‹ La Vendée en 1793Chapitre 13 sur 88 · PARAGRAPHE PREMIER · texte numérisé non relu

PARAGRAPHE PREMIER

« J'ai de prés contemplé cette guerre de !a Ven- « dée si pleine d'intérêt et d'images ; j'y pense le « jour, j'y rêve la nuit : ce n'est pas une guerre froide « et plate, une guerre d'ambition et de politique, ii une guerre de commerce et de calcul : c'est une « guerre profonde qui a ses racines dans le sol, dans t le culte, une guerre de famille et de patrie, une « guerre à la manière antique et passionnée; une t guerre homérique, et qui montera un jour sur nos « théâtres pour y porter l'effroi, l'admiration, la pi- « tié et l'amour !

« J'ai vu des peintres qui allaient en Syrie cher- € cher des sujets de batailles ; j'ai vu des poètes qui « allaient en Grèce ou en Pologne chercher des chants «< et des inspirations; mais l'Anjou, le Poitou, le « Maine et la Bretagne ont des pages toutes prêtes, « des odes toutes faites. C'est folie coupable d'aller « si loin s'attendrir, s'égarer, quand tout appelle ici t la palette et la lyre !

« Les guerres de l'Empereur, que nous promet- « taient-elles? le pouvoir, les richesses, la gloire!

u Les guerres de la République et dp la Vendée

« étaient toutes d'instinct et de principes : c'était une « dette payée, uu devoir rempli, un droit exercé « dans sa vaste plénitude, un double gage de fidélité t donné au monde.

« J'aime à descendre ainsi jusqu'au cœur des nat tions, j'aime àsonder les causes, i\ étudier les crises, « à voir aux prises deux vaillantes fractions de l'hu- « mainte.

« Car toutes ces choses ne sont-elles que des vi- « sions, etlafoi n'est-elle qu'une erreur? Et la liberté € n'est-elle qu'un songe ?

PARAGRAPUK SBCOND.

« La guerre de la Vendée fut une guerre d'igno- « rance et de vertu, une guerre d'irritation et de ré- » pugnance contre une invasion trop subite, une t application inopportune et outrée des formules et « des lois nouvelles; lois d'acclamations et de tri— a bunes; lois de clubs et de fournaises, dont la source « impure ou violente obscurcissait la vérité; mais lois • de progrès pourtant et dont l'effet était certain, le € succès inévitable.

« Oui, cette ;lutte, ses chances, sa fin; oui, ce t drame complet était inévitable.

« Tant de sang répandu, tant de nobles vies sacri- « fiées, tant d'éclat et de courage qui luisent des deux t parts, et qui dépassent de la tête l'infâme turpit tude, tout annonce et révèle ici des convictions « inébranlables, là un mobile incessant et sacré.

« Deux opinions, comme deux harpies, s'achar-

« tient Tune sur l'autre; deux idées prennent un « corps, se heurtent, se déchirent ; deux régimes ence tiers sont en présence; deux civilisations sont face « à face : c'est le passé qu'enserre, qu'étreint et qu'é- « touffe l'avenir.

« La bannière blanche proteste encore au nom t des anciens jours ; mais cette écharpe noire qui « ceint les chefs est un signe mystérieux de dés- « espoir et de deuil.

• Ils pleurent le Roi; mais qu'ils fassent mieux, « qu'ils pleurent la monarchie.

t C'est au bruit des décharges de mousqueterie « qu'ils la portent en terre.

« Car voyez-vous là-bas ces couleurs vives, ces « plumets rouges, ces drapeaux qui flottent dans « l'air, ces cocardes étincelantes? Tous ces emblèmes t témoignent d'une ardeur que rien ne saurait étein- « dre, d'une force que rien ne saurait abattre, et « marquent dans le camp la place du vainqueur. »

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Après cette concession faite, et la conscience tranquille, je reprends mon thème.

En marchant sur Villedieu, Larochejaquelein avait le projet de s'établir dans le Calvados. La forêt de Cérisy, le cours sinueux de la Vire et de l'Orne, et tous les accidents de terrain ressemblaient au Bocage de la Vendée. On y aurait fait une guerre pareille : des feux de buisson, la chasse aux hommes, des pluies de balles qui tombent des arbres et frappent surtout

au front des généraux. Mais il fut impossible d'entraîner les Vendéens ; plus que jamais ils invoquaient le retour aux bords favorisés de la Loire ; ils ne pensaient qu'à l'Yèvre et au Layon ; dans l'armée royale et catholique, les plus braves comme les plus timides étaient travaillés par le mal du pays.

Dans ce Poitou qu'on avait quitté, tout était connu, tout était commun ; tous ceux qu'on trouvait dans les fermes étaient amis; pas une maison qui ne fût un rempart ou un refuge, tandis que dans le Maine, réprouvé et maudit, il n'y avait ni abri ni ressources. Dans cette contrée chevelue et triste, qui allait donner naissance à la chouannerie, et où déjà en pointait le germe, on ne s'unissait point aux Vendéens; on les redoutait, on les regardait comme des hôtes incommodes qui, pour vivre, étaient forcés de prendre, de piller, et dont on souhaitait le départ et la défaite, quel que fût le parti auquel on appartînt.

Ce qu'on disait du Maiue, on le disait de la Normandie, basse Normandie égoïste, étrangère aux inspirations de la foi, plus éloignée encore du sol chéri, de la Vierge du chêne et des Manges et des Marches.

En Normandie s'était montré fervent le fédéralisme ; mais il était éteint, et dans le moment même où il brûlait encore, quoiqu'il secondât par le fait le royalisme, il ne confessait point les mêmes croyances; il repoussait avec lui toute solidarité; il voulait abattre la Montagne, mais par ses propres forces, non par les Vendéens. Les fédéralistes se disaient, se croyaient et étaient pour la plupart républicains. Vainqueurs

— Gode la Convention, ils auraient marché sur les Brigands, les nobles, les prêtres.

Larocbejaqueleio donc revint par Avranches. La moitié de l'armée en était déjà partie. Il manda le reste à la cathédrale; il y fit prêcher et menacer; mais ses efforts furent inutiles. Tout lâchait pied, tout s'éclipsait ; et quand lui-même, quittant la ville, il repassa le Pont-au-Bault, tournant le dos à Mortain, à Caen, à Vire, les éclaireurs de l'armée des patriotes débouchaient par le pont Gilbert et saluaient de la main les belles Avranchinaises.

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Le représentant du peuple Laplanche écrivit en ces termes au Comité de Salut Public :

Au quartier général d' Avranches, le 2 frimaire, an II

« L armée commandée par Sépher a fait une « marche forcée de quatorze lieues pour se rendre « en cette ville; mais Avranches et ses faubourgs « étaient déjà évacués par les rebelles. Nous avons « pourtant arrêté plusieurs de ces scélérats qui « n'avaient pas eu le temps de s'échapper; nous en « avons aussi trouvé à l'hôpital ; la justice nationale a a décidé de leur sort: il n'en est plus question. Une « de leurs femmes s'était réfugiée dans une auberge « pour cause d'indisposition; elle a été découverte « et arrêtée. Nous avons trouvé sur elle dix -huit « louia et quelques assignats. Nous vous envoyons « le numéraire. Les assignats ont été distribués aux « volontaires qui ont découvert sa retraite.

« Quelques-uns de leurs chefs ont voulu les trahir € à Granville el les abandonner. D'autres disent qu'ils « voulaient aller chercher et implorer le secours des « perfides Anglais. Quoi qu' il en soit, un d'entre eux, * nommé Talmont, a essayé de corrompre un pê- « cheur. Cent louis et douze de ses plus beaux che- « vaux étaient la récompense qu'il lui promettait « pour le mener à Jersey ; mais le pêcheur a repoussé « ses offres, il a résisté à ses instances, et est resté « fidèle à la patrie. Les autres chefs ont regagné la « confiance de leurs gens en leur promettant de les « reconduire dans les provinces d'Anjou, d'Aunis et « de Poitou, dont ils sont presque tous sortis. Nous « vous faisons passer un échantillon de la monnaie « des rebelles : c'est un assignat fait à l'instar des « nôtres, et sur lequel est écrit :

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