TOUS I
«N'as-tu pas vu ce quuiil produiL nos offres de «pacîficatioa et d'oubli. LesBrigauds dous raïUeot» € et nous avons des craintes pour les Ponts-de-Cé , € pour Angers, pour Saumur peut-étie.
< Et c'est quaud la patrie est en dauger que tu c intercèdes pour ses ennemis; c'est quand l'armée « catholique et royale s'avance iuricuse, que tu veux « que je m'occupe d* adoucir le sort de leurs par- € tisans déclarés, de leurs agents publics, de tours c commissaires?
c Non, non, Gailieau, je ne puis. Te voilà éclairé sur « la situation : nous sommes entourés de traîtres, il y € en a partout, à Saumur, à Angers, à Nantes. Serc roDs de près ceux que nous n'avons pas encore c entre les mains ; et quant à ceux que nous tenons, « que leur affaire soU examinée par les magislratii a « qui la loi en confie la charge.
« Tétais à Brissac en reconnaissance avec Berthier «quand Tarrêté sur les détenus de Saumur a été « pris par mes collègues. Je Tai lu au retour et j'y ai « app(^ ma signature. Pas un des représentants n'a € de fiel dans le cœur, pas un qui n'achetât la fin de a tant de maux et raffermissement de la République c au prix de son sang; mais pas un non plus qui u craigne d'être prisen faute et faihlissant une heure, « quand il y va de l'accomplissement de ses devoirs ic de représentant du peuple français.
« Adieu.
<< CHOLDIBU..
Les Représentants du Peuple formant la Gom-
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mission centrale prés l'armée des côtes de La Rochelle
Arrêtent ce qui suit :
« Art. 1. Lesmembres du Conseil royalistede Saumnr sont déclarés traîtres à la patrie.
« Art. 2. Sontrenvoyés devant le Tiibuual révolutionnaire de Paris, Ocusmé Dubuisson, président, et Goériveau, Gibert, de Glennes, de Fax, Coutelel, Sauzay, Dufour, Choi-Torpanne, membres du Conseil royaliste, et signataires des actes, logements» réquisitions, passeports au nom de Louis XVII, pendant Y occupation Bn g aride*
« Art. 3* Les autres membres du conseil, non compris en Tarticle 2, seront mis en liberté.
<( Art. 4. Les absents serontréputés émigrés, et leurs biens, réunis au domaine national, seront mis en vente.
« FqH à Angers, le 17 juOkt 1793» Van Jl de la BépMquet
une e$ indivisible.
« RICHARD, CHOLDIEU, BQURBOTTB, TURREAU, TALUEN. »
CXftTIII
Ce Choudieu si austère va être inconséquent.
Si vous ignorez la grande époque, ce n'est pas ma
faute.
Je fouille et révèle tout.
Chaque trait a sa moralité, son jet, sa lueur.
Je n'écris pas pour les niais, les valets, les salons, les loges de portier, lescorps-de-garde, les politiques de bazar et des halles.
J*écris pour ceux qui percent au fond des mystères du temps, et qui , comme Gall et Broussais, mettent
la main dans le sang pour étudier cette nature de
rhomme qu'on ne connaît guère.
Pendant le séjour des Brigands à AngerStUn imprimeur habile et entreprenant^ fit leurs proclamations et leurs placards; il atïicha leurs ordonnances; même quand ils furent partisonTaccusa de presses ciandes^ tines qu'il tenait à leur service et qu'il avait, où? on nesavait; mais Taccusation allait, grandissait, beuglait.
Cet imprimeur fut pris, incarcéré , et tout de suite ses amis d'écrire à Paris, d'y aller, de remuer ciel et terre et d'intéresser pour lui la Convention.
Maisune lettre parut àsmleManiteur universel, une lettre qui Fassommait et qui n'était partie que d'un républicanismebienstoïqueoud'uneplumebienuoire.
Eh non !
C'était la peur qui l'avait dictée. Les administrateurs du département étaient en suspicion de fédéralisme, et ils voulaient s'en défendre.
Lbttrk des x\d mini stra leurs de Mainp ot-Loire au Rédacteur de VdGaselte nationale {Moniteur universel),
<i Gtoyen,
« Nous voyons à notre grand étonnement dans le « Moniteur les lignes suivantes : Une dépukUion des « administrateurs de Maine^Loire, admise à la barrey « réclame l'indulgence de la Con vention en faveur d'un « tifpogr<xphe angefnn accusé de connivence avec les c rebelles,
n Citoyen, c'est l'efietpersistant de la calomnie qui
1 J'ai dit son nom plus haut.
« ne cesse de nous poursuivre au sein même de la Cont» vention nationale avec un acharnement digne de ses « auteurs. Nous désavouons hautement avoir jamais et donné mission à qui que ce soit de solliciter l'induK « gcijce de r Assemblée en faveiirderimprimeuKjiroii « signale. 11 est traduit devant le Tribunal révolutiou- «c naire; nous n'avons rien à voir dans son affaire.
« Nous vous invitons a corriger cette erreur invo- « lontaire de votre part et à insérer notre déclaration « dans votre Bulletin.
« Croyez, citoyen, que malgré les sourdes manœuc( vres et les perfides insinuations de nos ennemis, rien « n'égalera notre exécration pour la royauté, sinon a noire inaltérable attachement pour la République « une et indivisible.
« Notre cri, jusqu'à notre dernier soupir, seratou* « jours : La liberté ou la mort !
« DIEUSlE^préaident»
Cet incident aggravait la position du prisonnier.
On l'envoyait à Paris. Sa feuime, dans un état qu'on peut se figurer; sa femme douce, bonne, timide, mais puisant de l'énergie dans son infortune, va chez Choudieu, le trouve seul et se jette à ses pieds : « Ni « mon mari ni moi nous ne sommes coupables. Les <f Brigands nous ont mis le couteau sur la gorge pen- « dant qu'ils étaient ici absolus , maîtres: nous n'avons « pu ne pas imprimer peureux, car ils nous tuaient. »
— « Mais ensuite?
— « Nous n'avons rien l'ait ni pour les rebelles ni
« pour d'autres, car oous étions au lit, transis, « malades. J'ai la fièvre encore ; mon mari est asthma-
« tique, perclus, il mourra en voyage I
— «11 ïajdi pourtant qu'il parte.
— <r C'est sa condamnation que vous prononcez et « c'est la mienne aussi, c'est celle de notre enfant. « Nous sommes innocents, tendez-nous la main, sau- « vez*nousf
— (( Il faut qu'il parte. Allez dire à Leblanc qu il « vienne me parier*
— « Moi?
— « Vous.
— « Leblanc, le gendarme?
— «Le brigadier. Amenez*le-moi ce soir. Votre
a mari partira cette uuit, — « 0 mon Dieul — « Allez vite. »
Cbûudieu dit ces paroles d'un ton si bref, si singulier, si vif, que la femme de l^imprimeur se sentit subjuguée.
Sans savoir ce qui arriverait, toute frémissanle, elle courut chez Leblanc, à la place Sainte-Croix.
Elle le troiiv(^, et lui dit l'œil eu feu et ea larmes : « Le représeutaut du peuple Cboudieu vous attend « tout de suite. »
Leblanc va prendre les ordres du représentant.
11 y avaitdeux Leblanc, deux frères, Tun brigadier et maltred'armes, l'autre simple gendarme, beau garçon, tapageur mais tous deux, au fond, également bous et braves.
Tous deux moutèreut à cheval à la iiuik close. Us allèrent au château , et munis d*un ordre en bonne forme , ils mirent dans une charrette l'imprimeur accusé ; ils le couvrirent de leur manteau, car malgré la saison il grelottait. Us prirent par les Ponts-de-Gé, Brissac, Doué; maisen entrant à Saumur, ils n'avaient plus derrière eux que la charrette : le pnsouoier était évadé.
Leblanc et son frère rentrèrent le lendemain à
Àugers, et il n'en Tut que cela.