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Du HtUreau où j*ai passé dix ans de ma vie S je
voyais la roche de Meurs, et je pensais à la scène de désolation de 93.
Après la déroute de Vihiers, du 18 juillet, et pendant que notre armée se réorganisait à Chiiion et à Tours, il n'y avait que trois bataillons de Paris et de la formation d'Orléans à Saumur, avec deux
*■ Maison de campagne enSle-Gemme-sur'XiOire, près d*Â]igers«
cents hussards et dragons; il n'y avait à Angers et aux Poûts-de-Gé , outre la garde nationale , que quatre bataillons, savoir : un de ligne, deux de Paris, le 6' et le 8% et le bataillon de Jemmapes.
Le bataillon de Jemmapes était à Angers. Le bataillon de ligne était aux Ponts-de-Cé, dans Tile, son commandant au château^ et des coaipagnies à Saint-Aubin et à Saint-Maurille. Le 6« bataillon de Paris était aux buttesd'Ërigné, fournissant des détachements à des redoutes élevées en avant sur les routes de Brissac et de Cbemillé.
Le 20 juillet, Bourgeois, qui commandait le 8* bataillon de Pai iSj dit des Lombards, eut ordre d'occuper la roche de Meurs et d'y camper.
C'était une position détestable.
Au nord, la roche était à pic, sur le Louet, qui est un bras de la Loire ^
Après un plateau peu étendu et divers mouvements do terrain est, au sud,, un ravin au fond duquel coule TAubance, et au-delà sont les hauteurs dominantes de Soulaine^ Mozé, Denée, où les Brigands sont maitres.
Le village de Meurs est à Touest. Le village d'Ërigné est au sud, les buttes d'Ërigné et leurs moulins sont à l est.
Campé sur le plateau, il n'y a pas de retraite si
Von est attaque de front et de flanc.
* Blor lier, par une bizarre inadverlanre, nomme ce bras : If Thouet. Il le confond avec la rivière qui coule à douze lieues plus hâui, près de Saumur.
Ce qu'oa devait craindre arriva.
Le 24 juillet, Bourgeois alla avec cent hommes
faire une reconnaisisauce sur Denée. En abordant le village il se vit saluer de quelques coups de fusil, et aussitôt son monde Tabandonna. Dix grenadiers seu* lement lui restèreut, et il fut obligé de rentrer au camp avec eux, tout confus.
Le S6, les Brigands se présentent par la route de Brissac, au nombre de dix à douze mille, et en poussant des cris effiroyables.
Bonchamp les commande. D'Autichamp le seconde. Scépeaux est avec eux.
Les avant-postes du 6* bataillon de Paris se replieut en hâte. Les redoutes sont enlevées, les buttes sont prises, le camp est cerné.
Bourgeois est seul avec son bataillon des Lombards. Il voudrait l eiiilaumiei de son courage et lutter contre les masses qui Taccablent. Mais que peuvent quatre cents soldats contre vingt bouches d^airain qui vomissent sur eux la mitraille, contre des masses furieuses qui les poussent et les pressent la baïonnette dans le cœur ! On se bat corps à corps, on se raidit en vain contre la mort affreuse qui se montre de toutes parts : il fout reculer et fuir, mais comment et où? toute issue est fermée. Il n'y a que la roche qui reste, et la roche est à pic I
Je l'ai vue, je Tai parcourue, j'ai essayé de passer parmi les ronces en m' accrochant aux arbres, aux branches des coudriers, et, en pleine paix, j'ai mis quarante minutes à m'ouvrir un passage*
Qu'était-ce dooc sous le feu de rennemi^ et de
quel ennemi! inspiré du prêtre! et que les nobles eux-mêuiesy qu'ils Dommaieoi leurs capilaioes, ne pouvaient arrêter.
Bonchamp et d'Aulicb.uup, quand i aflkiie fut décidée, les redoutes prises^ le camp forcé, criaient : Ne tuez plus !
Mais le paysan tuait toujours.
Tout loinba, tous les corps jonchaient la roote^ roulaient dans le fleuve.
Bourgeois se sauvait avec trois des siens. Ils se jetèrent à la nage. Deux furent tués, deux blessés.
On voyait les corps, les chapeaux, les tambours flotter sur Te^u.
La Loire avait de longs serpenteaux ronges qai marquaient les escouades entières que ses tourbillons emportaient*