulait sa direction, etpour la lui enlever od l'aurait tuée!

On Tarrèta le 20 juin et on la mit au château, comme prévenue (ravoir violé le secret des lettres; d'avoir livré aux représentants du peuple la correspondance des personnes suspectées de royalisme et de religion.

Madame Évain avait remis aux représentants les paquets de lettres qu'ils avaient envoyé chercher expressément, et qu'ils ravalent souiiuéesur sa tète de leur livrer.

C'était là ce qu'elle avait &it et ce qu'elle n'avait pu s'empêcher de faire. N'importe, on insistait et son affaire prenait une fort mauvaise tournure.

On le sut au port Ligny, et voici ce qui arriva :

M. Ëvain, qui se mêlait peu de la poste, était un grand zélateur de la fraoc-maçonnerie. C'était un charmant homme, lié avec les Bénédictins avant la révolution, ayant pris d'eux le goût des plaisirs de l'esprit et de la table. 11 parlait bien^ chantait bien, et de plus, il était généreux, charitable, payant gras* semeut les services qu'on lui rendait, et répandant ses dons, été comme hiver, sur les familles pauvres du port.

Le port Liguy d'Angers était célèbre par Tallure, la grâce, la franchise des femmes qui l'habitaient. Ces femmes-là étaient des maîtresses femmes, des commères bien résolues, et quand elles avaient pris

Digiti-^ea by GoOglc

quelqu'un eo affectiou ou en.grippe, elles le faisaient bien voir.

Elles aimaient M. Ëvain, elles amiaieut cette chère madame Évain^ comme elles rappelaient. Le mari était parti avec Tarméo républicaine^ mais la femme restait, elle était en péril, et le secours imprévu qui lui vint du port changea tout à coup la face des choses.

« Madame Ëvain au château !» Ce ne fut qu'un cri. Tout le port se leva, toutes les femmes s'attroupèrent, celles des bas quartiers, celles des faubourgs, les femmes des jjcrreyetirs*, toutes accoururent; il y eu eut plus de deux mille qui duent énergiquement aux royalistes : «Si vous ne nous la rendez pas, nous • vous mangerons le cœur. »

Les chefs délibérèrent, l'émeute grossissait, cependant ils ne cédaient pas; mais VL. de Romain , M. CoLiet et M. d'xVutichamp intervinrent, et madame Ëvain fut relâchée.

Elle fut ramenée chez elle plus morte que vive*.

J Ouvriers des carrières d'ardoises qu'on exploite près d'Angers depuis les Romains.

s C*éUit une femme d*unliiut mérite. EHe eut quatre fiU. Uatué vit encore. Il estb BruxeUee. Il est général de division. Ha été inspecteur général d'artillerie, directeur de la guerre, en France, sonsTEmpire, et ministre en belgique sous Léopold.

Le second est mort caissier central de la direction générale des postes.

Auguste, le troisième, était marié à la fille du sénateur d'Haubersaert. Il était colonel, directeur de l'École de Douai et maire de cette ville. II fit la campagne de Russie comme aide-de r^mp de SenDarmont, el ce fui lui qui reçut Tordre <le laii e siiuit i le Kreiulin.

Florent, le quatrième, fut aide-de-camp de Drouol dans les Cent Jour» Son iils est Représentant du peuple.

Page 1