‹ La Vendée en 1793Chapitre 29 sur 88 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

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Un matin , les portes de la Convention s'ouvrent. Les représentants du peuple sont h leur banc; la salle est envahie par deux sections en masse : celle des Tuileries et celle des Petits-Champs.

« Rome necompte qu'un Brutus; la France, s'écrie « Billaud-Varennes, s'honore d'en compter autant « que de citoyens. Les enfants des sections que vous « avez devant vous avaient reçu l'ordre de marcher « contre les rebelles de la Vendée, et, durant leur « marche, qui le pourra croire? ils out osé faire en- « tendre ce cri de ralliement de l'aristocrate : 6 « Richard, 6 mon roi! La nouvelle affreuse en est par- « venue à leur famille, et à l'instant, pères, mères, t sœurs, tous, étouffant la voix de la nature pour « n'écouter que celle de la patrie outragée, ont juré « de demander vengeance du crime de leurs frères « et de leurs fils. »

Une voix s T élève du sein des sections réunies : « Nos cœurs sont affligés, notre courage n'est pas « abattu, nous sommes citoyens avant d'être pères. « Envoyés à la défense de la patrie, nos fils « dénaturés ont osé substituer aux refrains chéris <« de la liberté les chants abhorrés du royalisme ! « Montagne, qu'un feu vengeur sorte de ton sein « pour dévorer les rebelles! Que le plomb destiné « aux Autrichiens soit tourné contre ces coupables et « que leur juste punition serve d'épouvante à ceux « qui tenteraient de les imiter! Pour nous, loin de « les regretter, nous sommes prêts à réparer l'outrage ii qu'ils ont fait à la République, et nous irons, oui, « nous irons tous remplacer les traîtres, que nous « rougissons encore d'appeler nos enfants ! »

La Convention s'agite à ces paroles; la plus vive émotion pénètre tous les cœurs.

Dans ces jours d'exception, pas une famille qui n'eût la fièvre.

Un attroupement de femmes à pantalons et à bonnets rouges parcourt les rues p les quais , les places. Les femmes ont leur société patriotique, leur club. Après une séance orageuse, elles sortent dans Paris, et toutes les citoyennes qu'elles trouvent en

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iet et une culotte! i c'est le cri de ralliaient, c'est le mot d'ordre.

Ainsi des sans-culottes parmi les jacobins et des

pantalons pour les jacobines; c'est le monde renversé, c'est la rénovation, prise bêtement, faite bassement par des taupes et des tigres.

Mais il y a des femmes qui ne cèdent pas et qui se révoltent contre la révolte. On se bat à la halle, on se bat sur le port au blé. La présidente des culottées a reçu le fouet, et la force publique a dissipé ces furibondes.

Les femmes non pas fouetteuses mais les fouettées sont à la Convention, et par l'une d'elles, la plus huppée, une pétition est lue à la barre ; « Nous sommes « des mères de famille, d'honnêtes femmes ; nous a venons réclamer au nom de notre liberté compro- « mise. Nous voulons nous habiller à notre conve- « nance ; nous ne voulons pas que des exagérées, des «< folles, nous arrachent nos corsets et nos coiffures. « Il y a plus : c'est à une femme que sont dus les « malheurs de la France, et nous demandons que « tous les clubs du sexe soient interdits et fermés. »

Bazire prend la parole : te Prenez garde, Repré- « senlauts, les clubs sont nécessaires chez un peuple « libre ; une abolition en amènerait un autre...

Mille voix : « Non! non! «

Fabred'Eglantine : « Eh! ne voyez-vouspasqueces « énergumènes qu'on vous dénonce ne sont ni des « mères, ni des épouses, ni des filles dévouées. Ce « sont des chevalières errantes, des filles émancipées, « des grenadiers femelles ; si elles obtiennent que c toutes les femmes portent la culotte et le bonnet « rouge, elles demanderont bien vite la ceinture et

« les pistolets, elles iront au pain comme à la tran- « chèe!

« Je vote pour qu'on regarde comme perturbateur « du repos public tout individu, de quelque sexe qu'il « puisse être, qui tendra à forcer les citoyens ou les o citoyennes à s'habiller ou à se coiffer d'une façon t contraire a son goût et à sa fantaisie. »

Approuvé! approuvé! sans préjudice de la cocarde qui reste à jamais obligatoire.

Sans préjudice de la loi rendue pour proscrire l'habit prêtre et jeter le froc aux orties !

Bravo ! bravo !

Le Comité de sûreté générale fait adopter un décret portant que nul rassemblement de femmes ne pourra se former et délibérer. Seulement les citoyennes zélées pourront, dans l'habit de leur sexe, assister aux sociétés d'hommes, sauf à s y tenir décemment et sans parler!

Ce n'est pas là, je vousjure, une petite affaire. Les mœurs se lient aux costumes, l'habit et la robe font la civilisation. Changez le vêtement des sexes et vous bouleversez le genre humain.

Par cetaperçu on sait où en est la France. Partout l'effroi, le délire, la folie; partout aussi l'énergie, la volonté, la colère.

C'est sous ces auspices que s'ou vre le siège d' A ngers.

Trois mesures capitales ont été prises par le directoire du département : par la première, le soin des

malades dans les hôpitaux et l'éducation des enfants dans les écoles a passé des mains des religieuses daus les mains de femmes charitables, mais libres; par la seconde, les détenus comme suspectsp&ieronl eux-mêmes leurs frais de garde et de subsistance. On verra ce qu'ils ont et ce qu'ils coûtent; les riches paieront pour les pauvres, et ni l'état, ni le département, ni la ville ne pourvoiront plus d'aucune manière à ces dépenses; parla troisième, une force révolutionnaire est c réée pour aller chercher des vivres dont la ville est à chaque instant menacée de manquer.

Arrêté du département de Maine-et-Loire.

« Le directoire du département, considérant que « la disette des subsistances se fait sentir d'une ma- <« nière effrayante dans la ville d'Angers; que les « malintentionnés alimentent cette pénurie et sem-

blent avoir pour but de faire tomber la loi salutaire « du maximum;

« Considérant que les hommes de la campagne se « refusent à apporter h la ville leurs denrées, telles « que beurre, œufs, légumes;

« Considérant que les fabriques depuis la taxe des « marchandises perdent leur activité; que les bo u- « tiques se dégarnissent insensiblement; que tout « nous fait craindre, pour la saison rigoureuse, de € manquer des choses de première nécessité ;

« Considérant que ce système de tout entraver, * de tout paralyser, s'étend sur toutes les classes de

i citoyens et que si cet état de choses se perpétuait. « le peuple fatigué de privations de tout genre « pourrait se porter à des mouvements convulsifs;

« Considérant enfin que pour arrêter les manœui vres des accapareurs , des égoïstes et des malin- « tentionnés il est urgent de prendre des mesures <« révolutionnaires capables d'effrayer quiconque « porterait atteinte à la circulation des subsistances « et des objets de première nécessité ;

« Après avoir entendu le substitut du procureur- « général syndic,

€ Arrête : 1° il sera formé dans la ville d'Angers ( une force révolutionnaire.de deux cent cinquante « hommes, dont deux cents fantassins et cinquante « cavaliers. 2' Cette force se portera dans les carnet pagnes pour y faire la recherche des blés excé- « dant les besoins de chaque commune. 3° Elle sera « dirigée par des commissaires chargés de vérifier « l'exactitude des renseignements. 4° Elle accompap gnera les officiers municipaux dans les visites domi- « ciliaires qui seront nécessaires pour l'exécution de a la loi du maximum et des accaparements. 5° Les € sociétés populaires seront invitées a désigner des « patriotes dont les mœurs répondront aux principes <« pour composer cette force armée. 6° La solde de « chaque homme sera celle de tous les soldats de la « République. 7° Les cavaliers se fourniront eux- « mêmes leur cheval et l'équipement, mais ils seront « remboursés de leur avance. 8° Cet arrêté sera sou- « mis aux représentants du peuple. »

IOMB .11. 10

Lieux à explorer.

Doué .

L'approbation lut donnée à Saumur, par le représentant du peuple Richard.

J'ai pris sur les registres officiels un tableau des citoyens qui furent chargés de la première expédition :

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