CHAIÉ FONTAINE, TORCHÉ, LAUNAY
« Au citoyen Barré, vice- président du département de « là Sarthe en commission à Bonnétable. »
Lbttm de FONTAINE à sa femme.
« Je n'ai, ma bonne amie, que deux minutes pour « te donner de mes nouvelles. Nous sommes à la « poursuite de l'ennemi, qui commence à se dissou- « dre. Je suis attaché à l'armée de Chabot , dans le « grade que je t'ai marqué.
« Arrivés à La Flèche cette nuit, nous partons de- « main matin pour Durtal. Je t'écrirai cette semaine « encore. Les Fléchois en grand nombre avaient « quitté leur ville, mais ils rentrent à flots.
« Le collège est plein de prisonniers, de mourants & et de gens atteints d'un mal que je n'ai pas besoin « de dire.
« Le pain est plus rare que le vin. Les femmes se « lamentent , les hommes chantent la Carmagnole. « Adieu, porte-toi bien. Je suis pour la vie ton mari.
« FONTAINE, adjudant-général.
« A la Flèche , 1 1 frimaire an H.
« P. S. Je t'envoie cinquante francs par un geni« darme.
« Le canon n'a pas cessé de ronfler tout le jour « dans l'Ouest.
« Je crois que nous ne tarderons pas à entrer en « danse. »
(i ARMER (de Suintes), représentant du peuple, aux autorités
constituées du Mans.
« Foullourle, 45 frimaire.
« Je suis arrivé à Foultourte, citoyens , sur les quatre heures; je vais en partir dans le moment pour me rendre à La Flèche. Soyez tous fermes à votre poste, soutenez l'esprit des habitants, puisque vos efforts et les miens ont pu parvenir à rehausser leur courage. Malgré tout ce que j'ai éprouvé de désagréable de la part de ceux de vos concitoyens qui avaient marché avec tant de dévouement à Saint-Denis-d'Arques. Je n'en prends pas moins le plus grand intérêt à sauver votre pays.
« Que tous les postes de votre ville soient donc surveillés par des hommes sûrs. Qu'on continue à travailler aux différents retranchements avec zèle et activité. Que des commissaires soient nommés pour tout inspecter, et que le Mans puisse dire au moins qu'en cas d'attaque il a su résister et se i battre.
« Vous avez dans votre rivière plusieurs passages i qui sont guéables. Requérez toutes les herses des
* environs pour les placer dans les différents endroits « que la cavalerie pourrait traverser. Surtout donnez « ordre au commandant de la place (Haudiard) d'as- « sembler toutes les forces qui sont sous sa main , et
* de les distribuer dans les postes qui, au cas d'atta- « que, doivent être défendus, afin que chaque soldat « sache au premier signal où il devra se porter.
« Que les officiers qui seront chargés du commanderaent de ces divers postes sachent qu'ils dépendent du service qui y sera fait. Je dois vous recommander comme une mesure de salut public d'entretenir entre tous les fonctionnaires publics cette confiance et cette harmonie qui amènent le succès de toutes les mesures.
« Les mouvements de la jalousie sont le partage des âmes intrigantes et médiocres.
« J'espère qu'ils n'atteindront aucun de vous. « Les républicains entre eux ne sont point faits pour se faire la guerre.
« Tournons tous nos moyens , toutes nos armes contre nos seuls ennemis, et qu'il ne s'élève entre nous aucune guerre que celle de l'émulation patriotique et généreuse.
« Ces observations sont celles de l'amitié , et si je vous les fais, c'est que j'ai par-devers moi des motifs particuliers pour me les permettre.
« Soyons unis et la patrie est sauvée.
« Sitôt que j'aurai quelques nouvelles positives, je vous les ferai parvenir.
« Salut et fralernité.
« GARNIER, (de Saintes).
« P. S. Chabot commande en chef toutes nos troupes sorties du Mans. Il est de sa personne à La Flèche. Lacroix et Chaplain, sous ses ordres, sont, le premier k Durtal, et le second à Clermont. « Veillez, courage! »