CHAPITRE DEUXIÈME
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Bézard écrit de Versailles : « Les corps adminis- « tratifs de la ville ont découvert dans un cabinet du « ci-devant roi trois nouveaux livres rouges, où sont « consignées des largesses clandestines et honteuses « qui se distribuaient à la bassesse et au crime pour <« appesantir les chaînes et la misère de ce bon « peuple qu'on pressurait de toutes parts.
€ C'est un ensemble curieux de turpitudes et d'in- « famies. »
Philippeaux a fait un catéchisme moral et religieux qu'il imprime à grand nombre et distribue dans toutes les communes de la Sarthe.
L'évèque constitutionnel du département de l'Aisne
a fait prêtre un père de famille, le citoyen Vincent, à Trées-Saint-Denis.
Le citoyen Meynault écrivait d'Àlençon : « Les re- <f présentants du peuple auront bien de la peine à « organiser le gouvernement révolutionnaire, car « l'Orne, la Sarthe, la Mayenne, sont pleins de fédé- « ralistes, de fanatiques, d'aristocrates. »
Le citoyen Ledru (ancien génovéfain et curé constitutionnel de la paroisse du Pré, au Mans) contredit Meynault; et pour preuve du bon esprit qui règne, sinon dans toutes les communes du ci-devant Maine, au moins dans une grande partie, il lit à la Société populaire du Mans des extraits de sa correspondance avec les districts du département de la Sarthe, et termine ses communications par la note suivante :
« Le culte de la raison et de la philosophie natuc( relies n'est pas seulement l'apanage des cités. Le « fanatisme est également près d'expirer dans les « campagnes. La commune de Sévola (ci -devant « Saint-Agnan-sous-Ballon) a célébré décadi, 1 0 fri- « maire, une fête en l'honneur de la Vérité, At là a Liberté, de l'Égalité, et le temple dédié jusqu'à ce « jour à la Superstition l'a été à la Raison.
« Un groupe de vieillards portant une flamme tri-
« colore avec cette devise : La Vieillesse honorée; un « groupe d'enfants des deux sexes, mêlés, en signe « de leur innocence, avec cetteeuseigne : L'Espérance « de la Patrie; un troisième groupe de mères de « famille avec cette enseigne : Les Compagnes de « F Homme, se rendirent aux portes du temple dans « un silence et un ordre majestueux, et un vieillard « vénérable dit : « Auguste Vérité , permets-nous « d'entrer dans ce temple proportionné à notre fai- « blesse, mais indigne de toi, car ton temple est « l'univers; il a pour voûte le firmament, pourco- « lonnes les mondes répandus dans l'espace et pour « flambeaux les soleils qui les éclairent. »
« 0 Vérité sainte, tes enfants sont dignes de toi, « toi seule vas régner dans nos cœurs. »
« A ces mots, les portes se sont ouvertes, tout le * cortège est entré aux cris redoublés de vive la Ré- « publique! vive la Montagne! Après la cérémonie, « le conseil-général de la commune a arrêté que « l'argenterie de la ci-devant église, consistant en « un calice , un ciboire, un soleil et une petite cus- « tode, serait envoyée par une députation de sans- « culottes pour être déposée sur l'autel de la Patrie.
« Tous les décadis il sera fait une annonce des « citoyens morts ; on en fera un objet d'éloge pour le « patriotisme et de bienfaisance pour l'indigence. « Bientôt, la plus grande peine pour la famille des « morts sera quand on n'aura pas quelque trait de « civisme et de vertu à citer à leur honneur. »
Lettre duCitoyeD OLIVIER au Représentant du Peuple Philîppeaux. t Montfort-le-Brutus, le 19 frimaire, an II delà République.
« Citoyen,
« Nous venons de fonder ici une Société popu- « laire. Jamais institution ne fut plus utile pour avan- « cer l'esprit du peuple et former la raison pu- « blique.
« Les journaux ne suffisent pas, tout le monde ne « peut et ne sait pas les lire. Tout le monde, au con- « traire, peut assister à une séance patriotique, y en- « tendre les motions faites, parler même, exprimer a sa pensée et s'éclairer sur la marche des idées et « des affaires.
« La morale que nous prêchons vaut mieux que « celle du cagotisme. La sallede nos réunions est tou- « jours pleine , tandis qu'on se morfondait à l'église « pour entendre un mauvais sermon des Cotins du « siècle. »
« Déjà les préjugés disparaissent. Les professeurs « d'absurdités etde mensonges, enlesbannissanteux- « mêmes de leurs discours , en abandonnant leurs « routines, apprennent, par leur exemple, au peuple « qu'ils ont si longtemps trompé, à ne plus respecter « que la vérité. Cette réparation est bien juste.
« Notre curé, nommé Jean, nous a notifié, il y a « deux jours, la résolution qu'il avait prise de se ma- « rier. Déjà la publication est faite à la municipalité, « et demain il aura une compagne.
« Le curé et un vicaire de la paroisse de Toiry se « sont fait afficher à la maison commune pour les
« mêmes motifs, et nous ont promis de nous amener « leurs femmes après la cérémonie de la célébration. « Ils ont solennisé la fête patronale de Saint-Martin « pour la dernière fois , et fermant la boutique du « saint et de tous les saints du calendrier, ils se veu- « lent consacrer tout entiers aux soins de leur ménage, « ajoutant qu'ils tâcheront de donner de leur mieux « des citoyens à la patrie. Us laisseront à la disposition « de la commune et de leurs successeurs, s'il y en a, « s'il s'en présente* les ornements désormais dévête nus inutiles pour eux.
« Ces événements si naturels, si conformes à la « raison et au but de toute société, ne mériteraient « pas d'être cités si le flambeau de la philosophie « n'avait encore sur son disque une croûte de préjuc gés à dévorer qui en altère la pureté. C'est donc « pour en augmenter l'activité et concourir à son épu- « rement que je vous prie de donner toute la publicité « qu'ils méritent àces deux actesde véritable civisme.
« Je me propose de faire la motion de porter à la « Monnaie toutes les croix, bénitiers, calices et orne- « ments d'or et d'argent que l'église de Montfort « possède, et de substituer à tous ces objets du luxe « sacerdotal des meubles plus modestes et plus siraa pies dont se contenteront très- sûrement ceux qui, € se rappelant la situation de Jésus lors de la Cène, « ne doivent pas supporter que l'on change en une « cérémonie pompeuse la commémoration d'un acte « de sa vie qui fut le plus beau, parce qu'il s'y monc tra le plus humble et l'égal des vrais sans-culottes
« qui rappelaient leur maître et dont il était lp « chef.
« Adieu, mon cher concitoyen.