‹ La Vendée en 1793Chapitre 57 sur 88 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

« La Sarthe était menacée et même envahie par les Brigands. Nos représentants Thirion et Garnier, ainsi que les administrateurs, s'adressaient à la Convention, demandant des secours : aucun n'était envoyé. On s'en remettait à nos propres ressources.

« Le 20 frimaire, nous n'avions dans nos murs pas plus de trois à quatre mille hommes, dont les deux tiers au moins étaient de la garde nationale du Mans ou de Saint-Denis, et des jeunes gens de première réquisition. Le reste consistaifen une centaine de hussards et chasseurs, un détachement de trois cents hommes de la garnison de Valencienncs 4 , un autre du 4 e bataillon de la Sarthe, une cinquantaine de gendarmes de Paris et deux compagnies de canonniers de l'armée révolutionnaire.

« Nous n'avions en tout que treize à quatorze pièces de canon de quatre, et peu de munitions. Quelques jours avant le combat, on avait élevé des retranchements à Pont-Lieue et à tous les passages par où Ton croyait que l'ennemi voudrait pénétrer. C'est avec ces dispositions et ce peu de forces qu'on

1 La capitulation de Valenciennes portait quela garnison ne servirai pas contre la coalition, et on l'avait envoyée dans l'Ouest.

se présenta pour repousser une masse de quarante mille hommes ou femmes sur laquelle on comptait vingt mille combattants avec plus de trente-cinq pièces de canon de tout calibre, jusqu'à celui de vingtquatre.

« Nos forces étaient encore affaiblies parce qu'il fallait les disséminer sur une grande étendue pour garder les différents postes.

« Les premiers coups de canon se firent entendre sur la route de La Flèche, vers onze heures du matin. A une heure, les armées rapprochées se canonnèrent vivement : l'affaire fut chaude. On en vint à la fusillade. Enfin, au bout de trois heures et demie d'un combat violent, nous commençâmes à manquer de munitions. Des jeunes gens de la première réquisition donnèrent le signal de la déroute en jetant leurs armes etabandonnantleurrang. Le représentant Garnier (de Saintes), qui avait tout animé par son énergie et sa présence, le général de brigade Chabot, qui donna partout l'exemple en se portant avec intrépidité au milieu du feu dans les endroits les plus périlleux, plusieurs autres braves essayèrent en vain d'arrêter les fuyards : prières, menaces, coups de sabre, tout fut inutile; le désordre ne fil qu'augmenter. Alors le général, pour ne pas exposer nos canons à être pris et nos troupes à être taillées en pièces, ordonna la retraite, et parvint à remettre un peu d'ordre. On battait donc en retraite, mais avec précipitation. Les Brigands entraient déjà de toutes parts dans nos murs, et ils nous poursuivirent plus d'une lieue sur la route

de Bonnétable, qui était la direction d'avance prévue.

c Malgré cette déroute, notre perte n'a pas été considérable.

« Les canonniers du Mans, la garde nationale, et surtout le bataillon de Saint-Denis-d'Orques, commandé par Fontaine, lieutenant de la gendarmerie parisienne, et faisant fonctions d'adjudant-gènéral, se sont bien montrés. Le citoyen Desmares, capitaine des canonniers, bravant tous les dangers, a eu un cheval tué sous lui.

t L'adjudant-général Lacroix et son détachement, placés au poste de la Croix Georgette *, se sont comportés avec bravoure et intelligence ; ils ont résisté quelque temps à une troupe nombreuse de Brigands, et ont fait une retraite honorable sur la route d'Alençon.

« Des canonniers de l'armée révolutionnaire, des gendarmes de Paris, des soldats de Valenciennes et du 4 a bataillon de la Sarthe, quelques chasseurs et hussards, un bataillon de première réquisition de Frénay ont montré cette valeur qui doit caractériser des hommes libres.»

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