ROCHELLE
Rapport des vedettes envoyées par la commune de Lucé aux environs du Mans.
■ 21 frimaire, à 3 heures après midi.
<« Les rebelles sont entrés au Mans. Leur nombre « est considérable. Notre armée se replie sur Bonné- « table et sur Gonnerré. Tous les hommes ont quitté « le Mans. La majeure partie des femmes y est « restée.
« L'armée Républicaine, d'environ cinq à six mille « hommes, s'est battue pendant doux heures; peu « ont été tués.
« Les Brigands détruisent l'édifice du dépar- « tement.
« On annonce une armée de dix mille hommes de u l'armée du Nord, venant d'Alençon.
« Mais ce qui est plus sûr, c'est que les Mayençais « arrivent par la route de La Flèche, à Pont-Lieue.
« Une vive canonnade se fait entendre depuis deux « heures. On en ignore le résultat.
« GRAFFIN, maire.
« P. S. Deux védettes arrivent en ce moment de « Parigné. Elles ont vu des Mayençais qui leur ont dit « que sous peu il serait formé un camp de quarante k mille hommes à Pont-Lieue.
« Ce n'est qu'un détachement qui est a Parigné, « mais les troupes Républicaines affluent.»
Billet (Je VVostermann au représentant Philippeaux.
« Tu est Westermaniste, on t'en fait un crime et « c'est ta gloire. Je te suis lié à la vie, à la mort et te « fais honneur. Un homme de ma légion en vaut dix « des autres. J'éprouve des échecs, mais si j'étais « soutenu je n'aurais que des victoires.
« A La Flèche Larochejaquelein avait rompu le pont « après l'avoir rétabli pour faire passer ses hordes. « Quand j'atteignis le Loir je n'eus de ressources que « de le passera la nage. Tous mes braves nie sui- « virent et je galopai et je sabrai jusqu'à Cler- <r mont.
« J'ai sabré à Fourloulte, à Guécélard, à Arnage
« et je serais au Mans si cet ivrogne de Millier n'a- « vait pas dérouté comme un coquin qu'il est.
« II est affreux de laisser de pareilles gens à la tête « des troupes.
« J'ai sabré à Pont-Lieue, puis il a fallu reculer « devant des bandes massées quitombaient sur nous « de toutes parts en hurlant.
« Mais à demain la revanche.
« J'espère que par mon sabre je dînerai au Mans « avant deux fois le coucher du soleil.
« Salui, WESTERMANN. »
Note du commandant AUVRAY
« 11 n'y avait qu'une manière de défendre le Mans, c'était d'y concentrer les troupes, et non pas de les échelonner comme on l'a fait à Durtal, à La Flèche, k Foultourte.
« Les petites batailles perdues ont amené la perte de la grande.
« 11 fallait se retraucherderrièrel'Huisne, fortifier Pont-Lieue et les gués de Mauny, de Bernisson, de l'Epeau, et là, de pied ferme, attendre l'ennemi.
« Peu de canons, mais bien placés, bien servis,
i Louis-Marie Auvray, fils du secrétaire de l'intendance de Paris, entre, à la révolution, dans les bataillons de volontaires, se fait remarquer par sa valeur, et devient chef de la quarantième demi-brigade d'infanterie de ligne, qui longtemps fit la guerre dans la Sarthe, la Mayenne, Maine-et-Loire.
11 commandait au Mans quand celte ville fut, en 1799, surprise et pillée par Bourmont.
Auvray lut nommé préfet de la Sarthe le 16 lloréalau VIII, et conserva cette position jusqu'au 18 mai I S 1 3 .
une fusillade bien nourrie eussent tenu en échec les masses vendéennes,
« Si l'armée royale forçait ces postes on se serait replié sur la Mission et La Couture 1 , sur les hauteurs du Greffier, de Saint- Julien-le-Pauvre et de la route de Paris, on se serait barricadé dans les Minimes 2 et à supposer que là encore, on perdît l'avantage, n'avait-on pas la ressource d'occuper la haute ville, de se cantonner dans les grosses maisons de la vieille cité, derrière les murs romains, les créneaux du moyenâge, dans le Château, la Cathédrale, l'église Saint- Pierre, le palais des comtes du Maine 3 , de faire, dans cette position, pleuvoir le feu et la mitraille sur les bandes fanatiques, en protégeant le pont Perrin, le pont Isoard, la chaussée des Moulins de Coulaine; tenant libres les routes de Beaumoat, de Ballon, de Bonnétable, arrêtant l'ennemi quarante-huit heures et donnant ainsi le temps aux gardes nationales d'arriver d'Alençon, de Chartres, de Tours et aux troupes républicaines de venir d'Angers, de Cherbourg et de Rennes.
« C'était là ce qu'il fallait faire et ce qu'on ne fit pas. Je le dis à Chabot, qui m'envoya promener.
1 Deux anciennes maisons religieuses qui valaient des citadelles. La Couture était une abbaye de bénédictins où Ton a placé la préfecture, la Bibliothèque, le Musée, le Comptoir national.
La Mission des lazaristes était l'ancien hôtel-Dieu, bâti par Henri II (Plantagenel), quand Hélait comte du Maine. On y a mis le quartier de cavalerie. L'église sert de magasin.
2 L'église a depuis été abattue et l'on y a percé une rue qui débouche à la place des Halles.
* l^i mairie.
D'autres dispositions furent ordonnées. Les Brigands furent vainqueurs, puis vaincus. Ils ont pillé, saccagé et ils ont été à leur tour mis en pièces. Mais la moitié de la besogne eût été épargnée et moins de sang eût été répandu si ma voix eût été écoutée.
Lettre des Représentants PRIEUR de la Marne, TURREAU et BOURBOTTE, à leur collègue Francastel.
« Victoire! ami, victoire complète! Depuis la « guerre de la Vendée , on ne vit jamais boucherie « pareille.
« Les Brigands morts couvrent toutes les rues, ii On ne sait où mettre le pied ; on ne fait pas un « pas sans marcher sur leurs cadavres.
« Ils ont abandonné la plupart de leurs femmes, « de leurs berlines, charrettes, caissons, canons et « équipages de toute espèce.
« Westermann, qui les poursuit, nous écrit un « billet, et nous assure qu'il va leur prendre les « deux dernières pièces et le seul caisson qui leur « restent.
« Les soldats de la Bépublique qui composeni la « division Tilly, nos braves hussards et chasseurs « ont seuls fait les frais de cette mémorable affaire. « Leur courage est digne des plus grands éloges. « Nous les avons vus nu-pieds poursuivre les Bri- « gands, et refuser jusqu'à de l'eau-de-vie pour ne « pas perdre une seconde l .
1 Comparez ce récit à relui que de Baugé faisait Bcnaben.
« Nous avons à regretter tout au plus quarante « braves. On compte à peu près cent blessés qui ne « cessent de crier : Vive la République!
« Les Brigands ont pris la route de Laval ; nous « marchons sur leurs pas, et nous ne les quitterons « point.
« Carpentier, Delaage, Decaen ont fait et font « merveille.
« Au Mans, le. 23 frimaire, an II. »
Les représentants ne nomment point Marceau ; il était pourtant à l'avant-garde, se comportant comme toujours, en héros.
Kléber commandait la réserve; il fit son entrée au Mans le 25 frimaire, quand déjà nos premières colonnes arrivaient à Laval.
Lettre du commissaire BÉNABEN aux Administrateurs de
Maine-et-Loire.
« Citoyens,
« C'est dans le cabinet du général Marceau, de « ce brave général, auquel nous devons la victoire « la plus complète sur les rebelles, c'est dans son « cabinet, dis-je, que je me hâte de vous écrire l .
« Je l'avais rencontré hier avec la division Tilly « dans le moment où celle de Millier était en déroute, « et je ne doutai pas d'un retour de succès pour nos u armes.
1 Chacun a ses héros. Prieur vante Tilly, Bénaben vante Marceau. Le fait est que Marceau commandait en chef et qu'il était et combattait partout. Tilly fit aussi des prodiges.
« Nous attaquons le Mans a huit heures du soir, t Le feu dure dix-sept heures, parce qu'il faut nous « battre dans les rues à coups de canon et de fusil, « et prendre les maisons Tune après l'autre.
« Tout est sang, débris, cadavres. Nos braves dé- « fenseurs, à la tête desquels je dois mettre Westert mann, Marceau, Tilly, Delaage et Carpentier, sont « à la poursuite de l'ennemi, qui se porte sur Laval. « Toute cette route déjà est jonchée de morts à la « distance de trois à quatre lieues. Imaginez qu'on se « bat à portée de pistolet et à coups de sabre. La « guerre sera terminée vraisemblablement dans trois « jours : tel est du moins le sentiment de Wester- « mann, qui, dans une lettre qu'il écrit à Marceau. « général en chef de nos armées, ne demande que « des vivres et quatre cents bons cavaliers pour ache- « ver d'exterminer la horde.
« La brigade de Carpentier, qui est la troisième de « la division Muller, s'était enfoncée dans un bois, à « droite d'une butte où l'ennemi avait ses batteries. « Je tournai ce bois moi-même, avec mes ordon- « nances, pour voir un peu s'il n'était pas possible « que nous fussions cernés de ce côté-là. Mais quelle « fut ma surprise, en revenant, d'assister à la déroute « de toute cette division Muller. Carpentier seul, en « cette triste circonstance, abandonné par sa bri- « gade, à l'exception de cent hommes au plus peut- « être, ne perd pas courage, au contraire, tient ferme, « et avec ce peloton valeureux rejoint Westerrnann « et enlève six pièces de canon à l'ennemi.
« Mullcr et sa division, rassurés et ralliés, mais à « grand'peine, ne sont entrés au Mans que longtemps i après que le reste de Tannée avait passé outre pour « atteindre au dehors les fuyards.
« Tilly et ses troupes ont pris position à Chassigny, « et c'est la qu'ils ont passé les dernières heures de « la nuit.
« Carpentier, avec ses cent hommes, campait six « lieues au delà.
« Je suis d'autant plus charmé de vous faire eon- « naître ce fait d'armes, que je m'étais lié fort étroite tement avec ce brave et son adjudant-général. Ce « Carpentier, comme vous savez, est de Saumur, et, « qui plus est, prêtre. Cette dernière qualité le « rend d'autant plus estimable à mes yeux, car il est « rare de trouver parmi les gens d'église d'aussi bons « patriotes et surtout d'aussi bons généraux.
c Je vous enverrai par la prochaine occasion le « chapeau de Larochejaquelein, qui a été tué par un « de mes amis, officier du 19 e régiment de dragons. « Ce chapeau est surmonté de six panaches blancs. « J'aime mieux vous envoyer ce trophée que des ca- * lices, des soleils, des croix, des reliquaires et des re- « liques qu'il m'aurait été facile de me procurer, car c je suis arrivé assez à temps pour profiter du pillage. « Il y a des hussads et des dragons qui ont fait les « prises les plus riches. Quant à moi, si j'en eusse « fait quelqu'une, ce n'aurait été qu'au profit de la « nation.
Bénaben se trompait sur le chapeau ; ce n'élait pas celui de Larochejaquelein. Henri ne fut tué qu'à Nuaillé, à trente lieues et à six mois de là.
CDU I
Récit du citoyen Potier, maire du Mans.