J.-B. HAMON
Lettre datée de Loué, aux Citoyens membres» du Comité délensif
de la Sarthe.
« Le H frimaire, an II.
« Citoyens,
« Votre lettre du 13 nous affirme que les Brigands « ont décidément pris la route d'Angers. Sans doute « ils vont y être accueillis avec le boulet, les balles o et la mitraille, car on nous a assuré qu'Angers a « de bons retranchements, beaucoup de munitions « de guerre et des forces militaires en état de faire « résistance. Une lettre que nous venons de recevoir u de Sablé nous fait, ainsi que la vôtre, présager que c dans le cas où la horde des rebelles éprouverait, « comme on a tout lieu de l'espérer, une défaite à « Angers, elle n'a d'autre refuge que nos cantons, « où elle viendrait faire de nouvelles victimes par le « fer et le pillage. Il ne peut y avoir qu'une déroute < complète qui réduise les Brigands à se replier sur « nous; mais nous sommes décidés à ne pas leur laisser a impunément souiller notre territoire. Il faut que « chaque républicain devienne soldat pour achever « d'exterminer les restes impurs des monstres qui « ne cessent de nous menacer. Nous avons du cou- « rage, mais nous sommes sans munitions. Nous ré- * clamons vos secours, et nous vous demandons prin-
« cipalement de la poudre. Dussions-nous rompre c nos croisées 1 , nous nous fournirons de balles. Nous « vous prions de prendre notre demande en considé- « ration, et de vouloir bien continuer avec nous la « correspondance déjà établie : elle nous devient « plus utile et plus intéressante que jamais. C'est un « service de frères, et nous sommes persuadés d'à- « vance que vous nous le rendrez. »
• Salut et fraternité, « Les Membres du Comité de surveillance de Loué,
* R. HÉRISSON ; FOURNIER ; GÂTÉ ; « NOËL COUSTARD; PRICHON; . FOUQUIER Bis. -
Lettoe du Château-du-Loir aux Citoyens du Comité défensif
de Saint-Calais.
« 14 frimaire, 9 heures du matin.
« Citoyens,
« Hier soir je me suis trouvé avec Richard, maître « de poste de La Flèche, frère du député, et réfugié « ici. Nous parlions, comme de raison, des Brigands, « lorsque le citoyen Lamotte, porteur d'une lettre de « la citoyenne Richard, est arrivé et nous a donné les « détails suivants :
« J'étais, a-t-il dit, à La Flèche lorsque l'ennemi y « est entré; tout le monde criait : Sauvons-nous/ Je « me cachai dans une petite rue et je vis passer leur « cavalerie ainsi que l'infanterie. Tout est dans un « état déplorable. Je ne conçois pas comment on fuit
i Ch&ssis de plomb.
« devant une pareille armée. Elle est de vingt h vingt- « cinq mille hommes, encore y a-t-il plus de la moitié « de femmes et d'enfants, et de malades. Tls ont a abandonné dans un pré un enfant de trois à quatre « ans , presque mort de froid , que j'ai ramassé ce « matin. Ils ont brisé tout chez les patriotes, et n'ont « enlevé de chez les aristocrates que les grains, « fruits et provisions de bouche , et changé de che- « mise. Nos jardins et les rues sont couverts de four- « rage qu'ils n'ont pu emporter et qu'ils ont ainsi « perdu pour en faire manquer notre cavalerie.
« Après le départ des Brigands, qui ont été pour- « suivis jusqu'à Durtal par l'armée de Mayence, je * suis rentré un des premiers à La Flèche. J'ai trouvé « trois catholiques que la fatigue avait retenus dans '< une écurie. Je les ai fait saisir, et ils ont été taillés en » pièces sans qu'on ait jamais pu leur arracher le cri « de : Vive la République. Ils criaient toujours : Vive « le roi, vivent nos préires!
« On a dit plus de deux cents messes par jour à La « Flèche pendant leur séjour.
i Cette armée porte l'infection avec elle. On a été € obligédebrûlerdu vinaigredans les appartements où a ces Brigands étaient entrés. On en a trouvé plusieurs « dans les rues et dans les écuries morts d'inanition « outre soixante à quatre-vingts qui ont été tués.
« Il n'est resté que les murs chez Beaufils.
« Tel est le récit fait par le citoyen Lamotte, auquel c vous pouvez ajouter foi. Il a encore assuré qu'un « grand nombre murmurait contre les prêtres et les
« chefs, qu'ils n'ont tué personne parce qu'ils n'ont « trouvé que des femmes et des enfants.
« On continue à garder le Lude. Ce district lève « une force armée de cinq cents hommes , mais ils « manquent d'armes.
« Rien à craindre de ce côté-là. Pour le moment « restez tranquilles.
(« J'apprends que d'Autichamp a un bras emporté 1 , « et qu'on a trouvé deux raille morts sur la route de « LaFlècheàDurtal.
« Je n'ai pu voir le citoyen Lefèvre, commissaire « de Vendôme. Personne ne l'a vu au Comité de « urveillance.
« La Liberté vous garde et vous accompagne, .
« BLAVETTE. .
Lettre du Château-du-Loir.
« 1 4 frimaire.
« Citoyens,
« M est cinq heures du soir et nous n'avons point « encore reçu de dépêches. Le Comité de surveil- « lance vient d'envoyer des stationnaires sur la route u de Baugé. Il se rassemble des forces à La Flèche « pour s'opposer au retour des Brigands dans le cas a où ils seraient battus, comme on l'espère, sous les « murs d'Angers. Cependant on n'est pas sans crainte, a car il n'y a pas de doute que les Brigands poursui- « vis ne se sauvent du côté le plus faible.
1 H était blessé au bras seulement.
; Â six heures, une lettre de la municipalité de « Montoire nous annonce que le bataillon de Veu- « dôme, deux cents hommes de Châteaudun, trois « cent cinquante hommes de Blois, sont en route pour « le Château-du-Loir. Le premier détachement cou- « che ce soir à La Châtre avec quatre pièces de < canon et des subsistances.
« Un exprès arrive de La Flèche, confirme les « rapports que je vous inscris dans mes précédentes « dépêches, et assure que l'ennemi est retourné dans € la Vendée par les Ponts-de-Cé, et a évité de passer « à Angers.
« Il ajoute aux détails que nous avons déjà, que « les Brigands ont rencontré le fils du citoyen Lefort, « âgé de seize ans; qu'ils lui ont dit : Crie Vive la na- « tion ! et qu'il Ta crié; qu'ils lui ont dit ensuite : « Crie Vive le roi ! il l'a crié aussi , et là-dessus ils a l'ont massacré;
« Qu'un paysan qui était présent s'étant sauvé, « ils l'ont atteint et haché par morceaux.
t Le même courrier rapporte avoir vu des cadavres « le long de la route, et que l'armée des Brigands est « dans l'état le plus déplorable.
« Je ne me permettrai aucune réflexion sur le t passage des Brigands par les Ponts-de-Cé, pour se « rendre dans la Vendée, car je n'y conçois rien.
« Quoi qu'il en soit, tenons-nous sur nos gardes.
• Salut et fraternité,
. BLÀVETTE. .
— H9 — Lettre de COUTELLE au District de Sainl-Calais.
• Le Manê, 4 4 frimaire.
« Citoyens,
« Tout ici est sur le qui vive. Les archives du dé- « partement sont à Bonnétable. Celles de la ville du a Mans ont été mises dans des tonneaux, sur la place « des Jacobins, prêtes à être montées sur des char- « rettes. Toutes les avenues sont barricadées, les « portes des maisons sont garnies de planches et de « barriques vides. On obstrue tant qu'on peut les « passages. On bat la générale : il s'agit d'assembler « quelques bataillons pour se porter sur La Flèche.
« Salut et fraternité,
« COUTELLE, commissaire de Saint-Calais. *
Lettre de COUTELLE.
« Le Mans, 1 4 frimaire.
« Je vous écrivais ce matin et je vous écris ce soir. « Les Brigands sont aux prises avec les Angevins. « S'il n'y a pas de trahison, nos frères d'Angers ex- « termineront ces scélérats qui sont en graude partie « gangrenés. Beaucoup d'honnêtes femmes qu'ils « emmènent avec eux leur communiquent cette mat ladie que la calomnie dit avoir été apportée en « France par un moine. Quantité de vestales, chez « lesquelles brûlait autrefois le feu de l'amour divin, « se trouvent maintenant atteintes et consommées « d'un feu d'une autre espèce et plus brûlant encore, « que leur ardente charité les engage à communiquer t a tous ceux de leurs camarades qui veulent.
« Ce matin un cauonnier m'a dil avoir vu fusiller, « il y a huit jours, à Alençon, une vingtaine de ces u hommes catholiques royaux. A peine pouvaient- « ils se soutenir. Un de ces hommes est mort un in- « stant avant la fusillade.
« Ce canonnier ajoutait qu'étant à Mayenne il a « logé clans une maison dont les propriétaires lui ont « rapporté tenir de deux de ces Brigands qu'une très- « grande partie d'entre eux était disposée à quitter « cette sainte armée, mais qu'un de leurs prêtres o étant survenu, les avait pérorés et les avait fait o rentrer dans le sacré bercail.
« Le résultat du rassemblement de la force armée « qui s'est fait ce matin sur la place des Halles est « que mille à douze cents braves et de bonne volonté « vont partir bien équipés pour aller rejoindre nos t troupes à La Flèche , et de là se reudre à Angers, « sous le commandement du général Chabot, qui a « fait la revue, accompagné de Garnier, le représeu- « tant du peuple. Garnier et Chabot ont remarqué, « ainsi que moi et tous les spectateurs, que tous ces « citoyens ont le plus grand désir d'aller combattre « l'ennemi partout où il pourra se rencontrer.
« Chabot a la taille et, dit-on, le courage d'Ace lexandre. Il emmène deux pièces de canon qui « seront bien servies. Les armes sont en bon état.
« La liberté vous guide !