‹ La Vendée en 1793Chapitre 14 sur 88 · DE PAR LE ROI · texte numérisé non relu

DE PAR LE ROI

« BON POUR CENT LIVRES , « PORTANT INTÉRÊT A DEUX ET DEMI POUR CENT, « ET PAYABLE A LA PAIX « AU TRÉSOR ROYAL. »

« Salut et fraternité,

- Signé, LA PLANCHE.»

Cette lettre était fausse de tous points : fausse dans le compte-rendu des atrocités commises, et dont elle évitait d'exprimer le monstrueux chiffre; fausse dans ce qu'elle prétendait sur la rapidité de la marche des troupes. Le fait est que Sépher et Laplanche n'avaient quitté Saint-Lô et Thorigny qu'après s'être assurés que les Brigands n'étaient plus à Avranches, qu'ils

avaient mis trois jours à faire le trajet, et que ce qu'on avait vu arriver de républicains n'était que des chasseurs de l' avant-garde légère que Vardot menait en fourrageurs.

Sépher et Laplanche étaient deux fripons qui , comme tant d'autres en ce temps-là, chargés de défendre la République, n'étaient bons qu'à la faire exécrer.

Les Administrateurs du département de l'Orne à ceux de la Sarthe .

« Alençon, 2 frimaire, an II.

« Frères et amis ,

« Les Brigands ont commis à Avranches toutes « sortes de dégâts et les crimes les plus horribles. Ils « y ont laissé quantité de morts et de malades ; dans € leur fuite, ils ont brûlé des chariots, faute de che- « vaux pour les traîner.

€ Les habitants nettoient leurs maisons , purifient a l'air.

« Il y a eu une grande affaire dans la lande des « Quatre- Vents , au-dessus de Pontorson : on n'en <t sait point l'issue.

« La perte que l'ennemi a faite au siège de Grant ville est beaucoup plus considérable qu'on ne « l'avait cru d'abord. Depuis le port, les chemins t sont couverts de morts et de débris de l'artillerie c brigantine. On a fait beaucoup de prisonniers. « Quatorze de ces scélérats viennent d'être arrêtés à « Saint-Georges-de-Kinterbault. L'armée républi-

« caine qui poursuit les Brigands est très-forte. La <« garnison de Saint-Hilaire a arrêté, le 29 brumaire € au soir, un chef de Brigands. L'indiscipline règne « dans l'armée diabolique. Les généraux veulent « blanc, les soldats veulent noir. Leur nombre dimi- « nue tous les jours par la désertion ; les déserteurs <« qui veulent regagner leurs foyers se répandent t par groupes sur les chemins, dans les villages. « Beaucoup de ces scélérats ont le dessein de revenir « sur Laval et Mayenne. Ainsi, nous ne pouvons trop « nous tenir sur nos gardes.

« Frères, veillez jour et nuit, arrêtez toutes les « personnes sans passeports ou malminées. Ordonnez t sur-le-champ de bonnes patrouilles, dans les villes « et les campagnes, et nous serons sauvés. »

« Salut et fraternité,

« DUVAL, BÉLIN..

CCCLIIVIII

Les Brigands ont quitté Avranches, et déjà Ton sait à Alençon qu'il y a eu dans les landes de Pontorson une affaire grave.

Pontorson est sur la limite de la Bretagne ; il est gardé par Thiboust le sans-culotte, qui a sous ses ordres quatre mille hommes et dix pièces de canon.

Bon jacobin, mauvais soldat, il prend des positions et des mesures détestables. 11 avait le Couesnon et des marais, un pont facile à couper, une chaussée étroite et longue qu'il aurait pu défendre un mois avec son monde, s'il avait su se poster derrière. 11 se met en avant

comme un insensé, et, dans unengageraentdemoinsde deux heures, il se voit chassé, culbuté; ses bataillons courent aveclui jusqu'àDinan, et les Brigandsprennent Dol sans brûler une amorce ; deux gendarmes effarés, les seuls Bleus qu'ils rencontrent, sont fusillés.

« Point de quartier, point de grâce! » C'est le cri des deux armées. Les Bleus fusillent les Brigands, les Brigands fusillent les Bleus. 11 y a un mot pour ces exécutions : dès qu'on prend un homme, une femme, un prêtre, on fait un geste en disant : « Derrière la haie! o C'est l'arrêt de mort. Pataud ou rebelle , tout y passe; on tire dessus à bout portant, on leur perce le cœur, on leur fend le crâne : il y a une rage qui ne s'assouvit que dans le sang; et ceux qu on insulte et qu'on tue crient en tombant , d'une voix ferme : Vive le Roi! — Vive la République!

CCGIII1I

A Dol, on manque de vivres pour tous ces Brigands affamés. On se dispute le blé noir, les fèves, les galettes, les noix, les pommes ; il y a telle paroisse qui n'a pas mangé depuis deux jours. Il fait un froid piquant, une pluie glaciale. On couche sur la paille mouillée , sur le carreau , sur la terre.

Les marquises, les comtesses, les femmes accoutumées aux recherches de la délicatesse, sont là, étendues sur des planches; elles ont perdu leurs voitures, et vont à pied, en savates, dans la fange : elles en ont jusqu'aux genoux; elles font elles-mêmes leur feu et leur soupe, et se mettent autour d'un chaudron

pour dîner, quand elles peuvent. Ou crie dessus comme sur des sorcières, on dit qu'elles gênent, qu'elles embarrassent, qu'elles causent tout le mal et qu'il faut les jeter à l'eau.

L'évêque d'Agra veut dire les vêpres, niais les femmes de Dol Font reconnu : t Ce n'est pas un évê- « que î Ce n'est pas un évêque ! » Le bruit court, se répand, il arrive à l'oreille des chefs ; on tient conseil, c II faut fusiller l'imposteur! » — « Ah! s'écrie « Donissan, qu'allez-vous faire? Si l'homme est « criminel, respectezle caractère: Dieu le jugera; et c si ce n'est pas pour lui, que ce soit pour vous-

« mêmes, épargnez le sang ! » Ces paroles sont

entendues. On fait venir le malheureux, on lui ôte sa crosse, ses habits pontificaux, sa mitre ; il vivra, mais dans l'amertume et l'opprobre; il ira jusqu'à La Flèche et au Mans. Souffrant et hébété, il sera trouvé errant dans la campagne, et, mené à Angers, il y périra sur l'échafaud.

GCCLIIX

Dol est au fond de la baie de Cancale. Le mont Dol est en face sur une motte boisée où s'embusquent de bons tireurs.

A distance, au nord, est la mer. Cinq routes partent de la ville pour aller : à l'est , sur Pontoi son et Avranches; à l'ouest, sur Saint- Malo, sur Dinan, sur Hédé ; au midi, sur Antrain.

Sur la première de ces routes, on trouve, à une lieue, Bagnerpican; sur h seconde, le Vivier et

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