‹ La Vendée en 1793Chapitre 6 sur 88 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

lieu de resserrer l'union dos chefs, l'avaient relâchée. Chacun s'attribuait le succès de la journée, et, dans le trouble, au lieu de suivre l'avis de Larochejaquelein, qui avait toujours Angers pour point de mire, on n'eut plus, parmi les capitaines, qu'un besoin, qu'un vœu, qu'une envie, ce fut de gagner un port de mer pour se mettre au plus tôt en communication avec l'Angleterre.

« L'Angleterre! criaient les paysans, c'est un guetce apens, c'est l'enfer, un pays d'hérétiques ! Les « chefs veulent s'y sauver eux et leurs femmes, en a nous laissant à la merci des Bleus!» Et le jeune Henri disait en gémissant : « Soupçon odieux, « affreuse discorde, qui sera la perte de Farte mée ! »

Les charrettes de blessés augmentaient l'embarras et la torpeur. Toutes ces bandes mal chaussées avaient les pieds couverts de plaies, d'abcès, de crevasses. Des paroisses entières restaient sur le bord des fossés, hors d'état de continuer leur route, et implorant, mais en vain, les chirurgiens. « Ces carabins mal ou- « tillés ne pensent qu'à leur ventre. » C'était là comme on les traitait, et, en effet, à l'exception d'une demidouzaine, toute la clique ne songeait qu'à se lirer de ce mauvais pas.

Chaque homme avait son genre de fusil et son calibre, chacun avait son moule à balles et faisait ses cartouches. Quant aux blés, aux étoffes, il y avait des commissaires, mais il fallait voir comme ils expédiaient ces fournitures : ils entraient dans les gre-

niers, ils entraient dans les boutiques, ils prenaient, et payaient en bons royaux, autant vaut dire en monnaie de singe L'attrape-qui-peut était le mot des deux camps, et qui a vécu sous ce régime a vu l'idéal del' anarchie.

CCClIflII

Les Vendéens, tout en grondant, suivaient la trace de leurs chefs.

A Mayenne il y avait, pour les attendre, dix-sept mille hommes sous le commandement du général Lenoir; mais quels hommes! Rassemblés à la hâte, armés de faulx et de bâtons pour la plupart, et ayant peur non-seulement des Brigands, mais de leur nom et de leur ombre. Lenoir disait au représentant Letourneur, qui était près de lui : « Destituez-moi, je « vous en conjure ; vous voyez bien ces marionnettes- « là, je vais être déshonoré par elles. » Cela ne manqua pas.

A peine les Vendéens furent-ils à moitié chemin de Laval à Mayenne, à trois lieues, que le pauvre commandant vit déserter les deux tiers de ses recrues.

Il en restait encore six mille ; mais quand Letourneur voulut les haranguer, ils lui jetèrent au nez des châtaignes. Quand on battit la générale, il n'en parut pas sur la place quatre à cinq cents. Le seul parti à prendre fut, avec ce peloton, débattre en retraite sur Domfront, Argentan et Falaise. Les directoires du déparlement et du district évacuèrent sur

Alençon avec ce. qu'ils purent emballer des archives.

Talmont entra le premier à Mayenne. La cavalerie brigande était d'environ quinze cents hommes; mais sur ce nombre, il y en avait bien mille qui étaient si mal équipés, qu'on ne les nommait que les marchands de cerises. Sur les cinq cents autres, trois cents ne manquaient pas de résolution, mais d'instruction et d'habitude ; deux cents seulement passaient pour de bons sabreurs. Quand les Bleus étaient entamés, ils couraient dessus a bride abattue, et les tuaient comme des mouches.

A Fougères, il y avait la ville et le château. Le château était plein de troupes de ligne; la ville était gardée par des nationaux et des soldés. Ville et château, tout fut enlevé en peu d'instants. Ce qui était de la garde nationale fut aussitôt fusillé que pris; on se contenta de couper les cheveux, d'un côté, aux militaires.

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