‹ La Vendée en 1793 (volume 2)Chapitre 44 sur 57 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

cmi.li

Le 8 juillet^ Saint-Jnst paratt à la tribune de la Oouveuùou. Il est jeuDc, paie, énergique. II porte la rénovation du monde dans le cœur« Il est inexorable comme le destin. Il ne prédit pas, il maichc; il uc menace pas, il frappe.

Il fait son rapport sur la Gironde, cette dernière

lueur du passe.

Tout se résume en peu de lignes.

Sparte est laconique.

La mort est brève.

Trente-deux représentants sont accusés de fédéralisme, de royalisme, de projets liberticides.

Uégoïsme en eux et rambition déçue étouffent les sentiments de patriotisme.

Ils croient gouverner et ils conspirent.

Le peuple est le souverain, et ils veulent Tabattre.

Le peuple^ qai est la source de toute loi, ils lui font l'aumône des lois.

Là est Terreur et le cnme.

La conspiration est flagrante. Arthur Dillon en est le chef; Miranda est complice.

La république sera détruite, la royauté sera rétablie, le fils de Louis Capet remontera sur le trône, Marie-Antoinette sera régente.

Ces plans sont avérés, les preuves en sont acquises, le €k>mité de Salut Public les a en main, eDes seront imprimées.

Le Calvados est en armes. De toutes parts des

légions extravagantes se précipitent. Wimpfen se met à leur tète et se croit déjà le Monk de cette restauration infâme des rois chassés, dégradés, exécutés.

Lyon rugit. Biroteau y règne. Il a formé un con^ grè$ dépariementaL La Montagne est mise hors la loi, les tribunes sont vouées à Texécration publique.

La Vendée un moment engourdie se réveille et crie.

Le paysan quitte ses champs, sa femme, sa ferme. Entendez-vous le tocsin? C'est le verbe catholique

qui convie au massacre.

Eu avant les nobles, en avant les prêtres, il y aura curée 1 Piuiôt que de céder, disait dans le bon temps la duchesse du Maine, il faut mettre le feu aux quatre coins du royaume : c'est la devise de

d'£Ii)ée« 11 met au bout de son épée la prociamatioa des représentants, et Stofflet l'imite , et Bernier se

réjouit au foud de son âme des eilets de la haine qu*il asouiUée.

Le roi est dans un camp, larépubliqae dans Tautre*

Implacables tous deux !

Quand cessera La lutte ? Jamais !

Ainsi donc, dit Cboudieu, tout espoir est perdu, toute illusion se dissipe. Nos vœux sont méconnus et ceux que nous recevions à déposer les armes, les reprennent, s'avancent, nous menacent et ne nous laissent plus de salut que dans la victoire.

0 malheur de la France ! où nous entraînes-tu? à tuer pour vivre!

Faut-il courber sous le joui^ d'une poignée de prêtres? Faut-il qu'un parti de nobles et de leurs valets fasse la loi à la nation ? Faut*il que la Convention abandonne son œuvre, et que la Gironde, Tétranger, la Vendée, entrent couverts de lauriers dans nos villes, mettant aux fers et envoyant à i'écbafattd les patriotes ?

C'est là ce qu'ils veulent !

Et ce que nous ne voulons pas !

L'alternative est affreuse, mais la résolution û'est pas longue à prendre : au lieu de fléchir, la représentation nationale veillera au salut de la république, et les ennemis de la loi nouvelle seront seuls frappés.

Là commission centrale quitte Saumur et vient à

Angers. Elle veut être plus prés des événements. Elle fait appel à tous les bons citoyens, elle stimule le zèle, elle vainc les scrupules^ elle fait voir le danger, elle montre le moyen de le conjurer, et prend coup sur coup deux arrêtés coucluants, positifs, qui serviront d'épouvaotail aux ennemis de la patrie et répondront à Tacharnement des mesures que prennent, des menaces que profèrent, dans le pays insurgé, les chefs rebelles.

C'est r heure des représailles 1

4" ABftÉTE. — 8 JUILLET.

< Les représentants Richard, Choudieu, Bonr-

« botte, Turreau, Tallien, « Réunis en commission centrale à Augers, « Informés que plusieurs particuliers ont entre-

ci teuu et ciilretieiiiieiil encore des iutelligciices avec « les rebelles ;

« Que quelques-uns reçoivent et logent chez eux tt des espions de l'armée isoi-disant catholique;

« Que d'autres ont aHecté de faire un accueil em- « pressé aux Brigands, pris la cocarde blanche ou la « croix de Saint-Louis, et manifesté avec audace tous « les sentiments d'un éhonté royalisme ;

« Voulant rechercher tous les coupables et sévir » contre tous ces délits et ces crimes;

« Arrêtent comme mesure de sûreté générale :

tt I. n sera établi un Comité de surveillance et <i révolutionnaire de dix membres et doux secré- « taires.

ce 2. Ce Comité recherchera les $uspecU de rébellion ou les partisans des insuigés, ou les complices et fauteurs des Brigands, ou les ennemis entiu, de quelque ordre qu'ils soient, de la République.

tf 3. Il décernera des mandats d'amener, el veillera à leur prompte exécution.

(( 4. il rendra compte chaque jour aux représentants du peuple des arrestations c^u'il aura ordonnées.

(t 6. Les membres de ce Comité seront les ci*

toyens :

« Pré^iti^t: Lachevardiére, vice-président du département de Paris et commissaire national.

« Membres : Momoro, membre du département de Paris, commissaire national; — Vial, maire de Chalonnes, admini3trateur du département de Maineet-Loire ; — Aubry, charcutier et sergent de la garde nationale; — Gérard, capitaine des grena* diers ; — Proust, apothicaire et lieutenant de la garde nationale; — Meslet, tabncant de bas; — Leterme-Saulnier, officier municipal ; — ^Boniface, officier de la garde nationale; — ^Dorgigné, notable et employé des carrières; — Martin Lusson, chapelier et adjudant de la garde nationale.

« Secrétaires; Thierry, fabricant; — Villot, professeur. »

« La Comnnssioii centrale des représentants du peuple près Tarmée de La Rochelle,

« Voulaot défendre les institutions et les citoyens « eoDtre les insultes et les attaques des Brigands ou n de leurs complicés,

« Et que prompte justice soit faite des euueoiis (t déclarés de la République.

« Arrêtent:

« 1. Une commission militaire est formée pour la « divisiOQ de Tarmée, dont le chef-lieu est à Angers.

« 2. Cette commission aura un président, quatre <( membres et un secrétaire.

« 3. Elle jugera sans désemparer tous les crimes

a de rébellion et statuera sans appel.

« Ses arrêts seront publiés et exécutés dans le K jour. »

Il y a hien des pillards dans l'armée et bien des recéleurs dans les villes.

Les représentants du peuple en sont affligés et indignés.

«Soldats y voulez-yous donc tous assimiler aux € Brigands! ferez-vous rougir la République du « earaotère de ses défenseurs? Mais tous ne seret a ses soutiens, ses enfants, ses héros, qu'autant que « vous pratiquerez les vertus républicaines.

« Officiers, vous êtes responsables de la conduite € de vos troupes. Si votre exemple est louable, Tes- « prit sera bon. Nous reportons sur vous Féic^e ou « le blâme.

(( Citoyens qui descendez jusqu'à favoriser des c spoliations abominables, n'ignorez pas que vous

tt encourez les puDiltons les plus sévères, et que si

« vous coutinuezà donner ce scaudaie rien ue pourra « TOUS soustraire aux r^ards ei au glaive de la jusff tiee nationale.

« Citoyens, officiers, soldats, les propriétés publi- « ques et privées sont sous votre sauvegarde.

• Celui d'entre vous qui manquerait à ses devoirs c( serait sur-le-champ déclaré infâme et livré à la a rigueur des lois. •

Lmm 4e GHÉVRIEB, commandant do IntaiUoD loldé d'Angers, MX Administnleiin de Meine-elpLoire.

« A Si-Georges, le 42 juillet m^i, l'an h^de la mort du Tyran.

c Citoyens administrateurs ,

c Vous n'ignorez pas le départ subît de la garde « nationale d'Ângers/ d'après les ordres du général « Descloseaux.

« Ëb bien i nous sommes depuis ce départ san$ « pain , sans viande, sans eau-de-vie et sans argent.

« Toute la troupe est à bivouaquer conformément « aux ordres reçus. £lle n'apointeu ce que le général € avait promis. Nous devions être suivis de voitures « chargées de munitions de bouche et de guerre , « cependant rien n'est venu : une partie de nos « hommes est sans cartouches, sans pierres à fusil t et quelques-uns sans armes. Les ennemis n'eu « tiraillent pas moins sur nous.

€ Citoyens, nous vous ferons observer qu'il nous est c impossible de nous passer (à raison des découvertes c que nous sommes saps cesse obligés de faire) à

« moius de quarante cavaliers et nous u'ea avons fc que huit.

« Nous TOUS prions de prendre en considération

<r nos demandes, vous nous obligerez fort et satisferez a à rimpatience républicaine de nos frères d'armes, « vos concitoyens.

« GHÊVRIER, commandant le bataillon.»

Cette lettre fut transmise au général Descloseaux, qui s^écria : » Scélérats de charretiers, tout est parti « et rien n'arrive! »

En effet, la viande et le pain étaient en route. Us entrèrent le soir même du 12 à Saint-Georges, mais les munitions de guerre ne parvinrent à Ghévrier que leU.

Les membres du comité royaliste de Saumur, ceux que les Brigands avaient nommés et que les répubU- Gains en rentrant dans la ville ont mis au château, sont réclamés par la commission militaire de Tours,

€ Us nous appartiennent, dit le président, et que € tarde-t-on à nous les envoyer?»

a Ils sont de droit, dit Chabot, aux juges de Paris. « Les leur enlever serait un passe-droit et je m'ind scris contre, p

Le maire de Saumur écrit à Ghoudieu, son condisciple, son ami , son parent même :

LEXTas de GAlLLiiÀU, maire, à ChoudieUi représentant.

« Saiumur.le 42 iuiUel 4793, an II de la BépubU^*

« Tu sais, mon ami, que je uc veux pas le salut

« des traîtres; mais je te dois la vérité sur des compa-

« triotas qui sont au château et qu'où parle d*enu voyer aux tribuDaux suprêmes* On les traite de c lâches , de scélérats ^ de perfides, d^ètre indignes

< de voir la lumière du soleil républicain, des gens « qui n'ont été qu'entraînés , que faibles, qui jurent c même qu'ils n'ont accepté de fonctions que pour c épargner à la ville de grands maux.

« Cela se peut, je les connais tous. Il n'y en a pas « un de porté pour la république, c'est clair, je ne c le nie pas; mais ce sont d'honuètes gens, qui n'ont c pas couru an-devant des Brigands, qui se sont laissé

€ faire, qui n'ont osé refuser; ce sont des pères de « famille pour la plupart et qui ont des enfants, que « leur perte jetterait dans un abtme. Leurs femmes « sont venues dix fois, toutes, se jeter à mes pieds, € sachant que j'étais lié avec toi et me suppliant de « décrire. Je f en envoie deux, elles te portent ma « lettre. Reçois-les, écoute-les. Parle à Richard,

< causes-enaveûBourbotte. Toutcemondeestdansune « position à faire pitié. Il n'a que moi de protecteur. « Je suis maire et avocal-nô de tous mes concitoyens, c Ceux-ci sont coupables de £ut, non d'intention, je « le crois, je te le dis: sers-toi de mon témoignage. H S' ils sortent d'ici, nous nelesreverrons plus; à quoi « servira cette austérité! à aigrir les esprits. La clé- « menée vaudrait mieux. Ceux que vous délivrerez c ne sont plus à craindre; les voilà battus, atterrés, « sans recours, Pardonne^leur, au nom de la Répu-

< blique fraternelle que la Constitution va consacrer.

« Sij ai reudu quelques services à la patrie, accorde- « moipourrécompenseréiai^lissemeQt decesinsensés < qui ne valent pas le courroux national. Salut >

« GAIULEAU. .

Répome de CBOtJDIEn k OSXS/èm^

« AngetSy 47 fum 479a, a»//.

« Ce n'est pas Tainî qui te répond, c'est le repré- € sentant du souverain. Qu'aurait fait un roi de tes « détenus dn Sauniur? Consulte l'histoire : il les « aurait pendus. L'affaire serait faite. Le peuple a « des juges et c'est à eux que je remets tes protégés. « Je n*ai pas reçu les femmes que tu m*avais tt envoyées. Je n'avais rien que de fâcheux à leur dire. « Je ne devais pas les écouter, je ne pouvais les satis- « faire et ne voulais })as les voir pleurer. La guerre € est une épouvantable chose; mais qui la fait? £st- € ce nous qui Tavons commencée, qui Tentretenons, « qui en profilons? Elle arrête nos projets, énerve la € République, afflige rbumauité. Nous voulons la € finir, et sans cesse des scélérats raniment et la ralt< lament. Au momie nt où tu m'écrivais, trente mille c rebelles se jetaient sur nous, ils ont été repoussés, c mais ils reviendront, et à l'heure où je (écris on « bat la générale.

€ Les circonstances sont graves, tenons-nous à leur €* hauteur. Point de faiblesse, jamais nous n'eûmes « plus besoin d'énergie. Tu parles de clémence et ce c n'est qu'une utopie. Pardonner aux Brigands et à € leurs complices, c'estexciter les traîtres et ajouterà € nos périls.

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