III
Que se passe-t-il à Angers t La masse des citoyens
est pour la Gonveulion; mais dans un coin des clubs et des autorités, quelques hommes» parmi les généreux, ont. manifesté leur sympathie pour la Gi-* ronde.
Ils se sont trop montrés, et c'est en vain que depuis la défaite du parti ils s'effacent et se taisent : on les
retrouvera.
La Constitution, décrétée le 24 juin, et qu'on a reçue àNantesavec tant de passion, après l'extinction
des velléités iédéralistes, fut en partie calquée sur celle des Girondins.
Condorcet, qui avait été un des grands rédacteurs du pacte préparé par son parti, venait d'être proscrit. Il n'en pouvait pas moins revendiquer bon nombre
des inspirations du pacte récemment sanctionné pour iaire jouir le peuple des droits les plus étendus de sa souveraineté.
Cerutti avait dit en 91 : a Nous venons de faire « une constitution pour le peuple ; il nous reste à « faire un peuple pour la constitution. »
Le mot était joli, il courut; on le reprend en 93.
11 n'y a pas (1(3 sottise qui n'ait chez nous d'écho.
J'en demaode pardon au savant abbé, mais son observation est fausse et sa censure est tout à fait
iiîjusle.
Ce n'est pas de peuple qu'ii manque, mais de mi^ nistres.
Le peuple a plus de bous sens que n'en ont ses meneurs; plus qu'ils n'ont de bonne volonté et de bonne foi.
Chaque ludividn dans le peuple est fort peu de chose. Mais l'universalité des citoyens a un tact pro* digieuz et une immense sagesse.
Dans les grandes émotions de F humanité il sort .des lueurs qui sont de sûrs guides.
Ceux qui ouvrent les yeux et marchent dans la voie tracée par ces subites tlammes font le bonheur des ' nations.
Ceux qui se bouchent la vue et qui nient les clartés vont à l'abîme.
£n ^3, le peuple était fait pour la constitution comme elle était faite pour lui. Elle était essentiellement démocratique, il ne s'y trompait point et il racceptait avec transport*
Biais Farislocratie ne s'y trompait pas non plus. Elle y voyait sa ruine et mettait tout eu œuvre pour en étouffer le germe et en retarder et empêcher Tapplication.
Chacun jouait son rôle.
Là le sublime, là Vignoble*
Les mêmes éléments se tenrtent encore. Les
nièmes ennemis sonl en présence et nous sommes témoins des mêmes déchirements, des mêmes sophismes.
L'aristocratie recrute partout dans Fégoïsme et la comiption.
La démocratie va tète levée, d'un pas ferme, et sa victoire est aussi assurée que la marche du soleil dans sa sphère infinie.
La souveraineté du peuple a mis le pied sur le front du despotisme.
Les lois d'un seul cèdent aux lois de tous.
Le monde est à nous, Ta venir est à nous.
La République» la seconde, sera fondée sur les bases épurées, cimentées et consolidées de la première î
£t TOUS dites que le peuple aurait besoin d'instruction et desavoir littéral et commun pour exercer
pleinement les droits que le pacte constitutionnel lui a reconnus!
Et moi je vous réponds que ce ne sont là que des
points secondaires.
n ne s'agit là que d'un accident, et des vices teiiH poraires auxquels il sera si facile de remédier !
Laissez faire au temps. Laissez faire au peuple.
Le peuple a rintelligence, la finesse, Tàdresse, la perspicacité, la constance. Il sait ce qu'il a, ce qui lui manque, ce qu'il veut, et quelques années d'un enseignement qui natt tout seul, qui se jpuise partout, d'un enseignement moral et pur, le mettront a la hauteur de ses destinées.
Et remarqoez-le bien : tout ce qui se fiiit pour le
peuple arrive par des nécessités absolues, qui sortent de lui. Hieu ue lui est concédé gratuitement^ il emporte tout par son courage.
Il iVa que ce qu'il prend, que ce qu'il a été impossible de lui refuser •
La Constitution vint à Angers pendant l'absence des administrations. Aussitôt leur retour, le 4 juillet, elles se prononcèrent pour elle.
Le conseil de la commune, au moment où les luttes étaient le plus violentes, où la guerre mugissait, où les partis se déchiraient, ramena tous les cœurs dans la sphère constitutionuelle et leur prêcha onctueusement rameur des lots.
Le 13 juillet, le conseil du département fit une adresse à la Convention pour la remercier d'avoir achevé le grand œuvre au milieu des troubles qui
avaient agité et le pays et elle-même.
Le 1 6, une proclamation fut publiée à son de caisse dans toute la ville.
Le Gons^ génénl de la cemmune d'Angers à sesconeiK^eDe.
« Citoyens,
« Elle nous est parvenue en peu de jours, elle est « soumise à notre discussion, cette loi si désirée qui 4t doit assurer notre bonheur, en consolidant notre « liberté. Vous vous en êtes rendus dignes par un « combat soutenu depuis quatre années contre tous « les genres d'oppression. Il fallait bien que le génie
« tulèlaire des Français triomphât des. obstacles.
« La GonstitatioQ vient d^éclore du sein des orages. « 11 est temps que son existence enchaîne lèvent des « passions et qu'elle tue la discorde. Il est temps «c qu'elle étouffe le fanatisme, qu'elle fassedisparaltre « le règne de la superstition et de ridolàtrie. Hâtons^ « nous de condamner au silence et les lâches détrac-* « leurs du républicanisme et les vils calpmniateurs « du peuple qui uaquit vertueux. Si ce peuple a 8 semblé s'éloigner du régime pur et sain de la « liberté et de l'égalité, ce n'a jamais été que par « l'effet de i'impéniie et de la malveillance de ceux « quirontgouTemé.No6repré8entantslesament.Ils « ont jugé que nous étions suffisamment préparés pour « recevoir le germe salutaire du répubUcanisme.
et Heureux d'être les distributeurs de cette manne
a Céleste, recueillie au sein de la Convention qui eu «t a digéré et disposé les principes fondamentaux^ les « membres du Conseil général de la commune vont « s'empresser de vous doimer lecture de l'Acte cons- « titutionnel. Vous Tétudierez, et en peu de jours, <c placé dans les assemblées primaires, c'est là qu'éc( clairés par le flambeau de la raison, tous ensemble « nous le rapprocherons de nos besoins et nous le « jugerons.
« Ce vœu, de toutes les parties éparses delaRépu- « blique^ formera, en s' unissant, le faisceau de la c raison nationale, dont l'ascendant ne pourra jamais « trouver de résistance. Là, par la bouche de nos « délégués à rassemblée auguste de tous les députés
« des diiïéienles brauches de la grande famille des € FraD$ais, au 10 août prochain, et réunis dans nos « foyers en petite bmille, chacun de nous pourra <( dire : Le gouvernement que j'ai est celui-là que je cf me suis donné. Ce n'est pas un seul homme, ce « n'est pas un petit nombre d'hommes qui m'y a « soumis, qui a dicté mou jugemeut, il est Tacte libre <t de ma volonté.
V Certains alors d'un bonheur que tonte la jalousie a destyrausnepourra Dousarracher^laliberté^comme «( un arbre chéri, étendra ses racines vivaces dans « l'âme des Français de tous les âges et de tous les « sexes; ses ieuilles répandront au loin une odeur
' « suave qui purifiera pour toujours Thorizon de la « France du souffle pestilentiel et dévorant de Tanar- H chie* Nous les verrous alors, les peuples éclairés de « l'Europe qui gémissent encore sous la verge de « fer des tètes couronnées et de leurs gouvernements
' a machiavélistes ; nous les verrons secouer avec fra- « cas les anneaux de leur chaîne, embrasser les bases « de notre constitution, que l'exemple de nos vertus « et la constance de notre bonheur leur aura fait « désirer.
<r Le Conseil général, ouï le procureur de la corn- « muoe, arrête :
« 1^ Que le mercredi 17 juillet , il sera donné à « l'église Saint-Maurice , k six heures précises du « soir, une lecture solennelle de l'Acte constitua « tionnel ;
« 2^ Que les représentants du peuple, formant la
TOHK i. 21
€ commission centrale établie dans cette ville, tous
c( les membres des autorités constituées, révolution- « naires et des armées, seront invités à y assister;
« 3** Que les sections primaires se réuniront le « dimauche 21 de ce mois, à huit heures précises « du matin, chacune dans le lieu de ses séances, « savoir :
u La première, salle du Tribunal de commerce^ « La seconde, salle de TÊvéché ; « La troisième, à TOratoire ; « La quatrième, à T église de la Trinité ; « La cinquième, à Téglise Saint-Serge ; « La sixième, à Saint-Sébastien ; a La septième, aux Récollets ; « La huitième, à Saint-Jacques ; u La neuvième, dans la chapelle Sainte-Appuline; « 4^ Que la présente proclamation sera affichée à u deux cents exemplaires. »
Le 17 juillet, Givique-Penn Mévolhon, garçon
d'esprit, ex-professeur au collège d'Anjou, auteur d'un Calendrier républicam qui donne pour chaque jour de Tannée la biographie d'un des grands amis de rhoninie, des arts, des sciences, de la liberté, pris dans tous les Etats et dans tous les siècles; Mévolhon, qui fut partisan de Viger le girondin, qui ne jure à présent que par Bourbotte, Choudieu, Tallien, et qui souhaite du reste que les mots irritants de plaine, marais^ monto^ne, soient rayés du dic-^
iiounaire; Mévolbou liait afiicher on placard où il conseille aux citoyens d'Angers : l"" De cesser toutes querelles de nuances pour aller combattre les rebelles de la Vendée; 2^ de repousser tous les satellites des tyrans coalisés; 3*^ d'accepter la Constitution conventionnelle.
— ^Âfal MéYolhon, lui crient Piquelin et d'autres^ les fines langues du pays, tu ne te sens donc pas la conscience pure; tes avis sont bons, mais tu ne les donnerais pas si pompeusement ce matin si tu n*avais pas à couvrir quelques méchantes paroles de ces derniers jours!
CJL XI
Le fil juillet, à six heures du soir, toute la ville était à Saint-Maurice. L'Acte constitutionnel fut lu et applaudi* Le 22» à huit heures du matin, le scrutin fut ouvert dans les neuf sections.
On vote à Angers, et Ton se bat aux Ponts-de-Cé.
Les assemblées primaires délibèrent sur la Constitution, pendant que les Brigands attaquent la Ijutte d'Erigné* entrent un moment dans Saint-MauriUe, et menacent Angers de leur invasion.
Des familles entières veulent dcsorter la ville. Les administrateurs du département parcourent les rues: •( Arrêtez» citoyens, rassurez-vous» il y a aux Ponts- « de-Cé des braves qui rougiraient de fuir devant « les Brigands. Saumur est garni de troupes, la levée (c est sûre, toute la rive droite de la Loire est gardée» « six mille hommes sont amenés , commandés par <( Oanclaux ; Duhoux, dont on admira le courage à
« Chemillé, au début do la guerre, est à Angers, il «I est au milieu de nous^ il ne nous quittera pas. Les « départements voisins sont prAts à venir à notre se- « cours. Quederaotifsde confiance! Ghersconcitoyens, <c croyez à nos paroles, restez près de nous, c'est « avec vous que nous sommes forts. Ne rompons pas « le faisceau des patriotes ; et si la force armée , ff destinée à nous défendre, avait encore, comme en « juin , la lâcheté de nous abandonner, prouvons que € uous savons combattre et mourir pour la liberté. »
Marne imprime en deux heures et fait afficher sur tous les murs une lettre d'OUivier, commissaire
Le GommisMire OLLlVUERaa dépanemenidelItiBe-eiFLoife.
« Les rebelles sont battus* L'affaire s'est engagée « ce matin par une de nos patrouilles qui se portait
« au château de la Cressonnière. Deux cents Brii^ands <( à cheval l'ont enveloppée. D'Àutichamp était en « tète. 11 a làUu battre en retraite ; mais douze cents
« hommes sortis des Ponts-do-Cô se sont portés sur « la butte d'Erigoé et oa( recueilli la patrouille. Huit « à neuf cents Brigands se sont montrés alors, et « une fusillade s'est engagée. Nous avions dii canon « qui nous a bien servi* Nos troupes ont fait preuve « de fermeté. Les Brigands s'étaient retirés à leur ce tour dans le château, mais on les en a déloffés et « l'on y a mis le feu.
« Nous attaquerons demain et nous voulons pour- « suivre cet avantage. Un premier succès ranime
« singulièrement le courage des soldais, ils ne de- « mandeai qu'à marcher, ie les suivrai afin de tout « voir par moi*mème et de De pas vous induire eu «erreur.»
Le 23 juillet, les votes pour la Constitution continuent. Le dépouillement se prolonge dans la soirée.
Biron a quitté le commandement de l'armée des côtes de La Rochelle. 11 est mandé à Paris ' .
Menou devrait le remplacer, mais il est hlessé et retenu à Tours*.
' n mil alors pour lide-de-camp Canuel» qui alors oonbtUâit l€s Vendéwis, el qui fut depuis si royalisto.
* Dans leurs BuUeUus, les Brif^s disaient ipie Menou et Boucbotta étaient tués. BoucbotlOi blessé légèrement, ne garda pas même le lit. Quant à Menou, quoique blessé dangereusenent, il parvint à se rétablir, grâce aux soins que lui prodigua un jeune médecin d* Angers, dont je donne ici deux lettres.
Première lkttie du citoyen LAROCHE, chirurgien aide- major de Pambulance de Tavan^gr^He de Tarmée des cotes de La Rochelle, aux Administrateurs du clépariemeni deMaitie-et-Loire.
Touri, le îb juillet 1793.
« Le général Menou, commandant en chef de Tavanl-garde de « Tarmée, fut atteint !e 19 de ee mois, dans Ja preiiiière affaire de « Vtliiers, d'uae balle au défauL de Tépanle, qui parait s^étre perdue « dans la poitrine du eété gauebe, et qu'il a été impossible de trouver « malgré les rediercbesles plus exactes. Sa présence a feit naître des « accidents infiniment graves qui m*ont ftdt craindre pendant plu* « sieurs jours pour sa vie. Mab la cessation de ces acddôits, la bmine « constitution du général et sa sobriété me mettent en état de pouvoir « assurer à mes concitoyens ainsi qu*à tous les bons patriotes qu'il « est maintenant hors de danger et que je ne désespère pas de le « mettre à même de remarcher contre les rebelles de la Vendée, afin « d'ailermir noire constitution républicaine. ^
Dionlnu tiTTin bugitotsn LAHOGHE.
« Citoyens, la santé du général Mcnuu va de mieux en mieux, et
C est le générai divisioooaire Duboux qui prend le commaiidemeDt ea chef par iotèrim.
Les représentants do peuple créent à Angers un
conseil de guerre que Duboux préside. Les autres membres sont :
Descloseaux, général de brigade.
Méoard, cumoiaDdanl temporaire de ia ville.
Larael, colonel commandant du balaîUon de Jemmapes.
Talol, adjudaul général.
Bouglé, chef du ft>ataillon de la Sartbe.
Boucret, chef b (i LaUiilou de Paris.
Roguei, adjudant général.
Hortode, adjoint aux adjudants généraux.
Lavéville.^ j- j . j ,
Jaudin ) ^^^J"«*o** place.
Sain, commissaire des guerres.
Beauiiinrioir, ingénieur de la place.
La ville d'Angers est, par un arrêté du 23, mise en étatde siège.
« chaque jo«r on remarque les progrès deb ctctfricc de » Uessate.
« J*espère qu'il uijrcht ra dans «ne qniozaine contre les rebelles. « porunisa balle uicbée dans qnelque partie de sa poiirinf. ce qnt
• le gêne et le gênera encore quelque temps pour exécuter difierenis
• monvemenî5, farti^ulièrenienl lorsqu'il lève le bras.
!.<• géutrai lue char '^ H»^ vous U nioiiinor s:» reconnaissance pour 1 le vil inlei'èt que vous jtituez au rétablisseDienl de sa sanié. Il as- ■ sure les adiiuiiislraleuiA aiu^i qye tous les br.ives Angevins, qu'il
• o'a d'autre dé^^^ que d'afCrancbir le deparlemeiii de M^inc ei-l «tire
• et ceux qui Tavoisinent de celle horde iiûaùquc qui uaj^ucrcs â été - si bien comballoe et repousscc par les ciloyeod d'Angers rcriiablc- « meol amb de b Répubiiqtte nne et indÎTtsible. »
Le S4, pendant que nos troupes chassent des Brigands de Brissac et de Mozé, les autorités d'Angers proclament l'acceptation du pacte nouveau sur lequel reposent les destinées de la République.
Le canoii de mort tire sur la Loire, le canon d'allégresse tire sur la Maine. Soldats et citoyens font leur devoir.
La ville est illuminée.