‹ La Vendée en 1793Chapitre 54 sur 88 · OLIVIER · texte numérisé non relu

OLIVIER

En même temps que je suis pas à pas les faits politiques et militaires, je m'applique à donner les discours et les actes qui marquent le progrès de renseignement et des mœurs.

Discours prononcé à la barre de la Convention nationale parle citoyen BOYER, l'un des fondateurs et directeur du collège régénéré de la Sarthe.

« Citoyens représentants,

« Le collège du Mans ne souffre point, il prospère, t Les professeurs, sourdsauxclameursdu fanatisme et « de r aristocratie, ont interprété le vosunational pour « opérer les réformes nécessaires dans rétablissement « confié à leurs soins. La philosophie et la rhétori- « que enseignées en français; un cours de saine « morale substitué à l'enseignement des opinions « religieuses ; la suppression de deux classes de latic nité, utilement remplacées par deux écoles civi- « ques, où les enfants qui ne sont pas destinés à « un long cours d'instruction reçoivent les notions « indispensables pour exercer les droits de citoyen : € tous ces changements, faitsde concert avec Tadmi- « nistration du département , avec les corps consti- « tués du district et de la commune, ont été reçus « par les populations avec reconnaissance, et ont

t produit des résultats dont les avantages déjà posi- « tifs ne sauraient évidemment que se perpétuer et « s'accroître.

« Les élèves ont voulu s'associer aux sacrifices de « la Nation, et nous déposons entre vos mains le « montant de leurs dons spontanés pour le service de « l'armée et le salut de la patrie. »

Ce discours, d'un savant et généreux partisan de la révolution et de toutes les institutions démocratiques, a eu la faveur d'une mention honorable au procèsverbal de la séance conventionnelle \

Ciftf

GARNIER (de Saintes), aux administrateurs du département

de la Sarthe.

« Le Mans, 49 frimaire, an IL

« Malgré ma bonne volonté pour rester plus long- « temps parmi vous. Citoyens, des ordres réitérés du « Comité de Salut Public m'imposent l'obligation im-

« périeuse de me rendre dans l'Orne; et quelque

1 Les doctrines de Boyer et de ses collègues ne sont plus celles de nos représentants, des amis de Tordre, de ces mandataires du peuple qui voudraient que le peuple fût replongé à cinq cents pieds dans les ténèbres.

Le peuple î qu'est-ce que cela? qu'en a-t-on que faire?

Le peuple! n'oubliez jamais ce qu'en a dit Thiers !

Un élu de la Sarthe disait à un marchand qui me l'a redit : « Je ne « serai content qu'au jour où toutes les écoles de village seront fer- « mées, où le meilleur ouvrier n'aura plus quotidiennement que trente « sous de salaire . Que faut-il au paysan ? sa charrue ; que faut-il au « journalier? du pain !

« Ce même député criait à tue -tête en 4848 : Je suis républicain ! je « suis républicain ! »

0 importante que soit ma présence ici, obéir est mon « devoir.

« Avant de partir, je vais parler à vos concitoyens. « Ils ont déjà entendu ma voix. Mes principes et ma « morale leur ont parlé, je leur parlerai encore avec « la même franchise et la même énergie.

« D'Alençon je veillerai sur le Mans. Tout ce qu'il « sera intéressant de faire pour la sûreté de votre « ville, je le ferai. Je laisse bien des mesures incom- « plètes, surtout celles que je projetais pour les « malheureux. Mais j'ai demandé pour vous, au

* Comité de Salut public, un autre représentant du « peuple. Je le regarde comme nécessaire.

« En attendant, entretenez avec moi une corres- « pondance suivie, et soyez sûrs qu'en doublant mes « efforts, je suffirai à ce double travail.

« Faites annoncera vos concitoyens que je tiendrai, « il trois heures précises, une séance publique. Indi- « (juez-leur le local où vous croirez plus convenable a de nous assembler. Appelez-y toutes les autorités « constituées; que le résultat de cette conférence soit <« de nous resserrer plus étroitement, de doubler notre « courage et notre énergie, d'imposer par la force « de cette union aux malveillants qui trament encore « dans l'ombre, et aux intrigants qui, se plaçant

* entre les patriotes qu'ils dénigrent et le peuple « qu'ils n'ont jamais aimé, font sonner très-haut des « vertus exclusives qui ne sont autres que l'amour

1 d'eux-mêmes et l'ambition de dominer, fardés du » masque du bien public.

TOUR in. U>

« Mais nous déjouerons tout. La môme massue « qui va écraser les Brigands anéantira aussi bientôt o l'intrigant et l'égoïste.

« Salut et fraternité,

« GARNIER (de Saintes).

« P. S. Je rendrai compte au peuple du motif de « mon départ, car je ne dois pas souffrir que la mal- « veillance le trompe et empoisonne ses idées.

« Je ne partirai demain qu'après dîner, car je veux « savoir le résultat de la démarche de Chabot ; je « m'en vais lui dépêcher un courrier. J'apprends que « l'armée d'Angers poursuit les Brigands sur quatre « colonnes, qu'ils sont serrêsde manière àôtre taillés « en pièces. 11 importe que Chabot soit instruit de ces « faits, ainsi que du retour du détachement qui était « à Durtal et qui, par la prudence de Lacroix, a fait « sa retraite sans être surpris par l'ennemi. »

Conseil défensif de la Sarthe.

Sôanee du 19 frimaire. — Trois heures après midi.

« Le représentant du peuple Garnier (de Saintes), « arrivé dans la nuit de Foultourte, est entré et a a occupé le fauteuil.

<( Il a fait part des motifs puissants qui l'appelaient « dans le département de l'Orne, et a cependant « assuré l'assemblée qu'il ne partirait pas encore « demain, qu'il voulait attendre si, comme la lettre « du général Chabot le portait, les Brigands prenaient * la route de Foultourte, et auraient l'audace de venir « attaquer notre commune.

a 11 a fait ensuite un discours plein d'âme et « d'énergie républicaine. Il a tellement électrisé « l'assemblée que, par un mouvement spontané, « tous les citoyens ont crié : « Oui, nous combattrons ! « Vivre libres ou mourir sera notre seule devise, et « notre mot de ralliement. »

« Une ordonnance est entrée et a annoncé que « l'armée de Chabot s'était battue avec courage a a Foultourte et se repliait sur le Mans dans un ordre « respectable.

« Le citoyen Garnier, profitant de cette preuve de a courage donnée par une partie des citoyens du « Mans qui se trouvent dans l'armée de Chabot, a <{ recommandé à tous les bons républicains de suivre a l'exemple de leurs frères ; d'attendre avec calme et a sécurité ces vils Brigands. 11 a invité les braves « sans-culottes à poignarder le premier traître ou le « premier lâche qui oserait parler de se rendre et « qui ne voudrait pas se battre. 11 a fait envisager «« cet acte comme le plus juste et celui que commande u le plus impérieusement le salut de la République.

« L'assemblée a arrêté que tous les fonctionnaires « publics de cette commune se porteraient sur les « différents points de défense afin d'encourager les « citoyens combattants ; il a été convenu qu'on allait « se retirer sur le-champ par-devers l'état -major où « se trouvera le comité défensif, pour prendre les « mesures définitives.

. « Mais le local de l'état-major est trop peu vaste; « au lieu d'aller, on l'appellera au conseil. »

Lettre du Comité défensif au citoyen Barré, vice-président du département de la Sarthe.

« Le Mans, 19 frimaire, 3 heures de relevée.

« Citoyens, nous recevons à l'instant deux lettres « de Foultourte ; elles ne sont pas satisfaisantes.

« Nous avons arrêté que vous deviez préparer vos « voitures, tenir vos chevaux prêts et harnachés, et « disposer votre monde pour marcher de Bonnétable « sur Bellème aussitôt que vous en recevrez Tordre « de nous.

« S'il faut que vous restiez tranquilles, nous vous « l'écrirons, etquoi qu'il arrive, vous aurez une lettre « de nous. »

« Salut et fraternité,

« GARGANT, GOYET, LABBÉ, CHAIÉ-FONTA1NE. »

Billet de Pont-Lieue.

« 20 frimaire.

« On se bat partout, à Pont -Lieue, à la Mission, au « puits des Quatre-Roues. Le feu gagne. Nos troupes « plient, et je n'ai que le temps de te dire de partir « en hâte pour Ballon, car le Mans va être pris. « Adieu , ma chère. Pars. »

Rapport de deux citoyens de la commune de L'Homme à la Municipalité

du Grand-Lucé.

« L'ennemi a fait son entrée au Mans par trois côtés : i° par Pont-Lieue; 2° par le gué de Mauny; 3- par Saint-Giles.

« Le combat a duré deux heures.

« Les citoyens du Mans au nombre de 1,500, les eanonniers, le bataillon de Saint-Denis-d'Orques, se sont distingués par leur courage. Le feu a été bien nourri. Peu de républicains ont été tués. Les Brigands ont perdu beaucoup de monde.

c Nous eussions résisté plus longtemps et fait un plus grand ravage dans les colonnes rebelles sans une évasion ou plutôt une déroute d'une partie de nos jeunes soldats de la première réquisition, qui ont fui et traversé l'Huisne, en abandonnant fusils et sacs.

« Les ennemis étaient environ 20,000 à leur entrée première au Mans.

« A présent le nombre se porte à 60,000, mais en y comprenant les femmes et les hommes hors d'état de combattre, étant exténués parla fatigue.

« Les soldats de la République étaient environ cinq à six mille.

« L'ennemi manque absolument de vivres.

« On pense que sa masse pourra se diriger par Tours. Des détachements doivent courir la campagne pour avoir des vivres.

« Une partie viendra par Lucé pour avoir des subsistances.

« Rien n'est certain.

« Je ne quitterai pas Lucé et je vous donnerai ce soir peut-être des nouvelles plus positives.

• Salut et fraternité,

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