‹ La Vendée en 1793 (volume 2)Chapitre 42 sur 57 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Les admiuistrateurs du département de Maine-et^ Loire s'étaient rendus à Laval, et n'en étaient pas

sortis depuis le 16 juin.

lis avaient mille angoisses. On les accusait d'avoir cédé trop vite aux généraux, de n'avoir pas sa retenir les troupes, d'avoir manqué ou de fermeté ou de civisme. Eux, manquer de civisme 1 Ils avaient pourtant, depuis trois années, donné tant de gages de dévouement à la patrie !

Mais dans le danger, mais quand l'ennemi est aux portes, ce n'est pas tout que du zélé, ce n'est pas tout que des phrases, il faut donner jusqu'à sa vie!

Ils s'étaient sauvés ! Mais la Convention a i'œil sur eux, et je crains qu'ils n'échappent pas à sa colère.

Timidité est trahison !

Demi-mesures, trahisons !

Il n*y a de patriotisme que dans le* succès.

Lisez partout écrit la grande devise :La Liberté ou la mort I La Liberté ou la mort! c'est avec ces grandes résolutions qu'on fait de grands peuples.

Nos administrateurs apprirent à Laval, le 5 juillet, que l'armée de Tours arrivait à Angers. Aussitôt ils se mirent en route et s en vinrent coucher à Ghâteau*^ntier. Le 6, ils rentraient à leur poste, etprocédaient à la réinstallation complète et régulière du département, du district et de la commune.

La conduite des commis dut être examinée. Les

Digiii^ca by Cooglc

grands frappaient les petits pour se laver de leurs torts. Il fut bien entendu qu'on ne garderait dans les bureaux que les hommes qui n'avaient pas montré de sympathie pour les Brigands, qui ne leur avaient pas ouvert les cartons, les archives, qui n'avaient pas dénoncé, qui n'avaient pas gagné de grade ou de traitement, qui avaient au contraire fait preuve de patriotisme.

Ce mot s'interprète selon rincHnation. On renvoie ceux qu'on craint. On excuse ceux qu'on aime.

Indulgence ou sévérité : c'est de l'arbitraire.

On ne tuera pas les faibles, mais on les enverra chez eux mourir de faim.

Les temps sont difficiles : la justice aujourd'hui c'est la passion. Il faut trancher dans le vif. A la porte les indignes; on les remplace par de bons citoyens, qui du moins se disent tels et qui demandent en foule.

C'est la guerre des places qui commence et qui ne finira plus.

Les mesures de conciliation seraient nécessaires, et comment y parvenir? tout est en leu : aux frontières, à Lyon, dans le Midi, dans la Vendée, dans le Calvados, tout, auJieu de s'adoucir, s'aigrit sans cesse.

GXX X I X

La Convention décrète des bataillons, et la Commune de Paris en organise pour marcher sur Ëvreux, sur Lisieux» sur Caen, où se forment des rassemblements de fédéralistes.

Digiii^ca

La Cuaveutiun décrète d accubalioii ie procureur de la commuDe de Lyon. Cette ville et tout leRhône, toate la Haate*Loire , soot dans on état d'eiaspéraliou duut les suites seront incalculables.

La France est un volcan qui a dix cratères.

Des flammes partout, des laves partout, des gron* déments souterrains qui annoncent Tengloutissement de toutes tes provinces.

Et Danton s*écrie : Jusium et tenacem !

ASaumur, où elle s'est installée en quittant Tours,

la Commission centrale des Représentants du peuple tente une fois encore de désarmer pacifiquement les Vendéens.

Elle s'adresse aux habitants des campagnes :

€ Bonnes gens, on vous égare 1 Rentrez & la voix

« de vos frères et de vos amis, rentrez dans vos fa-

« milles, il ne vous sera poiut £ait de mai, et vous

« ne serez l'objet d'aucune recherche.

€ Ne versez plus notre sang; ne hiufisez plus 'ceux

c qui ne veulent vous traiter que comme des amis

« fidèles.

« Cest à regret que nous vqus avons combattus.

c ËxpliquoDs-uous encore.

€ Des nobles et des prêtres^ au nom d'un Dieu de cr paix et de bonté, vous excitent au meurtre et au « pillage.

« Vous êtes Français, et les monstres arment vos « mains contre des Français.

c Ouvrez donc les yeux ; jugez leurs motifs et les

a nôtres.

« Que veulent ceux qui vous dirigent? Laroyauté^ « Tesclavage, tous les ancieus abus qui naguères a pesaient sur vos tètes.

c Ils veulent les dîmes, les aides, les gabelles, les « banalités, les chasses, la corvée.

« Ils veuleut vous attacher de uouveau à la terre, a cœoune le bœuf qui trace vos sillons.

c Ils vous parlent de religion : en avaient-ils quand « ils s'emparaient de vos propriétés, quand ils oppri- € maient vous, vos femmes, vos en&nts, quand ils « respectaient moins votre existence que celle des « animaux qui dévastaient vos moissons?

« Et nous, au contraire, que voulons- nous?

et Nous voulons que tous les hommes soient a ^;aux ; qu*ils soieut aussi libres que l'air qu'ils 0 respirent.

ff Nous voulons que vos personnes, vos propriétés, « vos opinions religieuses soient respectées.

« Ne les croyez pas quand ils vous disent que € nous voulons détruire votre religion, ravager vos « champs, incendier vos maisons.

c 11 n'en est rien, bons et crédules habitants des « campagnes.

« Ce vœu barbare n'entra jamais dans le cœur de ff vos frères et de vos amis.

€ Nous vous le déclarons, au nom de la patrie : « nous ne pénétrerons au milieu de vous que pour y € ramener la paix, la sûreté, la concorde.

Digiii^

a Uàtes-vous de voire côté de vous soumettre aux « lois de la République ; rangez- vous sous ses dra-

(* peaux.

tf Req[»ectez la volooté souveraine du peuple qui € ne Va établie, eette république, que pour le bon«

« heur de tous.

« Nous tendrons, nousouvrirons les bras à tous les

<f citoyens égarés qui reYiendront à nous, rs'uus pro- « iégerons de toutes nos forces leurs iamiUes, leurs 9 biens, leurs personnes.

a Mais en même temps, et il faut bien que vous le « sachiez, nous juroos une haine implacable, une « guerre étemelle à tous les mauvais citoyens qui, u malgré les paroles d'union que nous nous plaisons c< à leur porter, cherchent encore à tremper leurs « mains dans le sang de leurs frères. >»

Fail en Commission ruiUrale à Saumur, le 6 juillei 1793, Tau 11 (je lu République une et indivisible.

RICHARD, président, — CHOU DIEU, — BOURBOTTE,—

TURREAD, — TALLllîN.

Page 1